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Surpopulation à la prison de Forest: "On joue avec les allumettes"

Surpopulation à la prison de Forest: "On joue avec les allumettes"
03 avr. 2012 à 16:46 - mise à jour 04 avr. 2012 à 07:14Temps de lecture3 min
Par Belga News

Selon Luc Hennart, on joue avec des allumettes car la situation est ingérable pour les détenus comme leurs gardiens.

"La prison est un passage dans la vie d'un individu. Après son incarcération, il doit rejoindre la vie sociale donc des conditions de vie décente en prison sont bénéfiques pour le détenu comme la société", a indiqué Luc Hénart. "La prison de Forest doit devenir un établissement digne du vingt et unième siècle".

Trois détenus dans un espace de neuf mètres carrés

Les détenus sont répartis dans deux types de cellule. Dans les ailes C et D, ils y ont une toilette et y bénéficient de l'eau courante. Toutefois, ils doivent se partager à 3 un espace de 9 mètres carrés. Les détenus ont l'avantage de séjourner dans des cellules individuelles dans les ailes A et B de la prison mais sans toilettes ni eau courante.

Pendant deux mois, Christian a été incarcéré à la prison de Forest. Vingt ans après, il y repense encore souvent. Les conditions de vie n'ont pas changé. La cohabitation dans ces cellules microbiennes est oppressante.

S'isoler "mentalement"

"On n'est plus seul, la seule façon de s'isoler, c'est mentalement parce qu'on est tout le temps en contact avec quelqu'un, ne fût-ce que par l'espace de la cellule", explique cet ancien détenu. "On se bouge, on frotte un lit, on frotte une table, on frotte une chaise, il y a toujours quelqu'un qui est debout, un autre couché ou deux autres debout". Le mouvement est perpétuel, il n'y a pas de périmètre de courtoisie. "On est l'un sur l'autre, pire qu'avec un conjoint avec qui on vit, parce que là, c'est quelqu'un qu'on ne supporte pas, mais là, on l'a 24 heures sur 24 !", témoigne Christian.

Et donc le détenu s'isole mentalement, "fait abstraction de l'endroit où on est, on pense à l'extérieur, on pense à ce qu'on va faire plus tard, on pense quels sont tous les projets qu'on a, les moyens de recours, les moyens de défense qu'on va employer, on se focalise vraiment sur les moyens de sortir de là".

"On ne peut pas vivre dans une cellule comme ça"

Assad, lui, vient de sortir de détention. "C'est horrible. Quand quelqu'un va aux toilettes, on l'entend, on sent tout". Mais il évoque aussi des bagarres "si quelqu'un touche la bouffe d'un autre, si quelqu'un veut dormir et l'autre pas, si l'un veut voir un film et l'autre veut voir le match". Pour Assad, "on ne peut pas vivre dans une cellule comme ça. Une personne, d'accord, mais trois...".

Pour cet ex-détenu, il faut aussi subir les provocations des gardiens "qui sont sur les dents, qui ne veulent pas travailler et c'est le prisonniers qui font tout".

Selon Luc Hénart, les juges d'instruction doivent mener une réflexion sur des peines alternatives à la détention afin de ne pas aggraver le problème de surpopulation carcérale. Le port du bracelet électronique, la détention à domicile ou encore un recours réduit à l'arrestation immédiate sont autant de pistes à creuser.

Les services sociaux de la prison mis à mal à cause de la grève

Cette grève du zèle a également de graves conséquences pour la centaine de personnes détenues dans l'annexe psychiatrique de l'établissement. Une des principales conséquences est notamment l'impossibilité pour les services sociaux de se rendre en prison. Or, c'est seulement avec l'aide de ces intervenants que les internés peuvent trouver des institutions psychiatriques adaptées et mettre en place des projets de sortie.

Jean-Christophe Vandensteen, avocat au barreau de Bruxelles, défend les intérêts de plusieurs personnes internées à la prison de Forest. S'il comprend les raisons pour lesquelles les gardiens sont en grève, il regrette que les services sociaux ne puissent plus venir en prison.

"Je ne comprends pas très bien l’intérêt d’interdire aux services sociaux de rencontrer les détenus ou les internés de manière particulière au sein des parloirs. Je ne vois d’ailleurs pas très bien quel peut être l’impact d’une telle action au regard du grand public ou même au regard d’une intervention quelconque de l’état. Je ne suis pas sûr que ce soit très porteur ou en tous cas très constructif. Je constate aussi un sentiment d’incompréhension de ces services sociaux qui sont vraiment la cheville ouvrière de la mise en place des projets de libération à l’essai. Mes clients internés ressentent également un sentiment de détresse puisqu’ils n’ont déjà pas grand monde pour les aider à sortir de ces prisons. À présent, ils se retrouvent face à un sentiment de complète impuissance, alors qu’ils sont dans une situation déjà compliquée. Au-delà de ça, ils ne comprennent pas du tout pourquoi ils sont en première ligne de ces actions qui leur sont très préjudiciables."

RTBF avec agences

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