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Sting : le grand écart permanent

Sting
01 oct. 2021 à 22:00Temps de lecture4 min
Par Frédéric Vandecasserie

En 70 ans d’une existence bien remplie dont 50 ans de carrière en tant que musicien tout-terrain (avec Police, en solo, mais aussi en duo avec Cheb Mami, Shaggy et même Mylène Farmer), le parcours de Sting, c’est un peu comme un pub pour les fromages belges. Il y a eu " un peu de tout ", mais " souvent du très bon ", serait-on tenté d’ajouter. Retour sur la carrière d’un homme de tous les engagements, sur scène mais aussi en dehors.

" Ils ne veulent plus de moi, je le sens ! " Nous sommes dans les coulisses de l’édition 1991 à Werchter. Sting se produit en solo, juste après Iggy Pop, et quitte la scène en tendant un majeur rageur vers le public. Durant sa prestation, Iggy avait incité le public à jeter des bouteilles en l’air. On s’amuse comme on peut quand on est punk…

Mais quelque temps plus tard, le public remettra ça, plus fort et plus massivement, lorsque Sting se lancera dans " Message in a Bottle ". Mais Gordon Sumner (de son nom de baptême) ne comprend pas qu’il s’agit juste d’une très mauvaise blague, moyennement appréciée par la Croix-Rouge débordée par les bleus, les nez cassés et quelques légères commotions. Parce qu’une bouteille remplie de terre qui vous atterrit sur la tête, ça fait mal !

Deux conséquences immédiates : c’est depuis cette édition que toutes les bouteilles sont interdites au festival (n’y voyez donc pas une quelconque préoccupation environnementale avant la lettre !) et, surtout, ce micro-événement met en lumière une chose essentielle : Sting est un maxi-angoissé. Toujours persuadé d’être au mauvais moment au mauvais endroit. Et son goût pour les expérimentations en tous genres n’aura pas aidé, surtout à une époque où on aime apposer une étiquette unique et uniforme sur le dos de chaque artiste.

Précoce mais toujours soutenu

Précoce mais toujours soutenu

Le malentendu débute en fait tôt dans la vie du petit Gordon : alors que sa mère, pianiste amateure, l’encourage à apprendre la musique dès son plus jeune âge, son père, lui, ouvrier naval reconverti en livreur de lait, voit tout cela d’un très mauvais œil et ne l’encourage pas une seconde. Pourtant, Sting, plongé donc très tôt dans le bain de l’adversité, maîtrise la basse, le piano, la guitare, le saxophone, l’harmonica et même la flûte de pan.

Quelques années plus tard, il entame sa vie professionnelle en devenant instituteur et jouera le week-end dans divers groupes de jazz. C’est d’ailleurs l’un de ses compères de l’époque qui, alors que le futur Sting porte un pull à rayures jaunes et noires sur scène, trouve qu’il ressemble à une guêpe, qui lui attribuera le nom de Sting, alias Dard en Anglais.

Le premier disque où l’on peut entendre Sting assurer la basse et les chœurs est celui du Newcastle Big Band :

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Mais que fait The Police ?

Mais que fait The Police ?

Trois autres albums avec un autre groupe, The Last Exit plus tard, c’est le grand plongeon avec The Police et sa poignée de hits planétaires genre " Roxanne ", " Message in a Bottle ", " Every Breath You Take " et toutes les autres. Et, là encore, l’adversité rattrape notre homme. The Police culmine et se réclame punk au moment où les Sex Pistols explosent. Résultat : ces derniers ne manquent jamais de déverser leur haine sur ce " groupe qui n’a rien de punk " et, encore même des années plus tard sur " ces chanteurs qui veulent faire les acteurs ".

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Bref, The Police connaît les affres du même procès intenté aux Stranglers, qui revendiquent leur punkitude et osent ajouter des claviers à leur musique. Cinq albums et quelques années après, Police se sépare en 1984. Un autre disque sera envisagé mais ne verra pas le jour à cause d’un… cheval. C’est en tout cas ce qu’expliquait le guitariste Andy Summers dans les notes de pochette du coffret rétrospectif " Message in a Box " (1993) : "La tentative d’enregistrer un nouvel album était vouée à l’échec dès le départ. La veille de notre arrivée au studio, Stewart s’est cassé la clavicule en tombant d’un cheval, ce qui nous a fait perdre notre dernière chance de retrouver un certain rapport juste en jammant ensemble. Quoi qu’il en soit, il était clair que Sting n’avait pas vraiment l’intention d’écrire de nouvelles chansons pour The Police. Ce fut un exercice stérile."

En solo et dans tous les genres

En solo et dans tous les genres

Sting se lance donc en solo.

Et comme on pouvait malheureusement le redouter, son éclectisme est à nouveau pointé du doigt, qu’il s’essaye au rock engagé (" Russians "), aux sonorités jazz (" If You Love Somenbdy Set The Free ", " Englishman in New Nork "…), au baroque avec l’album Songs From The Labyrinth

Et, une fois de plus, Sting recueille autant d’épines de roses que de lauriers pour son éclectisme. Mais, heureusement, une autre partie de ses fans le suit quand même dans son univers labyrinthique. Comme il dit s’en rendre compte dans une interview accordée au JDD en 2011 : " Ma seule éthique est de me surprendre et de surprendre mon public. Je ne le sous-estime pas, il est fin, curieux et cultivé. "

Question surprises, il ira aussi jusqu’à se lancer ans des duos souvent improbables (Mylène Farmer, Shaggy, Gims, All Saints, Angélique Kidjo et même Ricky Martin…).

Par ailleurs, toujours plus de grand écart, Sting a aussi tâté d’autres disciplines. Comme le cinéma (qu’il débute en 1979 avec l’adaptation de Quadrophenia) et, plus de 20 films plus tard, tourne dans le très réussi Kaamelott.

Rebel with plein de causes…

Rebel with plein de causes…

Enfin, Sting a toujours tenu à associer son nom et sa popularité à des causes qui lui sont proches. Il a ainsi fondé la " Rainforest Foundation ", en compagnie du chef indien brésilien Raoni, où il reste très impliqué dans la défense de la forêt amazonienne :

Bulletin d'information

Raoni et Sting : "sauver la forêt amazonienne"

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Il a participé à plusieurs tournées organisées par " Amnesty International " :

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Il prend position contre le Brexit. et pour les actions contre le réchauffement climatique. Seule ombre au tableau : il a touché un million de dollars pour un concert privé à l’invitation de la fille d’un dictateur ouzbek. Un faux pas qu’il mettra des mois à expliquer.

Une fois de plus, il se verra sévèrement critiqué et expliquera dans une série d’interviews que " parfois, on se trompe. Mais que dans ma vie, j’aurai été nettement plus critiqué pour mes choix en général que pour mes mauvais choix, très très rares. Et ça, j’ai dû vivre avec. Mais, globalement, je ne regrette rien ! Et ce n’est pas fini ! "

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