Sûreté de l'État : des agents dénoncent le manque de moyens

Des agents de la Sûreté dénoncent un manque de personnel et de moyens

© CHRISTOPHE ARCHAMBAULT - AFP

22 sept. 2020 à 15:29 - mise à jour 22 sept. 2020 à 15:29Temps de lecture3 min
Par Laurent Van de Berg

"Les recrutements d’agents en cours sont insuffisants et ne permettront pas de combler les départs en 2021" nous confie anonymement un agent de la Sûreté de l’État, inquiet, et ajoute : "Nous sommes quelques centaines à couvrir le territoire belge. Un pays qui n’est pas si petit que cela. Il y a la sécurité liée aux institutions européennes à Bruxelles. Ailleurs, on surveille les foyers de radicalisation, l’espionnage russe et chinois en termes d’ingérence. Nous devons aussi combattre l’extrémisme idéologique. Nous sommes trop peu nombreux. Des tâches sont délaissées, c’est de notoriété publique."

Le crime organisé et les sectes : deux luttes abandonnées

"Nous n’avons plus les effectifs suffisants pour gérer les menaces auxquelles notre pays fait déjà face actuellement. La criminalité organisée et la problématique des sectes ont d’ailleurs été totalement abandonnées par la direction de la Sûreté alors qu’elle figure en toutes lettres dans nos missions légales !" dénonce le Sypol, le syndicat des services de police et de sécurité belges.

Le syndicat, qui représente exclusivement les agents de terrain, va un cran plus loin. Selon lui, ce manque d’effectifs sera accentué par la nouvelle réforme des statuts entre "services intérieurs" (service d’appui et d’analyses) et "services extérieurs" (inspecteurs, commissaires sur le terrain). Cette réforme prévoit d’harmoniser les statuts, avec un impact financier positif pour les services intérieurs.

Pour le syndicat, cette réforme sera aussi responsable d’une perte de moyens opérationnels : "L’adaptation réalisée afin de limiter la perte de salaire des services extérieurs aura un impact direct sur le fonctionnement du service, puisqu’en lieu et place des 65 engagements prévus en 2021, seuls 25 pourront être réalisés." explique Thierry Laroche, inspecteur divisionnaire et délégué permanent SYPOL. be-VSE.

"Faux !" répond Ingrid Van Daele, Porte-parole de la Sûreté de l’État (VSSE) "Les menaces dans notre pays n’ont pas disparu, nous le savons très bien. Nous continuons donc à nous efforcer d’obtenir davantage de personnel et de moyens. Cependant, il est faux de dire, comme le fait le syndicat, que dû à la réforme des statuts, l’engagement de personnel a été freiné et qu’il y aurait quarante personnes de moins qui ont été engagées. Il s’agit de deux projets différents, l’un n’a pas cet effet sur l’autre."

 

Koen Geens. Vice-Premier ministre et ministre de la Justice
Koen Geens. Vice-Premier ministre et ministre de la Justice © LAURIE DIEFFEMBACQ - BELGA

Koen Geens se félicite de l’harmonisation des statuts

Pour certains agents du renseignement, cette harmonisation est un manque de reconnaissance et a, comme conséquence, une perte de cinq jours de congé.

"Il s’agit, en réalité, de cinq jours de dispense de service donnés sur base d’une tradition qui existe depuis 40 ans. Il s’agit des reliques du temps où la Sûreté s’alignait à la police judiciaire. Eux-mêmes n’ont pas pu conserver ce droit. Il s’agit d’un supplément aux 32 jours de congé de base." précise Ingrid Van Daele, Porte-parole de la Sûreté.

Au cabinet Geens, on se réfère à Commission d’enquête parlementaire sur les attentats du 22 mars 2016. L’un des objectifs était de mettre en place un statut du personnel uniforme à la Sûreté de l’État.

"Il existe un besoin évident de flexibilité interne accrue au sein de la Sûreté de l’État. Cela peut être réalisé en introduisant une nouvelle méthode de travail, afin d’accélérer et de systématiser davantage le traitement des informations au sein de l’organisation. L’intention est également d’obtenir à terme un statut unifié pour la VSSE, le personnel civil du service de renseignement militaire et l’OCAM" a déclaré le vice-Premier ministre et ministre de la Justice, Koen Geens.


A lire aussi : La Sûreté de l’Etat "préoccupée" par la banalisation des idées d’extrême droite en politique


 

Articles recommandés pour vous