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Cuisine

"Suicide food" : les emballages fun et colorés qui veulent faire oublier la souffrance animale

03 août 2022 à 11:30Temps de lecture2 min
Par RTBF avec AFP

Dans le monde de la publicité, certains animaux sont dépeints comme s'ils étaient ravis d'être mangés : vache qui rit aux éclats, poulet qui danse, cochon qui se découpe lui-même tout en s'esclaffant...

Une stratégie marketing dénoncée dans le début des années 2010 par un blogueur américain, qui qualifie ce phénomène de "suicide food". 

La pub nous abreuve d'images d'animaux ravis d'être dévorés !

En termes de publicité, tout est bon pour attirer le consommateur. Et quand il s'agit de produits d'origine animale, on imagine difficilement une carcasse sanguinolente affichée sur une barquette de côtelettes de porc.

Les publicitaires préfèrent au contraire miser sur des animaux joyeux et pleins de vie.

Une ironie quand on connaît le traitement qui a été infligé à ces bêtes avant qu'elles ne finissent dans nos assiettes. 

Vous avez probablement en tête la célèbre réclame de la Vache qui rit, marque de l'entreprise française Fromageries Bel. Ou encore celle du poisson pané "Croustibat", représenté par un poisson d'or affublé comme un marin, arborant un sourire éclatant et un biceps imposant. Autrement dit, des images colorées aux allures de dessins animés mettant en scène des animaux joyeux à l'idée d'être mangés.

Ce phénomène a été suivi de près par le blogueur et militant végan américain Ben Grossblatt, qui lui a même donné un nom : le "suicide food". Soit "toute représentation d'animaux qui agissent comme s'ils souhaitaient être consommés", selon sa définition.

"Référent absent" : surtout, ne pas culpabiliser le consommateur

Une idée qui se rapproche de la notion du "référent absent" théorisé par l'essayiste américaine Carol J. Adams, autrice de l'essai "La politique sexuelle de la viande" (1990), qui désigne l'absence de lien entre l'animal vivant et la pièce de viande prête à la consommation.

"L'animal, à travers son nom et son corps, est rendu absent en tant qu'animal afin que la viande puisse exister", explique-t-elle.

Un postulat intéressant qui n'est pas sans rappeler la célèbre phrase : "Si les murs des abattoirs étaient transparents, tout le monde serait végétarien", prononcée par le chanteur Paul McCartney dans le documentaire "Glass Walls". 

Avec le "suicide food", la notion de référent absent devient d'autant plus complexe que l'animal est clairement affiché pour mieux faire oublier que ce dernier a souffert et donc en quelque sorte déculpabiliser le consommateur. Cette tendance publicitaire est d'ailleurs dénoncée par plusieurs associations de défense des animaux, n'hésitant pas à souligner le caractère mensonger de ces réclames. 

"Nous avons rendu publiques plus de 100 enquêtes dévoilant les souffrances infligées aux animaux dits d'élevage. Jamais nous n'avons croisé une vache en train de sourire ou un poulet qui dansait. Jamais nous n'avons vu un animal heureux ou ne serait-ce qu'impassible dans un abattoir, face à sa mort. Jamais", martèle notamment L214 dans un récent post Facebook.

Certains labels revoient leur copie

Désormais plus sobres dans le ton et les illustrations, les récentes publicités pour les produits carnés se contentent d'afficher une photo de l'animal en question, sans lui prêter de traits anthropomorphiques ou des émotions positives. La mascotte "Croustibat" est d'ailleurs passée du poisson d'or au génie (bien que ce dernier évoque davantage la figure de la sirène). 

Le "suicide food" semble donc perdre du terrain, même si bon nombre d'images et de slogans resteront sans doute encore longtemps dans les esprits. 

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