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"Sugar daddies" et "sugar babies": prostitution déguisée?

GF: les Sugar Babies

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26 févr. 2016 à 05:003 min
Par Sarah Heinderyckx

Un phénomène interpellant prend de l'ampleur sur la toile: des sites internet mettent en relation des jeunes femmes, appelées sugar babies et des hommes fortunés souvent plus âgés appelés sugar daddies, littéralement, papas gâteaux. Le but : leur permettre de négocier les termes d'une relation en échangeant de bons procédés. Pour certains, c'est tout simplement de la prostitution déguisée.

Hommes riches cherchent compagnie

Visuellement, ils se présentent comme de simples sites de rencontre mettant en relation des profils particuliers. Les sugar daddies seraient des hommes ayant réussi leur vie, mais souffrant de solitude et cherchant de la compagnie. Les sugar babies, des femmes lassées des hommes jeunes et sans ambition. Une façon très élégante de désigner en fait des hommes riches, qui indiquent leurs revenus sur le site, à la recherche de jolies jeunes femmes ayant besoin d'aide matérielle ou financière.

"À la fin, ils veulent tous quelque chose de plus"

Eva est une de ces sugar babies belges qui a accepté de témoigner pour nous. Elle est inscrite depuis un an et demi. Loin des présentations très légères de ces sites internets, elle reçoit des messages parfois très explicites.

"C'est plutôt basé sur le sexe. Pas seulement, mais souvent. Récemment, j'ai reçu un message me demandant si j'aimais les rencontres chaudes... Je pense qu'à la fin tous les hommes, même ceux qui se sentent seuls et veulent juste passer du temps avec nous, veulent au final quelque chose de plus qu'une simple rencontre au restaurant", nous confie-t-elle.

40% d'étudiantes

Eva est étudiante, comme 40% des sugar babies inscrites sur le site SeekingArrangement en Belgique. Sans cela, elle peut payer son loyer et ses études, mais en fixant ce qu'elle appelle des arrangements avec des sugar daddies, elle peut se permettre quelques extras.

Elle précise : "En ce moment, la personne que je vois me donne 250 à 300 euros chaque fois qu'on se voit. Je ne veux rien fixer moi-même, il me donne ce qu'il veut. C'est comme ça que ça marche pour moi en tout cas, je n'ai pas envie que ce soit tarifé".

"On se retrouve souvent à l'hôtel"

On le comprend, les limites sont parfois très floues entre rencontres intéressées et prostitution. Eva a rencontré quatre hommes en un an et demi, elle n'en voit qu'un régulièrement, un chef d'entreprise de 50 ans. "Je peux le voir deux à trois fois par semaine", raconte la jeune femme, "on s'arrange sur le jour et on se retrouve à l'hôtel, oui souvent c'est à l'hôtel".

À ce rythme-là, Eva reçoit minimum 900 euros par mois de son sugar daddy, mais elle n'a pas l'impression de vendre son corps pour de l'argent. "Parfois c'est juste pour un dîner dans un endroit luxueux. Je ne vais plus loin que si je suis intéressée, j'ai aussi mon mot à dire. Donc pour moi ce n'est pas de l'escort, ni de la prostitution", insiste-t-elle.

Prostitution déguisée

Mais pour les spécialistes, ces sites internets ne font que jouer sur les mots. Si aucun d'eux n'évoque de relations sexuelles, elles sont largement sous-entendues. Viviane Teitelbaum préside le Lobby européen des Femmes, elle explique : "La prostitution a de multiples visages. Parfois, c'est malheureusement très insidieux et c'est vraiment le cas ici. Le danger, c'est que ces jeunes femmes tombent dans un engrenage qui va finir par être quelque chose qu'elles n'ont pas du tout choisi".

19 000 membres en Belgique

Ces sites rencontrent pourtant de plus en plus de succès. Arrivée en Belgique il y a deux ans, la plateforme américaine SeekingArrangement compte aujourd'hui plus de 19 000 membres. Parmi eux, 16 000 sugar babies, 3000 sugar daddies et même quelque 450 sugar mummies. Et selon le site américain à la communication bien rodée, ces membres n'échangent que de bons procédés.

"Les arrangements sont une façon très directe d'envisager les relations de couple", nous dit Angela Jacob Bermudo, porte-parole de SeekingArrangement.com, "Les sugar daddies, mummies ou babies sont très honnêtes sur ce qu'ils cherchent chez un partenaire. Cela peut concerner le type de relation qu'ils vont avoir, combien de temps elle va durer, la fréquence à laquelle ils se voient, et même comment chaque personne se comporte".

Hypocrisie

Des relations négociées dans les moindres détails, ou presque. Certains comme la vie sexuelle sont comme par hasard non négociables. Ici, le discours puritain est de mise : "Les personnes qui recherchent du sexe sur le site ne respectent pas nos conditions d'utilisation", précise la porte parole.

Sauf que visiblement, ces conditions d'utilisation sont régulièrement enfreintes. Si l'on en croit en tout cas certains messages reçus par Eva : "Souvent, on me demande combien je veux pour une nuit. Certains sont même très explicites et me demandent ce que je fais pour telle somme", nous dit-elle.

Business

Il y a donc un fossé entre le discours des créateurs de ces sites et la réalité des utilisateurs. Notons aussi que c'est un énorme business. Grâce à ses abonnés dans le monde, SeekingArrangement a engrangé entre 30 et 40 millions de dollars l'an dernier.

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