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Syrie: l'armée avance face aux rebelles grâce à l'appui aérien russe

Capture d'écran d'une vidéo fournie par le ministère de la Défense, d'un tir de missile depuis la mer Caspienne contre une cible de l'EI en Syrie d'une frappe russe contre une cible de l'EI le 7 octobre 2015
11 oct. 2015 à 06:33 - mise à jour 11 oct. 2015 à 08:564 min
Par RTBF avec agences

Les forces du régime syrien ont repris samedi du terrain aux rebelles dans les provinces de Hama et Lattaquié grâce à l'appui aérien crucial de l'allié russe qui a intensifié ses raids au 11ème jour de son intervention dans le conflit en Syrie.

A Washington, le Pentagone a annoncé des "progrès" dans de nouvelles discussions lors d'une vidéo-conférence avec Moscou, destinées à éviter tout incident entre leurs avions dans l'espace aérien syrien. Il a annoncé de nouvelles discussions dans un "avenir proche".

Le ministère russe de la Défense a confirmé ces discussions, les qualifiant dans un communiqué de "professionnelles et constructives".

Venue en aide au régime qui a subi plusieurs revers, la Russie, même si elle dit cibler principalement le groupe jihadiste Etat islamique (EI), vise en fait pour le moment principalement les groupes rebelles hostiles au pouvoir dont le Front Al-Nosra, branche syrienne d'Al-Qaïda, et marginalement l'EI.

Les Occidentaux, hostiles au président Bachar al-Assad, accusent Moscou de vouloir secourir son allié syrien plutôt que de combattre l'EI, un groupe ultraradical qui s'est emparé de la moitié de la Syrie et de vastes régions en Irak voisin.

Depuis le début le 30 septembre de son intervention en Syrie, la Russie a bombardé avec des avions de combat acheminés en renforts dans ce pays, et des croiseurs en mer Caspienne mais n'a pas engagé de troupes au sol. Pour Moscou comme pour le pouvoir syrien, tous les opposants au régime sont des "terroristes".

Samedi, appuyée par les raids russes et des milices prorégime au sol, l'armée a repris aux rebelles islamistes et du Front Al-Nosra plusieurs secteurs de la province de Hama (centre), dans le cadre d'une offensive lancée mercredi.

Parmi ces secteurs figurent, selon une source militaire, les collines mitoyennes de Sukayk qui ouvrent la voie vers Khan Cheikhoun, une ville clé car elle est située sur la route internationale Damas/Alep.

L'EI ne détient pas de position dans ces régions.

Combats entre EI et rebelles

Syrie: l'armée avance face aux rebelles grâce à l'appui aérien russe
Syrie: l'armée avance face aux rebelles grâce à l'appui aérien russe Fadi al-Halabi - AFP

Sur un autre front, de violents combats ont opposé les forces du régime à "l'Armée de la conquête", une coalition rassemblant des groupes islamistes et le Front Al-Nosra, pour le contrôle de hauteurs stratégiques dans le nord-est de la province de Lattaquié (nord-ouest). Et selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), le régime a avancé dans le nord de Lattaquié.

Plus au nord, dans la province d'Alep, les soldats et miliciens prorégime ont attaqué l'EI dans plusieurs villages autour de l'aéroport militaire de Kweires pour desserrer l'étau autour de cette base assiégée par les jihadistes depuis mai, a indiqué l'OSDH.

Toujours dans la province d'Alep, les rebelles islamistes, dont le puissant groupe Ahrar al-Cham, ont échoué dans leur contre-attaque pour reprendre le terrain perdu près d'Alep, la capitale éponyme, lors d'une offensive éclair de l'EI.

Le groupe jihadiste avait réussi vendredi à avancer en quelques heures jusqu'à une dizaine de km de la périphérie nord de la ville d'Alep et à 3 km de la zone industrielle de Cheikh Najjar, hors de la cité, et qui est aux mains du régime.

L'EI avait profité des frappes russes qui ciblent en priorité le Front Al-Nosra et ses alliés islamistes selon l'OSDH et des experts.

Les combats ont fait des dizaines de morts, selon l'ONG.

A Moscou, le ministère de la Défense a affirmé que l'aviation russe avait frappé 55 cibles de l'EI ces dernières 24 heures dans les provinces de Damas, d'Alep, de Hama, de Raqa et d'Idleb. 29 camps d'entraînement, deux postes de commandement et un dépôt de munitions ont notamment été détruits, selon Moscou.

Famille tuée par des raids syriens

Syrie: l'armée avance face aux rebelles grâce à l'appui aérien russe
Syrie: l'armée avance face aux rebelles grâce à l'appui aérien russe Fadi al-Halabi - AFP

Dans le même temps, la coalition internationale conduite par les Etats-Unis a annoncé avoir mené cinq frappes contre l'EI en Syrie et 20 autres en Irak.

Lors de premières discussions après les premiers raids russes, des responsables américains et russes avaient parlé des fréquences radio qu'utiliseraient les avions pour communiquer "en cas de détresse", ou encore de la langue à utiliser pendant des échanges d'appareil à appareil, afin d'éviter les incidents dans l'espace aérien syrien.

En plus des raids des avions de la coalition et de ceux de la Russie, le régime syrien mène lui aussi des raids contre les régions rebelles, dont l'un aux barils d'explosifs a tué samedi à Tamanaa, dans la province d'Idleb (nord-ouest), une famille de six personnes, dont quatre enfants, selon l'OSDH.

Déclenché en mars 2011 par une révolte populaire brutalement réprimée, le conflit en Syrie s'est mué en guerre ouverte très complexe avec une multitude d'acteurs, qui a fait plus de 240 000 morts, poussé à la fuite des millions de Syriens et provoqué une grave crise migratoire.

Nouveau type de bombes à sous-munitions russes

En marge de cette offensive, Human Rights Watch (HRW) a accusé dimanche la Russie d'utiliser ou de fournir à l'armée syrienne un nouveau genre plus performant de bombes à sous-munitions depuis son intervention directe dans la guerre en Syrie.

Selon l'organisation de défense des droits de l'Homme basée à New York, ce nouveau type d'armes a été utilisé dans un raid aérien le 4 octobre près de la localité rebelle de Kafar Halab, au sud-ouest d'Alep, dans le nord du pays.

Elle a dit qu'elle n'avait "pas pu déterminer qui de l'armée syrienne ou des Russes était responsable de l'attaque".

"C'est dérangeant qu'un autre type de bombes à sous-munitions soit utilisé en Syrie en raison du mal qu'il peut causer aux civils dans les années à venir", a affirmé dans un communiqué Nadim Houry, directeur adjoint de HRW pour le Moyen-Orient.

"Ni la Syrie ni la Russie ne devraient utiliser ces armes et les deux pays devraient adhérer sans délai à la convention internationale les interdisant" a-t-il ajouté.

La Russie est intervenue le 30 septembre dans le conflit en Syrie pour venir en aide au régime de Bachar al-Assad qui a subi plusieurs revers depuis le début de l'année face aux rebelles.

Elle affirme que ses avions ciblent principalement le groupe djihadiste Etat islamique (EI), mais elle vise en fait selon experts, militants et une ONG les groupes rebelles hostiles au pouvoir dont le Front Al-Nosra, branche syrienne d'Al-Qaïda, et marginalement l'EI.

Les bombes à sous-munitions peuvent être tirées par l'artillerie ou larguées par des avions. HRW a fait état depuis mi-2012 de l'usage de bombes à sous-munitions par les forces gouvernementales syriennes et à partir de mi-2014 par l'EI.

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