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Syrie: le médiateur met en garde contre un embrasement de la région

L'émissaire international pour la Syrie Lakhdar Brahimi à Beyrouth, le 17 octobre 2012
17 oct. 2012 à 20:06 - mise à jour 18 oct. 2012 à 04:42Temps de lecture3 min
Par AFP

"Cette crise ne peut rester confinée indéfiniment au territoire syrien. Soit elle est réglée, soit elle s'aggravera, débordera, et mettra (la région) à feu et à sang", a indiqué Lakhdar Brahimi, qui effectue depuis une semaine une tournée régionale auprès des pays influents dans la crise syrienne.

Le conflit a notamment entraîné d'importantes tensions entre Damas et Ankara, qui soutient la rébellion. L'artillerie turque a une nouvelle fois riposté à la chute jeudi dans le sud de la Turquie d'un obus syrien, qui n'a pas fait de victime, ont affirmé des sources locales turques citées par l'agence Anatolie.

Lakhdar Brahimi a renouvelé son appel à un cessez-le-feu à l'occasion de l'Aïd al-Adha, une des fêtes musulmanes les plus sacrées, célébré du 26 au 28 octobre.

"Si le gouvernement syrien accède (à cette demande) --et d'après ce que j'ai entendu, il y a espoir-- et si l'opposition accepte cette proposition comme elle nous l'a dit, cela sera un (...) pas microscopique vers un cessez-le-feu plus global, le retrait de l'artillerie lourde, l'arrêt des flux d'armes de l'étranger puis vers une solution politique en Syrie", a-t-il estimé.

Damas s'est dit prêt à étudier la proposition de Lakhdar Brahimi, qui devrait "se rendre à Damas très bientôt" selon son porte-parole Ahmad Fawzi.

Nous avons "hâte de parler avec M. Brahimi pour voir quelle est la position des autres pays influents" qu'il a récemment visités, a déclaré à l'AFP le porte-parole des Affaires étrangères Jihad Makdissi, en allusion notamment à l'Arabie saoudite et la Turquie.

"Vont-ils faire pression sur les groupes armés qu'ils hébergent, financent et arment, de façon à ce qu'ils respectent le cessez-le-feu?", a-t-il dit.

Le ministre turc des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu a estimé "utile" une trêve pendant l'Aïd, tandis que la la Ligue arabe a relayé l'appel de Lakhdar Brahimi.

Le chef du Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l'opposition en exil, Abdel Basset Sayda, a estimé que les insurgés ne faisaient "que se défendre et il est normal qu'ils arrêtent les hostilités quand la machine de guerre du régime l'aura fait".

Les rebelles abattent un hélicoptère

Sur le terrain, l'aviation menait des raids autour de Maaret al-Noomane, ville stratégique du nord-ouest aux mains des insurgés, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

En prenant Maaret al-Noomane le 9 octobre, les insurgés ont coupé l'important axe routier Damas-Alep et attaquent depuis systématiquement les renforts l'empruntant.

Ils ont assailli un convoi militaire en route pour prêter main forte aux soldats assiégés depuis une semaine à Wadi Deif, plus importante base de la région, située en périphérie de Maaret al-Noomane et autour de laquelle les rebelles resserrent leur étau.

Après cette attaque, des combats ont éclaté et "les rebelles sont parvenus à abattre un hélicoptère", a indiqué l'OSDH.

L'appareil, qui volait à 1500 mètres, a été descendu par des tirs de mitrailleuse anti-aérienne 14.5 mm, ont rapporté des rebelles à l'AFP. Il a explosé en vol avant de s'écraser en une boule de feu au sol.

Il s'agit du deuxième appareil de l'armée abattu par les insurgés en moins d'une semaine.

Alep est toujours sous le feu

Dans la province d'Alep (nord), deuxième ville de Syrie en proie à une bataille acharnée depuis mi-juillet, au moins cinq personnes ont péri dans des bombardements et de violents affrontements.

A Damas, où un haut responsable de la mairie a été tué devant chez lui, les mesures de sécurité ont été renforcées autour de bâtiments gouvernementaux par crainte d'éventuels attentats, entravant la circulation, a constaté l'AFP.

Les violences à-travers le pays ont fait 108 morts mercredi, dont huit enfants, selon un bilan provisoire de l'OSDH, qui, s'appuyant sur un réseau de militants et de médecins, a décompté plus de 33.000 morts en 20 mois.

A Paris, des administrateurs civils de zones libérées du nord syrien ont souligné l'urgence à protéger ces régions des attaques aériennes du régime, lors d'une réunion au Quai d'Orsay destinée à leur apporter davantage d'aide humanitaire.

"On espère des zones d'exclusion aérienne. Cela fait plus d'un an qu'on le demande. On peut affronter des forces terrestres mais on n'a pas d'armes anti-aériennes" lourdes, a déclaré Osman Bilawi, président du "Conseil révolutionnaire civil" de Maaret al-Noomane.

AFP

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