Syrie: l’ONU s’inquiète de la situation des enfants

© DELIL SOULEIMAN / AFP

17 janv. 2020 à 08:21Temps de lecture4 min
Par C.No. avec P.V.

La situation des enfants en Syrie inquiète les Nations unies. Dans un rapport présenté ce jeudi, l’organisation a compilé les exactions commises contre les enfants pendant ces huit années de conflit et pointé tout ce qui pourrait être passible de crimes de guerre. Les enquêteurs se sont également arrêtés sur ces enfants nés de combattants djihadistes étrangers, dont de nombreux Européens.

C’est un rapport basé sur 5000 interviews depuis 2011 et qui dresse une radioscopie très large des crimes commis contre les enfants depuis le début du conflit en Syrie il y a huit ans. Tout y passe. D’abord, l’aide dont ils ont besoin. En tout, ce sont deux millions et demi d’enfants qui ont été déplacés et cinq millions qui dépendent d’une assistance humanitaire, quelle qu’elle soit. Ensuite, le fait qu’ils sont aussi des cibles directes, alors que les enfants, dont le droit international devrait être protégé le plus possible dans les guerres, pas de quartier pour eux dans ce conflit. On a même vu des snipers viser délibérément des bambins.

Crimes contre l’humanité

Puis, le rapport souligne que les filles et les garçons ont souffert différemment. Il revient sur les viols des fillettes ou de leur vente comme esclaves sexuelles dès 9 ans dans les territoires sous contrôle de l’État islamique et de la conséquence terrible du confinement qui empêche les filles de se rendre à l’école. Quant aux garçons, ils ont été concernés par les enrôlements de force alors que la République arabe syrienne avait affirmé en 2013 qu’aucun enfant de moins de 18 ans ne deviendrait soldat.


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Dans les faits, on a vu sur les lignes de front des ados de 14 ans. Surtout, le rapport montre comment le régime de Bachar al-Assad a tout fait pour détruire l’avenir du pays et de ses générations futures : bombardements systématiques des hôpitaux et des écoles pour des enfants qui ne se feront pas soigner correctement et accumuleront aussi des années de retard d’enseignement. Pour l’ONU, de nombreuses exactions sont en fait des crimes contre l’humanité.

Entre 700 et 750 enfants dans les camps du nord-est

Dans leurs recommandations, les enquêteurs de l’ONU évoquent aussi le sort des enfants de djihadistes emmenés en Syrie ou nés sur place pendant le conflit, dans des camps, une fois que leurs parents ont été mis aux arrêts. Pour les Nations unies, la décision du rapatriement tombe sous le sens. Oui, ce ne sont que quelques lignes dans ce rapport de 25 pages, mais ce sont celles qui embarrassent le plus nos gouvernements européens, car elles touchent à la question épineuse du droit de retour aux familles de ces combattants djihadistes. On soupçonne parfois les diplomates de jouer la montre avec l’enlisement du conflit.


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Ces enfants seraient entre 700 et 750 en ce moment dans des camps au nord-est de la Syrie. Or, pour les enquêteurs de l’ONU, qui se placent du point de vue du droit, cela tombe sous le sens : les États ont le devoir de rapatrier ces enfants, y compris avec leur mère. Tout d’abord parce qu’ils sont dans une situation particulièrement vulnérable dans les camps, sans papiers d’identité — souvent il n’y a aucune trace d’eux à l’état civil, ce qui peut mener à toutes sortes de trafic humain — et aussi parce que les enfants de plus de 12 ans sont emprisonnés avec les adultes, avec tous les dérapages qu’on peut imaginer.

Que dit la Belgique?

Tout simplement, pour l’ONU, il s’agit que les pays prennent leurs responsabilités et protègent ces enfants de l’apatridie du fait qu’ils n’ont pas été enregistrés dans aucun pays. Et si les enquêteurs des Nations unies parlent de faire rentrer les orphelins en priorité, ils demandent aussi que lorsque les mères sont présentes, elles soient rapatriées avec.

La position de la Belgique est très ferme. Après avoir longtemps, comme de nombreux pays européens, refusé tout rapatriement, Bruxelles a accepté quelques retours depuis juin dernier. Il y avait, avant l’offensive turque d’octobre, 69 enfants belges et 54 adultes dans les camps du nord-est de la Syrie, selon l’institut d’Egmont. Le Conseil national de sécurité a finalement décidé de faciliter le retour d’enfants de moins de 10 ans s’ils peuvent être localisés et s’il y a une preuve de lien biologique avec un parent belge.

Six enfants rapatriés en Belgique depuis juin

Encore une fois, on peut imaginer que c’est cela qui doit être le plus difficile à prouver. Pour les enfants de plus de 10 ans, la décision est prise au cas par cas et le gouvernement ne prévoit pas du tout de retour des mères. Le ministère des Affaires étrangères nous a confirmé tout à l’heure qu’il devait encore prendre connaissance du rapport de l’ONU, mais cette question du retour du parent accompagnant, la mère souvent, est centrale car ces mères refusent de renvoyer en Belgique leurs enfants seuls.

Les enfants se retrouvent alors coincés sans qu’on sache si ces mères, anciennes combattantes ou mariées à des djihadistes, veulent les utiliser comme un passeport pour quitter l’enfer des camps avec eux — certainement ce que pense le gouvernement — ou s’il s’agit d’un geste maternel classique de protection. En tout cas, depuis juin, seuls six enfants auraient été rapatriés en Belgique, certains orphelins et certains avec leur mère. Pour rappel, l’État belge avait été condamné par le tribunal de première instance de Bruxelles en octobre dernier à rapatrier une mère belge de 23 ans et ses deux enfants nés pendant le conflit.

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