Sur les pas de Josquin Desprez, l’un des plus grands compositeurs de la Renaissance
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Sur les pas de Josquin Desprez, l’un des plus grands compositeurs de la Renaissance

30 août 2021 à 11:21Temps de lecture8 min
Par Axelle Thiry

    Josquin Desprez est l’un des plus grands compositeurs du tournant du XVIe siècle, un maître de la polyphonie, d’une formidable créativité. On ne connait pas la date exacte de sa naissance. Il est sans doute né vers 1440, certains disent 1450, et il est décédé le 27 août 1521 à Condé-sur-l’Escaut, il y a 500 ans, un demi-millénaire, et deux jours.

    ►►► Ecoutez le feuilleton "Josquin Desprez à Condé-sur-l’Escaut en 1521"

    Joannes Ockeghem, Recueil des chants royaux

    Josquin Desprez, qu’on appelle souvent Josquin, est un compositeur franco-flamand de la Renaissance. Il est né dans une région placée sous l’autorité des ducs de Bourgogne et probablement dans le Comté de Hainaut, sur le territoire de la Belgique ou de la France moderne. On ne sait pas grand chose au sujet de sa jeunesse et de son apprentissage de la musique. Hormis le fait qu’il a été chantre de la collégiale de Saint-Quentin, en France. C’était un centre important de production musicale. Josquin a peut-être étudié le contrepoint avec Ockeghem, qu’il a beaucoup admiré. Voici l’éloquente déploration de Josquin sur la mort d’Ockeghem, en 1497.

    On retrouve Josquin en Italie, où il est Biscantor à la chapelle du Dôme de Milan à partir de 1459. Un biscantor, c’est un choriste qui peut assurer deux parties vocales, au choix selon les besoins. Josquin Desprez a d’abord composé dans le style d’Ockeghem et de ses contemporains. Mais en Italie, il fait de nouvelles découvertes. Il prend connaissance de la texture homophonique de la musique sacrée italienne et de la simplicité de la musique profane. Il va réunir ces deux éléments et incarner un style nouveau qui s’affirmera avec la Renaissance et dont les plus illustres représentants seront Giovanni Pierluigi da Palestrina et Roland de Lassus.
     

    Josquin Desprez, le plus grand compositeur de l’époque

    La première trace que l’on a d’un engagement de Josquin Desprez comme musicien date du 19 avril 1477. L’inscription de son nom sur un registre prouve qu’il était chanteur à la chapelle de René, duc d’Anjou, à Aix-en-Provence. Il était sans doute à Paris en 1481, avec les chanteurs de la Chapelle royale. En 1483, Josquin retourne à Condé pour réclamer l’héritage de son oncle et sa tante qui ont peut-être été tués en mai 1478 par l’armée de Louis XI. Il s’était produit une chose terrifiante. Ils avaient enfermé et brûlé vive la population dans l’église lors du siège de la ville.

    Josquin Desprez a écrit des messes, des motets et des chansons profanes. Il est considéré aujourd’hui comme l’un des créateurs de la chanson polyphonique. Il est sans doute le premier grand maître dans le domaine de la polyphonie vocale des débuts de la Renaissance. Pendant le XVIe siècle, il a progressivement acquis la réputation de plus grand compositeur de l’époque. Il est aussi l’un des premiers à bénéficier de l’imprimerie, ce qui lui permet d’être très connu de son vivant.

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    Josquin Desprez est le premier compositeur à voir des volumes imprimés entièrement consacrés à ses oeuvres. Beaucoup ont servi de modèles. De nombreuses compositions de Josquin ont été transcrites pour luth. Qu’il s’agisse de son œuvre religieuse ou de son œuvre profane, Josquin s’affranchit de toute contrainte.

    Josquin est le maître des notes, elles se plient à ses ordres tandis que les autres restent sous leur dictée.

    Luther

    Missa Pange lingua, Manuscrit de Josquin Desprez
    Missa Pange lingua, Manuscrit de Josquin Desprez Fine Art Images / Heritage Images / Getty Images

    Dans sa musique, Josquin poursuit la tradition franco-flamande dans la lignée de Guillaume Dufay, un célèbre compositeur d’Europe du XVe siècle. Dufay était très estimé des rois Charles VII et Louis XI mais surtout des ducs de Bourgogne, Dufay marque le début de l’école franco-flamande, dont le rayonnement perdure jusqu’à la fin du XVIe siècle.

