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Surréalisme à la belge : le parlement de la COCOF, en charge de la personne handicapée, n’est pas adapté aux PMR

Des pavés, une rue en pente, un tourniquet, des portes latérales trop lourdes : l’entrée du bâtiment du parlement francophone n’est pas adaptée aux PMR.
03 juin 2021 à 15:10Temps de lecture4 min
Par Karim Fadoul

Sur le trottoir, le ton est donné : le revêtement est en vieux pavés, cabossés, "déjointoyés"… Pour corser la chose, la rue du Lombard en l’occurrence, dans le centre de Bruxelles, est en pente. Pour Miguel Gerez, de l’ASBL agréée Accessibilité et Mobilité pour Tous, c’est particulièrement casse-gueule : il manque d’ailleurs de tomber. Ce tétraplégique qui se déplace en chaise roulante éprouve toutes les difficultés à accéder seul et de manière autonome au Parlement francophone bruxellois, l’assemblée de la COCOF, la Commission communauté française.

Ce n’est pas l’unique problème constaté à l’entrée de ce bâtiment par ce représentant des PMR. Un comble quand on sait que l’institution est justement chargée de la politique en faveur des personnes handicapées en région bruxelloise. Un comble à double titre quand on sait que le bâtiment a été inauguré en grande pompe en 2013, soit il y a moins de dix ans à peine. Pour Miguel, il faut déjà reconfigurer et reprofiler tout le trottoir et le mettre à plat. "Comme cela, on arrive de plain-pied pour accéder au bâtiment sans aucune difficulté."

Le bâtiment, rue du Lombard, a été inauguré en 2013.
Le bâtiment, rue du Lombard, a été inauguré en 2013. RTBF

"La sonnette vient d’être récemment abaissée" et est située à un mètre de hauteur, reconnaît notre interlocuteur. "Mais il en est fait mention en tout petits caractères. Aucune signalétique n’est en fait présente. Aucun pictogramme. La caméra pour contrôler les entrées est par contre à plus d’1,75 mètre. Donc, comment la réception pourra-t-elle me voir ?"

Je ne comprends pas comment on a pu installer ce tourniquet à l’entrée

Et si c’était le cas ? "Je vais sonner mais je vois déjà le problème : je ne vais pas pouvoir entrer tout seul, il n’y a pas de bouton pour ouvrir la porte." Les trois portes en fait. Au centre, un tourniquet dans un sas et deux portes en biais de part et d’autre. "Le tourniquet, c’est déjà interdit dans le règlement régional d’urbanisme et cela depuis de nombreuses années. Je ne comprends comment on a pu installer cette porte en 2013 ! Il faut la modifier et la remplacer par une porte automatique. Quant aux portes latérales, je ne peux pas y accéder, l’espace est étroit."

Sur sa chaise, avec un bras paralysé, Miguel Gerez n’a pas la force pour les pousser. "Elles sont très lourdes." "Imaginez s’il pleut, quand il fait noir, s’il neige…", ajoute notre interlocuteur.

Les PMR, ce ne sont pas que les personnes en chaises roulantes ou les parents avec poussettes. "Quand on pense aux déficients visuels, il n’y a pas de bandes de contrastes sur les portes. Il faut que ce bâtiment soit adapté pour tous les types de handicap."

La voiture, elle, rentre confortablement

Miguel Gerez tourne la tête et rit jaune. A deux mètres de la porte d’entrée, la porte de garage. "Pour les voitures, on a pensé à mettre le trottoir au même niveau. La voiture, elle, doit rentrer confortablement. La petite reine, c’est la bagnole depuis les années 60. Mais ici, on traite l’humain."

L’intérieur du bâtiment ne nous est pas accessible. Mais Miguel Gerez en est "convaincu que ce n’est pas mieux. Il faut voir les toilettes comment elles ont été agencées, comment les couloirs sont configurés, s’il n’y a pas d’obstacles… Il faut voir le type de mobilier, la signalétique, les contrastes pour avoir une bonne guidance dans le bâtiment" pour qu’il devienne enfin "PMR friendly", avec des ascenseurs aux normes et "des règles d’évacuation de l’édifice en cas d’incendie ou d’attentat. Ce n’est pas toujours prévu."

La porte de garage, elle, ne pose aucun souci… pour les voitures.
Un tourniquet : c’est interdit par le règlement régional d’urbanisme.

Magalie Plovie (Ecolo) est la présidente du Parlement francophone bruxellois depuis juillet 2019. Elle a hérité du dossier. Avec les membres du bureau de l’hémicycle, il a été décidé de lancer un audit qui doit rendre ses conclusions pour la mi-juillet avant des aménagements dans la foulée.

"Quand je suis arrivée à mon poste, un certain nombre de députés m’avaient alerté sur cette question de l’accessibilité du bâtiment pour les personnes en situation de handicap. C’est un bâtiment plutôt administratif, certes. Mais j’accueille tout de même des invités, en période hors Covid. Nous organisons aussi des expositions au premier étage. Et puis il y a nos travailleurs, eux-mêmes qui peuvent parfois être en situation de handicap ou qui sont toujours en situation de handicap."

"Il faut qu’on soit exemplaire dans notre bâtiment, en termes d’accessibilité, pour tous les handicaps", des déficients physiques aux déficients visuels ou auditifs, aux personnes en chaise roulante. "L’audit doit être le plus complet possible, sur l’ensemble du bâtiment", ajoute la présidente.

Un certificat d’accessibilité pour tous les bâtiments publics

Pour Ahmed Mouhssin, député régional Ecolo, l’analyse devra certainement être généralisée à tous les bâtiments publics en région bruxelloise : écoles, crèches, administrations, maisons de repos, hôpitaux… "Depuis quelque temps, le parlement bruxellois travaille avec le Cawab, le Collectif accessibilité Wallonie-Bruxelles, sur l’accessibilité des bâtiments publics, parce qu’on estime qu’ils doivent être exemplaires. Nous avons auditionné une série d’associations. L’intention du parlement, c’est maintenant de rédiger un texte qui envisagera l’obligation d’avoir un certificat d’accessibilité pour tout bâtiment public, neuf ou ancien."

"En Flandre, les pouvoirs publics ont réalisé un audit de 147 bâtiments publics récents pour voir s’ils répondaient aux normes", explique le député. "Le résultat ? Aucun ne répondait à 100% aux normes édictées. On peut donc en conclure que la quasi-totalité des bâtiments publics à Bruxelles ne répond pas complètement aux normes. Parfois, c’est juste une marche à aménager. Parfois, c’est beaucoup plus important."

En France, il existe depuis 2005 un Observatoire interministériel de l’Accessibilité et de la Conception universelle. Sa mission : évaluer l’accessibilité et la convenance d’usage des bâtiments d’habitation, des établissements recevant du public, des lieux de travail, de la voirie, des espaces publics, des moyens de transport et des nouvelles technologies.

Bruxelles a donc du retard. L’exemple du bâtiment du parlement la COCOF en est la preuve. "C’est Magritte. C’est le surréalisme à la belge", se désole Miguel Gerez.

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