Sur les pas du compositeur belge Adolphe Biarent, à l’occasion de son 150e anniversaire
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Sur les pas du compositeur belge Adolphe Biarent, à l’occasion de son 150e anniversaire

15 oct. 2021 à 01:50Temps de lecture5 min
Par Axelle Thiry

    Ce samedi 16 octobre, on célèbre le 150e anniversaire de la naissance d’Adolphe Biarent, compositeur, violoncelliste et chef d’orchestre belge, qui a donné un souffle nouveau à la vie musicale de Charleroi. Son nom a parfois été éclipsé, peut-être dans l’ombre d’un César Franck ou d’Eugène Ysaÿe. Cet anniversaire est l’occasion de réécouter ses œuvres. Elles sont le fruit d’un tempérament ardent et plein de sensibilité.

    Voyages autour de la musique de Biarent

    Adolphe Biarent est un musicien qui a une haute conception de la mission de l’artiste. Il signe des œuvres originales, d’une inspiration élevée, d’une sensibilité frémissante. C’est aussi un pédagogue apprécié de ses élèves, un professeur que l’on décrit comme foncièrement bon. Réservé et solitaire, Adolphe Biarent n’en est pas moins soucieux de développer la vie culturelle de sa région. Il lui donne une formidable impulsion. Biarent est notamment à l’origine de la création de l’Orchestre Symphonique de Charleroi.

    Biarent déborde d’imagination. Il a aussi un esprit d’ouverture. La suite pour orchestre Les Contes d’Orient témoigne de son intérêt pour les musiques extra-européennes. 

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    Biarent, "l’un des principaux protagonistes de cette génération post-romantique belge"

    Adolphe Biarent voit le jour le 16 octobre 1871 à Frasnes-lez-Gosselies, un village du Hainaut. Son père est ébéniste et sa mère, enseignante.

    Il entre au conservatoire Royal de musique de Bruxelles où il obtient un 2e prix d’orgue. Il est déçu par ce résultat et il fait ses valises. Biarent rejoint le conservatoire de Gand où il reçoit le premier prix de contrepoint et de fugue.

    Comme l’écrit Michel Stockhem, "Adolphe Biarent a tout en main, pour devenir l’un des principaux protagonistes de cette génération post-romantique belge dessinant son époque : Auguste De Boeck, Guillaume Lekeu, Joseph Jongen et bien d’autres. À tous ces talents véritables, les coups de boutoir de Debussy, Schoenberg et Stravinsky donneront rapidement une patine surannée".

    Mais Adolphe Biarent fera une belle carrière et ses créations susciteront l’admiration. Toutefois, elles s’éteindront avec lui, au milieu de la guerre, en 1916. Et Michel Stockhem confie : "Les années folles qui suivront ne sont pas faites pour la propagation d’une œuvre éperdument romantique, rude, sombre, paroxystique et engagée." On ne peut que se réjouir de leur renaissance.

    Acteur de la vie musicale de Charleroi et fondateur de l’Orchestre Symphonique de la ville

    Biarent est un violoncelliste et un chambriste de talent. Il joue aussi de l’orgue et du piano. Et c’est un compositeur inspiré. En 1901, il obtient le premier Grand Prix de Rome avec sa cantate Oedipe à colonne.

    Grâce au prix de Rome, Biarent part en Italie. Il séjourne aussi en Allemagne et à Paris. On sait peu de choses sur ce voyage. L’homme, l’artiste, semble être de nature secrète et réservée. Biarent revient en Belgique et il se marie le 7 août 1905, avec Hélène Moreau. Biarent a alors à cœur de doter sa ville, Charleroi, d’une vie musicale digne de ce nom. Comme l’écrit Michel Stockhem, "il se consacrera entièrement au développement de la ville, industrieuse et prospère, noircie le jour des fumées des usines, illuminée de nuit par les flammes des hauts-fourneaux : tout y est à faire sur le plan culturel."

    Biarent déploie beaucoup d’énergie pour animer la vie musicale à Charleroi, tout en poursuivant son œuvre de compositeur. Voici quelques-uns de ses préludes pour le piano. Il puise son inspiration dans l’œuvre de poètes du Moyen Âge et de la Renaissance. Et notamment Marie de France, Charles d’Orléans, Pierre de Ronsard…

    Adolphe Biarent aimerait doter Charleroi d’un orchestre symphonique. Le public sera-t-il là ? Il fait venir l’orchestre de la Monnaie en 1907. Il n’y a pas de salle philharmonique dans la ville. Qu’à cela ne tienne ! C’est la Bourse qui accueille les musiciens et le public se presse à l’entrée de la salle. On y donne Trenmor, son poème symphonique, tout en clair-obscur. Et c’est le succès ! L’orchestre est applaudi avec enthousiasme. Voilà qui galvanise Adolphe Biarent. C’est grâce à son initiative et ses efforts que l’Orchestre Symphonique de Charleroi voit le jour. Nous sommes en 1907.