    Josquin Desprez est un inventeur, un expérimentateur. Il fait usage de plusieurs techniques dans tous les types de messes, le cantus firmus, la parodie. Il fait aussi une utilisation abondante du canon et de l’imitation. Il est aussi l’auteur de nombreux motets. Il se prend d’affection pour ce genre et il y expérimente encore davantage ses recherches.

    A cette époque, Baltasar Castiglione, qui appréciait beaucoup d’art du chant écrit à propos du chanteur Antoine Colebault : "Sa manière de chanter est si pleine d’art, si prompte, véhémente, excitante, si riche en mélodies différentes, que les esprits de celui qui l’entend sont tous émus et s’enflamment, et ainsi ravis semblent s’élever jusqu’au ciel."

    Comme l’écrit Philippe Canguilhem, la fin du 15e siècle représente un point de bascule dans l’histoire de la musique occidentale. Pour la première fois, des musiciens sont recherchés non pas pour leur talent de chanteur ou d’instrumentistes mais pour leurs facultés à inventer des morceaux de musique. Ils étaient copiés dans des manuscrits avant d’être joués. A cette époque, on commence à les désigner avec le terme de compositeurs. Et à considérer la composition musicale comme une véritable création artistique.

    L’activité de Josquin Desprez est connue à partir de son séjour en Italie, où il est chanteur à la cathédrale de Milan de 1459 à 1472. Il entre en 1474 au service du duc Galeazzo Maria Sforza comme chantre d’église. Josquin Desprez passera presque 20 ans en Italie.

    Dans ses œuvres, il cherche le meilleur moyen de mettre le texte en valeur. Josquin fait plusieurs voyages à Rome. De 1489 à 1495, il est membre du chœur papal. Il a peut-être fait l’objet d’un échange de chanteurs avec un certain Gaspar van Weerbeke qui est parti à Milan en même temps. Il se pourrait qu’il ait lui-même gravé dans le mur de la chapelle Sixtine le "JOSQUINJ" qui a été récemment découvert par des ouvriers qui restauraient la chapelle. Il était habituel que les chanteurs gravent leur nom sur les murs. Des centaines de noms y ont été inscrits entre les XVe et XVIIIe. Si c’est bien lui qui signe ce graffiti, il s’agit du seul autographe qui nous soit parvenu.

    On a retrouvé un échange de lettres entre la Maison Gonzague et la famille Sforza, et on pense que Josquin Desprez est retourné au service des Sforza autour de 1498. Il n’est sans doute pas resté longtemps à Milan, puisque l’année suivante, Louis XII envahissait le Nord de l’Italie et emprisonnait les anciens employeurs de Josquin. Il est peut-être revenu en France à cette époque.

    Josquin était un chercheur infatigable. Il aimait varier les styles ? Il écrivait parfois dans un style austère dénué de toute ornementation et il composait d’autres fois une musique qui demandait une virtuosité considérable. Il avait aussi beaucoup d’esprit. Glaréan écrivait en 1547 que Josquin n’était pas seulement un virtuose magnifique mais qu’il était aussi capable de "moqueries" en utilisant la satire de manière très efficace. C’est sans doute avant de quitter l’Italie qu’il a écrit l’une de ses compositions de musique profane les plus célèbres, El Grillo.

    Josquin Desprez, le voyageur

    Josquin Desprez a beaucoup voyagé, notamment en France et en Italie, où il s’est imprégné de toutes sortes d’influences. De retour au pays, il a donné un souffle nouveau à la musique nordique. Josquin Desprez appartient à cette génération de musiciens transitoires entre l’école polyphonique franco-flamande et la Renaissance en Italie.

    Duc Ercole I de Ferrare

    En 1503, le duc Ercole I de Ferrare engage Josquin Desprez pour sa chapelle. Hercule Ier était un mécène important de la Renaissance italienne. Josquin connaissait bien sûr sa propre popularité. Il était conscient de la valeur de son travail et quand on lui propose de diriger la musique du duc de Ferrare, il n’hésite pas à demander un salaire presque deux fois plus élevé que son concurrent, Henricus Isaac qui était pourtant très connu lui aussi. Un conseiller d’Hercule avait suggéré au duc d’engager plutôt Heinrich Isaac, plus sociable, dit-on, et qui aurait coûté 120 ducats au lieu 200. Mais le duc choisit d’engager Josquin malgré ses prétentions salariales exorbitantes.

