RTBFPasser au contenu

Monde

Syrie: Assad bientôt à la table des discussions?

Verra-t-on bientôt Bachar Al-Assad à la table des discussions?
26 sept. 2015 à 20:05 - mise à jour 27 sept. 2015 à 19:515 min
Par RTBF avec agences

Alors que la stratégie occidentale dans le conflit syrien donne l'impression de plus en plus de patiner, confrontée à la montée en puissance russe et au dernier fiasco du programme de rebelles syriens formés par le Pentagone, le président iranien Hassan Rohani a affirmé qu'il existait désormais un large consensus international pour le maintien du président syrien Bachar al-Assad.

"Je pense qu'aujourd'hui tout le monde a accepté que le président Assad devait rester (au pouvoir) afin de combattre les terroristes", a déclaré M. Rohani, ajoutant que ce n'est qu'une fois que ce combat serait en passe d'être gagné que "d'autres plans devraient être mis en oeuvre pour que soient entendues les voix de l'opposition" syrienne.

"En Syrie, notre premier objectif est de combattre les terroristes et de les défaire, et nous n'avons pas d'autre solution que de renforcer l'autorité centrale et le gouvernement comme les principaux centres de pouvoir", a-t-il déclaré.

Le maintien, même transitoire, du président syrien, considéré par les Occidentaux et les pays arabes comme le principal responsable du sanglant conflit qui a fait plus de 240 000 morts depuis 2011, est de plus en plus ouvertement évoqué, y compris par les chancelleries occidentales. "L'Iran et les Etats-Unis n'ont pas de discussions directes sur la Syrie", a précisé Rohani, mais Téhéran discute avec les Européens et d'autres, qui sont en contact avec les Etats-Unis, a-t-il souligné.

Les Occidentaux ont assoupli leur position sur le sort de Bachar al-Assad, qui n'est plus une condition préalable avant des négociations de paix en Syrie.

La France "discute avec tous et n'écarte personne" dans la recherche d'une solution politique en Syrie, a notamment déclaré dimanche le président François Hollande à New York. Paris considère toutefois que Bachar al-Assad ne peut rester éternellement à la tête du pays: "L'avenir de la Syrie ne peut pas passer par Bachar al-Assad", a souligné Hollande.

Les occidentaux se tournent vers l'Iran

Par ailleurs, l'Iran chiite reste incontournable par son soutien constant, politique et militaire, au chef du régime de Damas.

En marge de l'Assemblée générale des Nations unies, c'est une nouvelle fois vers leurs interlocuteurs iraniens que ce sont tournés le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, et ses homologues européens.

Et le siège de l'ONU pourrait selon Kerry être l'endroit où commencer à dénouer l'équation et mettre fin à une guerre civile qui a fait plus de 240 000 morts et chassé des millions d'autres.

"Je considère que cette semaine (d'Assemblée générale) offre une occasion majeure à tous les pays de jouer un rôle important pour résoudre certains des problèmes aigus du Moyen Orient", a déclaré samedi le chef de la diplomatie américaine, aux côtés du ministre des Affaires étrangères iranien, Mohammad Javad Zarif.

"Il nous faut parvenir à la paix et trouver une issue sur la Syrie, le Yémen, dans la région elle-même, et je pense que cette semaine nous offre des chances, par le biais des discussions, pour progresser", a ajouté John Kerry, qui devait rencontrer dimanche le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov.

La responsable de la diplomatie européenne Federica Mogherini a également rencontré Mohammad Javad Zarif. Ils ont "discuté de la manière de contribuer à la fin" du conflit en Syrie, selon un communiqué des services de Federica Mogherini.

Toujours selon ce texte, ils "se sont dits prêts à coopérer, dans le cadre des efforts menés par l'ONU" dont le médiateur, Staffan de Mistura, tente de relancer des négociations entre régime et opposition, sans succès pour l'instant.

L'Iran est prêt à discuter avec les Etats-Unis, la Russie et les Européens d'un éventuel plan d'action en Syrie une fois les djihadistes du groupe Etat islamique défaits, a déclaré dimanche le président iranien Hassan Rohani.

"Ce n'est pas un problème pour nous (...) d'entamer des discussions pour déterminer et mener à bien le plan d'action suivant, quand les terroristes auront été chassés du territoire" syrien, a-t-il expliqué dans un entretien avec la radio américaine publique NPR. "Mais nous devons tous agir de concert et avoir une formule pour chasser les terroristes, immédiatement", a-t-il souligné.

"Le dernier mot (...) revient au peuple de ce pays"

"Nous devons parler des options à venir" avec le gouvernement syrien et "toutes les parties concernées", dans le but "d'aboutir en commun à un plan d'action", a-t-il dit. Mais il a aussi réaffirmé que le sort de la Syrie, et de son président Bachar al-Assad, ne pourrait être décidé que par les Syriens eux-mêmes: "En fin de compte, le dernier mot, et le mot le plus important, revient au peuple de ce pays".

"Nous nous soucions de la situation en Syrie et de la population syrienne (...) L'Iran continuera de tout faire pour créer stabilité et sécurité et les rétablir en Syrie", a encore affirmé Rohani.

L'Iran est avec la Russie un des plus fermes alliés du régime de Bachar al-Assad qu'il soutient militairement. Le président russe Vladimir Poutine a déclaré dimanche qu'il cherchait à mettre en place avec les pays de la région un "cadre de coordination" afin de combattre les djihadistes du groupe Etat islamique en Irak et en Syrie.

Avant ses entretiens avec John Kerry, le ministre iranien a toutefois précisé que pour Téhéran les discussions devraient porter prioritairement sur l'accord nucléaire historique scellé avec les grandes puissances.

Rencontre Poutine-Obama lundi

Le président russe Vladimir Poutine, qui veut proposer de bâtir une coalition élargie comprenant l'armée d'Assad pour combattre le groupe extrémiste Etat islamique (EI), rencontrera lundi son homologue américain Barack Obama à New York.

Sur le terrain syrien, la Russie a encore renforcé cette semaine sa présence, en y dépêchant une quinzaine d'avions-cargos. Les Russes ont déjà envoyé dans le pays des avions de combat, des systèmes de défense aérienne et des équipements militaires modernes, dont une partie cédée à l'armée syrienne en guerre contre les rebelles.

Face à cette stratégie du Kremlin, Washington maintient son opposition à une remise en selle d'Assad et a consacré d'énormes moyens pour financer un ambitieux programme d'entraînement et d'armement de combattants syriens censés défaire l'EI.

Mais cette tactique, qui a déjà enregistré plusieurs accrocs, se retrouve désormais engagée dans la voie du fiasco.

Le commandement des forces américaines au Moyen-Orient (Centcom) a en effet admis vendredi que des insurgés formés par les Etats-Unis avaient remis "six pick-ups et une partie de leurs munitions à un intermédiaire soupçonné d'appartenir au Front al-Nosra (branche syrienne d'Al-Qaïda), soit à peu près 25% de leur équipement".

Le programme américain était censé former et équiper environ 5.000 rebelles par an pendant trois ans mais n'a pour l'instant formé que deux groupes de 54 et 70 combattants. Quand le premier groupe a rejoint la Syrie en juillet, plusieurs de ses membres ont été kidnappés par Al-Nosra.

Ces déboires affaiblissent la position des Etats-Unis, qui ont fait par ailleurs savoir qu'ils accueilleraient favorablement une initiative russe pour renforcer la lutte contre l'EI.