    Biarent pédagogue

    C’était un homme profond, et solitaire. On peine à trouver la trace de ses impressions et de ses pensées. Mais on sait qu’il avait une haute idée de l’art. Il nourrissait un idéal artistique élevé, qu’il servait avec une remarquable technique et une imagination fertile. Adolphe Biarent fréquentait un peu Vincent d’Indy, qui disait de lui : "Il a produit une belle et bonne musique qui a pour elle le temps". Parmi les amis de Biarent figurent aussi Eugène Ysaÿe et d’autres disciples de César Franck, dont Biarent est un grand admirateur.

    Mémorial d'Adolphe Biarent au Conservatoire de Charleroi

    Adolphe Biarent enseigne au conservatoire de Charleroi et à l’école normale. C’est un professeur apprécié de ses élèves.

    Biarent n’hésite pas à mettre en valeur les plus brillants de ses élèves comme le prodige Fernand Quinet. Biarent lui confie le rôle de soliste alors qu’il n’a que 13 ans. Comme l’écrit Michel Stockhem, un jour, le jeune homme allait découvrir une Sonate pour violoncelle terriblement difficile, d’une tonalité noir ébène, révélatrice des sentiments rageurs de Biarent en 1914-15.

    Avec un ami, Gustave Roullier, il publie un recueil de 50 mélodies populaires wallonnes et flamandes. Biarent est soucieux de mettre en valeur le patrimoine de sa région. En 1911, il compose une Rhapsodie wallonne pour piano et orchestre sur des thèmes populaires du pays de Liège et de l’entre-Sambre-Et-Meuse.

    Un soir de novembre 1912, alors qu’Adolphe Biarent rentre chez lui, il est victime d’une agression en rue. On dit qu’il n’en a pas gardé de séquelles mais depuis ces années-là, il commence à avoir des problèmes de santé, notamment de vue. Biarent décédera d’une hémorragie cérébrale alors qu’il n’a pas encore 45 ans.

    Playlist de l’émission Voyages, qui sera diffusée ce dimanche 17 octobre à 9h sur Musiq3

    Adolphe BIARENTEnthousiasme et Effet de lune extraits de la Suite d’Orchestre "Les Contes d’Orient". L’Orchestre philharmonique de Liège sous la direction de Pierre Bartholomée. Cyprès 7605.

    Adolphe BIARENTLe deuxième mouvement du Quintette à clavier en si mineur. Diane Andersen & le Quatuor Danel. Cyprès 4611

    Richard WAGNERLe lever du jour et le Voyage de Siegfried sur le Rhin extrait du Crépuscule des Dieux. Le Royal Concertgebouw Orchestra sous la baguette de Riccardo Chailly. Qdisc.

    Adolphe BIARENTLes Préludes n° 2 et 10 pour le piano. Sébastien Liénart. Gailly 87052.

    Adolphe BIARENTLe réveil d’un Dieu, sonnet pour violoncelle et orchestre. Luc Dewez & L’Orchestre philharmonique de Liège sous la direction de Pierre Bartholomée. Cyprès 3601.

    César FRANCKLes deuxième et troisième mouvements de la Sonate pour violon et piano en la majeur. Vadim Repin et Nikolai Lugansky. DG 002894778794.

    Adolphe BIARENTDes extraits de la Symphonie en ré mineur. L’Orchestre philharmonique de Liège sous la direction de Pierre Bartholomée. Cyprès 3601.

    Adolphe BIARENTDe larges extraits de la Sonate pour violoncelle. Marc Dobrinsky et Diane Andersen. Talent 291014.

    André-Modeste GRÉTRYDe larges extraits du Quatuor à cordes en mi bémol majeur. Quatuor Thais. Musica Ficta 8004.

    Adolphe BIARENTLied et chanson extraits des mélodies. Clotilde van Dieren et Katsura Mizumoto. CYP 8614 (sortie en 2022).

    Production et présentation : Axelle THIRY

    Réalisation : Ariane DUFRASNE

    Chambre avec vue sur la musique d'Adolphe Biarent avec Diane Andersen

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