    À Ferrare, Josquin a écrit une partie de ses compositions les plus célèbres, dont le Miserere, influencé par le réformateur religieux Jérôme Savonarole. C’est l’un des motets les plus largement répandus du XVIe siècle, Josquin a aussi mis en musique un texte, d’espérance en Dieu, qui était le psaume préféré Savonarole. Il en avait laissé une méditation inachevée, rédigée en prison avant son exécution sur le bûcher à Florence en 1498.

    Josquin est au service du Duc Hercule 1er à Ferrare. Mais une épidémie de peste pendant l’été 1503 conduit le duc et sa famille à quitter la ville en même temps que les deux tiers des citoyens. Josquin part en avril de l’année suivante. Il revient dans sa région d’origine de Condé-sur-l’Escaut, au sud-est de Lille, près de la frontière actuelle entre la Belgique et la France. Le 3 mai 1504, il est nommé prévôt de l’église collégiale Notre-Dame, un centre musical qu’il dirige jusqu’à la fin de sa vie.

    Josquin Desprez a connu un grand succès de son vivant. Il semble qu’aucun autre compositeur avant lui n’avait suscité autant d’admiration de la part de ses contemporains.

    La naissance de l’imprimerie musicale a contribué à sa renommée. La publication de ses œuvres a accentué leur diffusion. Il y a aussi eu des attributions douteuses de la part d’imprimeurs peu scrupuleux. Il faut dire qu’il suffisait d’apposer le nom de Josquin sur une œuvre pour qu’elle se vende comme des petits pains. On lui a attribué au moins 374 œuvres. C’est seulement avec les méthodes modernes d’analyse que certaines de ces attributions erronées ont pu être révélées, en les comparant avec les caractéristiques de son style et de son écriture.
     

    Programmation musicale

    Josquin DESPREZ – Stabat Mater Dolorosa. La Chapelle royale sous la direction de Philippe Herreweghe. HMC 901243.

    Josquin DESPREZ – Nymphes des bois, déploration de Josquin sur la mort d’Ockeghem. Il Giardino armonico sous la direction de Giovanni Antonini. Alpha 450.

    Giovanni Pierluigi da PALESTRINA – Kyrie de la Missa Viri Galilaei. L’Ensemble vocal européen sous la direction de Philippe Herreweghe. Harmonia Mundi 2908102.

    Josquin DESPREZ – Saltarello, La Spagna a 5, Fortuna disperata. L’ensemble Hespérion XX sous la direction de Jordi Savall. Alia vox 9895.

    Josquin DESPREZ – Adieu mes amours, La Bernardina, En l’ombre d’ung buissonet. Romain Bockler et Bor Zuljan. Ric 403.

    Guillaume DUFAY – Inclita stella maris et O sancte Sebastiane. Ensemble Diferencias. Divox 79610.

    Josquin DESPREZ – Ave Maria, virgo serena. Gabrieli consort sous la direction de Paul Mc Creesh. DG 4777635.

    William BYRD – Fantaisie à 6. Il Capriccio stravagante sous la direction de Skip Sempé. Audivis Astrée E8611.

    Gregorio ALLEGRI – Miserere mei, Deus. Oxford Choir of New College sous la direction d’Edward Higginbotham. Erato 146342.

    Josquin DESPREZ – El Grillo. Voces madrigalis sous la direction d’Henk Cornil.

    Josquin DESPREZ – Mille regretz. Stile Antico. HM 807595.

    Josquin DESPREZ – Vive le Roy. L’ensemble Hespérion XXI sous la direction de Jordi Savall. Alia vox 9814.

    Cipriano DE RORE – Io canterei d’amor. L’ensemble Labyrinto, sous la direction de Paolo Pandolfo. HM 905234.

    Josquin DESPREZ – Que voulez-vous dire de moi. Paul O’Dette. HM 907557.

    Josquin DESPREZ – Miserere mei, Deus. La Chapelle royale sous la direction de Philippe Herreweghe.

    Josquin DESPREZ – Kyrie de la Messe " L’homme armé ". The Tallis Scholars sous la direction de Peter Philips. GMell19.

    Production et présentation : Axelle THIRY

    Réalisation : Katia MADAULE

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