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Syndrome de domestication : ces animaux qui ont changé physiquement au contact de l’humain

Syndrome de domestication : ces animaux qui ont changé physiquement au contact de l’humain
23 août 2021 à 17:304 min
Par Chloé Rosier

Le simple fait de partager l’environnement des humains peut amener certaines espèces à modifier leur aspect physique et leurs comportements.

La domestication des animaux est un processus vieux de milliers d’années. Les animaux "de compagnie" ont certains traits physiques différents de leurs ancêtres sauvages comme des oreilles plus tombantes, des queues plus courbées, des poils bouclés, des mâchoires et des dents plus petites ou encore des taches blanches sur leur fourrure.

Ce phénomène est connu sous le nom de "syndrome de domestication". Si Darwin observait déjà ces changements, il en existe d’autres sur des espèces qui ne sont pas "de compagnie" mais qui ont évolué près des humains sans devenir leur compagnon de vie.

Les poules

Getty Images

Comme l’explique poulesetcie, la poule domestique que l’on connaît aujourd’hui trouve son ancêtre il y a environ 8000 ans, en Asie du Sud-Est. Les nomades habitant cette région ont commencé à élever de la sauvagine rouge, un oiseau tropical que l’on peut trouver encore aujourd’hui dans les forêts et les mangroves de l’Asie du Sud-Est.

Si son ancêtre muait et changeait de plumage deux fois par an, le poulet domestique ne connaît pas de mue. De plus, la poule commune a développé une sociabilisation forte avec ses congénères et pond plus d’œufs que son homologue sauvage.

Chèvre et mouton

Getty Images

Les ancêtres sauvages des moutons et des chèvres ont été domestiqués il y a environ 10.500 ans au Moyen-Orient, dans la région de l’Anatolie et les monts Zagros d’Iran. Ils suivent les migrations humaines et ont pris place partout dans le monde (et surtout en Nouvelle-Zélande) alors que les espèces sauvages, (l’aegagre et le mouflon asiatique), sont restées dans leur région native.

Les scientifiques ont donc pu comparer les deux et expliquent dans un article, publié dans medecinesciences, qu’une nette différenciation génétique entre individus sauvages et domestiques a été détectée.

Parmi les différences, on remarque que le pelage est très différent, plus uniforme chez les animaux sauvages, saisonnier également puisque le mouflon perd ses poils chaque année. Leurs corps sont différents, les sauvages sont plus petits, plus légers et donc plus agiles et plus rapides.

Ces différences sont apparues il y a des milliers d’années, au fur et à mesure du temps passé avec les hommes et des choix fait par les éleveurs en termes de reproduction.

Les renards

Getty Images

L’exemple le plus célèbre de syndrome de domestication est celui des renards argentés. Une expérience de 1959 menée par des biologistes soviétiques, Dmitri Belyaev et Lyudmila Trut, a donné naissance à des renards bien différents de leurs parents. Les deux scientifiques avaient pour but d’élever des renards dociles, ils ont donc sélectionné les parents les plus doux pour créer des générations de renards domestiqués.

Leurs choix se sont portés uniquement sur le comportement et pas sur le physique. Pourtant, en seulement quelques générations, les deux scientifiques ont pu voir des renards aux museaux plus courts, aux oreilles tombantes, avec des taches blanches et des queues courbées qu’ils secouent (comme les chiens).

La souris domestique

iStock / Getty Images Plus

La souris domestique est un bon exemple d’animal qui a changé sans l’intervention spécifique de l’humain.

La première interaction entre souris et humains remonte probablement à i15.000 ans en Méditerranée quand les souris se sont aventurées dans les premiers garde-mangers.

D’après une étude de l’Institut Max Planck en Allemagne, la cohabitation entre les souris et les hommes aurait changé l’ADN même de l’animal. Sur trois sous-espèces de souris ayant rencontré l’humain à des moments différents de son histoire (il y a respectivement 15.000 ans, 8000 ans et 2000 ans), celle dont les ancêtres connaissent l’homme depuis le plus longtemps est plus intelligente que les autres.

"Les souris que nous avons testées n’avaient jamais vécu avec des humains, mais leurs ancêtres l’avaient fait. Vivre près des humains a modifié la constitution génétique des souris", explique la chercheuse Anja Guenther.

L’hirondelle américaine

Getty Images

Encore un animal qui s’est adapté physiquement à la présence de l’humain sans intervention direct de celui-ci.

Les hirondelles ont modifié la taille de leurs ailes en moins de 50 ans pour pouvoir survivre le long des autoroutes américaines en construisant leurs nids sous les ponts. Comme l’explique newscientist, la taille réduite des ailes leur permet une plus grande agilité. Elles peuvent ainsi passer entre les camions sans se faire attraper.

Pourquoi les animaux changent-ils à proximité de l’humain ?

La réponse reste aujourd’hui inconnue mais une des théories actuelles serait liée aux glandes surrénales. L’homme, en choisissant des animaux plus dociles sélectionne sans le savoir des individus avec des glandes surrénales sous-développées. Ces glandes sont en partie responsables de l’instinct de fuite ou de combat qu’un animal ressent face à un danger. Moins il fuit, moins ses glandes sont développées.

Ces glandes sont également responsables des cellules pigmentaires et du développement du crâne, des mâchoires, des dents et des oreilles. Cela pourrait donc être une bonne explication puisque les éléments divergents entre espèces sauvages et domestiques sont presque tous reliés à ces glandes, comme l’explique sciencedaily.

Ainsi, le syndrome de domestication pourrait en fait être un effet secondaire accidentel de l’élevage d’animaux.

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