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Surconsommation de médicaments: "En 2018, on veut résoudre toutes les douleurs en un clic"

Dominique de Temmerman
12 avr. 2018 à 10:42 - mise à jour 12 avr. 2018 à 10:42Temps de lecture3 min
Par RTBF La Première

Les adolescents belges prennent trop de médicaments, ils y recourent de manière trop "banale", et leur consommation d'antibiotiques et d'anti-inflammatoires, notamment, est trop importante. Les effets secondaires dommageables de certains médicaments sont en outre ignorés, selon une étude publiée par les Mutualités Libres. Interrogée sur La Première, la pédiatre Dominique de Temmerman, experte aux Mutualités Libres, insiste sur le fait que les adolescents belges "ne sont pas plus en mauvaise santé que les autres adolescents. Il y a d'ailleurs également une analyse européenne par rapport au ressenti de la santé, et il n'est pas plus mauvais pour les Belges. Je pense que cela fait partie un petit peu de notre mode de vie. La prescription est quelque chose que les patients attendent au cours de la consultation, donc ils sont sans doute un peu demandeurs, et c'est perçu comme tel par le médecin. Ensuite, l'adolescent est soumis à des pressions, à des stress, à des moments de son existence qui ne sont pas toujours extrêmement faciles à vivre. Il faut se rappeler, par exemple, que la douleur est une perception qui est subjective, c'est-à-dire qu'on ressent la douleur, mais il y a également l'influence de l'émotionnel, de l'expérience".

"En 2018, on aime bien résoudre les problèmes en un clic, pour tous les événements de notre vie, et on voudrait que cet inconfort, que ce malaise qui nous retarde, qui retarde notre activité, puisse être éliminé en un claquement de doigts. Et donc effectivement avec des molécules relativement puissantes, comme des anti-inflammatoires, comme l'ibuprofène, on se sent tout de suite un petit peu mieux. Le fait est que ça ne s'attaque pas à la cause, nécessairement en tous cas" selon elle.

Risque vital

Cet anti-inflammatoire "se trouve vraisemblablement dans toutes les pharmacies familiales, la plupart des gens l'ont prise en se disant que l'effet est relativement rapide et efficace. Mais on oublie qu'un des effets les plus courants, ce sont les troubles digestifs, un inconfort, qui peut aller jusqu'à l'ulcère, jusqu'aux saignements. Il y a des points extrêmement importants à connaître pour l'ibuprofène, c'est qu'une femme enceinte ne peut pas en prendre, surtout en fin de grossesse ; il peut y avoir un risque vital pour le fœtus. On ignore aussi qu'il ne faut pas le donner s'il y a un risque d'insuffisance rénale, et c'est le cas, par exemple, pour des enfants qui ont un tableau de déshydratation, par exemple sur une gastro-entérite".

Concernant les antiallergiques, "notre analyse a été que cette augmentation significative que nous constatons entre 2013 et 2016, veut dire qu'il y a, vraisemblablement, de plus en plus d'enfants et d'adolescents allergiques. L'augmentation est moins importante qu'à la fin du siècle passé et au début des années 2000, mais cette augmentation continue à être observée" indique Dominique de Temmerman. Elle souligne que "le traitement est indispensable. Je pense qu'on intervient un petit peu trop tard, et qu'il y a toutes les recommandations de prévention, par exemple, tout ce qui est exposition au tabagisme, déjà in utero".

Il faut prendre le temps de se poser la bonne question face à un symptôme que l'on a. Un mal de tête peut peut-être simplement passer en allant se promener un quart d'heure à l'extérieur: "Tout ce qui est douleurs abdominales et céphalées peut avoir une composante liée au mode de vie".

"Le médicament fait partie de notre vie"

"Le médicament fait partie de notre vie, comme notre téléphone ou notre Bic. Pour la douleur, on considère qu'il faut une prise en charge médicamenteuse si nécessaire, mais également non médicamenteuse, que ce soit pour l'enfant, ou l'adolescent, ou l'adulte, et ça prend un tout petit peu plus de temps, mais ça peut être beaucoup plus efficace" dit la pédiatre.

Par ailleurs "l'adolescence est un moment où on peut avoir plus de malaises. Déjà la croissance donne des douleurs. Nos jeunes qui font tout du sport peuvent avoir des courbatures, et il y a également tous les petits bobos de la vie quotidienne, entorse, tendinite, etc.. Et pour les douleurs abdominales, pour les jeunes filles, il y a l'inconfort lié aux menstruations. On peut déjà se dire que l'on va un peu se détendre. 'J'ai des douleurs abdominales, mais si j'attends un quart d'heure, est-ce que ça va passer ? Si je marche un petit peu ? Est-ce que mon alimentation pourrait améliorer mon confort ?'. C'est en tous cas ce que nous suggérons : pour des maux de la vie quotidienne, on s'arrête, et on se pose la question de la place de ce symptôme dans sa vie générale par rapport à sa santé et par rapport à son mode de vie".