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Coronavirus

Still Standing for Culture : le secteur s’autorise à rouvrir un peu partout, très peu de représentations sont empêchées

01 mai 2021 à 09:27 - mise à jour 01 mai 2021 à 14:55Temps de lecture5 min
Par Marie-Laure Mathot

Le plancher de la scène craque de nouveau. Les prises sont rebranchées. Les spots se rallument. Le rideau se lève. Après six mois de fermeture, 125 acteurs de la scène culturelle bravent les interdictions et rouvrent en respectant un protocole sanitaire ce 1er mai sans attendre le 8 mai, date à laquelle des assouplissements ont été annoncés par le dernier Codeco.

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C’est le mouvement Still standing for culture, autrement dit "Toujours debout pour la culture". Par cette action, ils veulent montrer que la culture, les échanges d’idées, est nécessaire à une société en bonne santé. Que travailler pour consommer et acheter ne peut pas être les seules activités jugées essentielles.

"Outre le plaisir que ces actions vont procurer, celui de retrouver le partage collectif des sens, des idées et des émotions, n’oublions pas qu’il s’agit d’un acte politique, explique le collectif sur sa page Facebook. Organisateurs comme participants s’exposent à un risque d’amende." Ainsi, assister à une représentation peut coûter minimum 250 euros par participant en cas de contrôle de police.


►►► A lire aussi : Théâtre de l’Ancre : la représentation de la mobilisation dans le cadre de Still standing for Culture a lieu dans le calme


C’est toute la question de ce 1er mai : les autorités laisseront-elles ces événements se dérouler ou feront-elles intervenir la police ? Tout dépend des communes. À Namur par exemple, le théâtre a d’ores et déjà annulé ses représentations car le bourgmestre, Maxime Prévot, a annoncé qu’il ne laisserait pas faire les organisateurs.

De telles amendes sont contraires au droit

En cas de sanctions, les acteurs culturels participant comptent tout de même mener leur action jusqu’au bout. C’est en tout cas ce qui est annoncé sur la page Facebook de Still standing for culture. "Nous avons de nombreux arguments pour considérer que de telles amendes sont contraires au droit et qu’elles seraient jugées illégales devant un tribunal. Nous les contesterons donc collectivement avec l’aide d’avocat·e·s."

Dans le respect des protocoles sanitaires

Le collectif se dit solidaire avec le personnel soignant. Ainsi, pas question de mener ces événements sans gestes protecteurs. Les protocoles mis en place au mois d’octobre sont donc d’application. C’est le cas au Céméo à Namur. "Tout un dispositif est mis en place pour la circulation du public, pour éviter que les gens ne se croisent, explique Laurence Hottart, la coordinatrice du cinéma juste avant la première séance de 13h30. Les séances sont espacées pour permettre aux équipes de désinfecter tous les points de contact : rampes, poignées de porte etc. Il y a du gel à disposition. Le port du masque est obligatoire. Les salles sont ventilées. Toutes les 15 minutes, l’air est renouvelé. Et puis dans chaque salle, un membre de l’équipe place les gens à bonne distance."

À Namur, le velours rouge du Caméo accueille les premiers spectateurs

Même si certains acteurs culturels à Namur ont renoncé à ouvrir, le Caméo, le cinéma des Grignoux, a tout de même décidé de maintenir ses séances. "C’est une action qui a beaucoup d’importance, réagit Laurence Hottart, la coordinatrice du cinéma juste avant la première séance de 13h30. Ça fait 13 mois qu’on nous nie. On n’a pas de réponse du politique malgré des études qui montrent que les salles de spectacle sont sûres. On ne sait pas comment ça va se passer. Peut-être qu’on nous empêchera de tourner dès le début de l’après-midi."

A Namur, le cinéma Caméo a rouvert ses portes
A Namur, le cinéma Caméo a rouvert ses portes

Le caméo n’ouvre que ce 1er mai jusqu’à 22h30 si les autorités les laissent faire. "Globalement, les gens nous soutiennent. On a eu énormément de messages sur les réseaux sociaux où les gens nous disent 'courage, tenez bon, on sera là' Le public des salles arts et essais est un public fidèle", se réjouit Laurence Hottart.

Voir arriver la police ? "C’est une éventualité. On le sait. On a été prévenus. Ce n’est pas une peur. Si la police arrive, elle fera son travail. Si on doit arrêter la journée, on évacuera les salles en toute sécurité, gentiment et on fermera mais ce serait bien dommage." Vers 14h30, une heure après le début de la première séance, la police n’était toujours pas intervenue.

En région bruxelloise, les événements foisonnent

De la capitale wallonne à la capitale belge, direction Watermael-Boisfort. Le centre culturel de Boisfort a prévu des séances de cinéma familial cet après-midi. Et avant cela, le public peut participer à une performance : un lancer de ballons qui s’accompagne de cris. Tout le monde peut se lâcher et venir dire haut et fort ce qu’il a sur le cœur.

"Le secteur est solidaire et responsable vis-à-vis des hôpitaux, explique Virginie Cordier, directrice de la Venerie, le centre culturel de Boitsfort. Mais aussi envers les secteurs qui se sentent discriminés. On veut rappeler cette discrimination. On défend nos libertés et droits fondamentaux."

"S’il y a des risques d’amendes, il y a aussi un élan de solidarité de la part des citoyens", continue la directrice.

À Etterbeek, l’atelier 210 barricadé par la police

Autre commune où les autorités se sont montrées réticentes à l’organisation de tels événements : Etterbeek en région Bruxelles-Capitale. Des concerts sont prévus à partir de 15h30 ce samedi. Mais dès la veille, les organisateurs ont reçu des messages des autorités pour les en dissuader. "Il (le bourgmestre) a rédigé un arrêt communal hier soir et a choisi de nous envoyer la police pour nous empêcher d’ouvrir la salle", explique l’atelier 210 sur Facebook. Cet après-midi, la police locale était en effet sur les lieux et a posé des barrières nadar pour empêcher le public de rentrer.

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Mais qu’à cela ne tienne, le théâtre a décidé de diriger les baffles vers l’extérieur. Les artistes jouent donc depuis la salle de concert et le public tend l’oreille sur le trottoir en face de l’établissement. L’ambiance est calme, le concert autorisé à être suivi depuis l’extérieur dans le respect des règles sanitaires.

"Le comité de concertation n’autorise pas les événements en intérieur en dehors des événements tests, répond-on du côté de la commune d’Etterbeek. Le bourgmestre doit respecter la loi. Il (Vincent De Wolf) est par ailleurs président de la conférence des bourgmestres et il ne peut pas ne pas montrer l’exemple."

À Liège, un banquet solidaire dans le quartier nord

A Liège, une vingtaine de manifestations étaient organisées ce samedi dans le cadre de Still Standing for Culture. Parmi celles-ci, un banquet solidaire s'est tenu dans le quartier nord, sur l'esplanade Saint-Léonard. A l'initiative de ce pique-nique urbain, des associations et des collectifs du monde culturels mais aussi du domaine de la santé et de l'éducation permanente.

Les personnes présentes tenaient notamment à dénoncer l'iniquité des mesures sanitaires, leur souhait de reconquérir l'espace publique et de retrouver une vie sociale. Tout cela dans une ambiance festive et bon enfant.

La cité ardente s'est ensuite enflammée dans le courant de l'après-midi avec des participants venant de divers événements, certains sous l'étiquette Still standing, d'autres pas, qui ont convergés. Cela a donné lieu à un grand cortège rassemblant plusieurs centaines de personnes dans le centre de la ville.

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