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Jam

Σtella : Love from Greece

Σtella délivre un nouvel album qui sent bon l'été.
17 juin 2022 à 19:154 min
Par Nicolas Alsteen

Profilé pour l’été et les fortes chaleurs, le nouveau disque de Σtella est la première signature grecque du label Sub Pop. Entre héritage des Cyclades, psychédélisme à la Khruangbin et allusions à Sade, l’album "Up and Away" met le cap sur des mélodies ultra ensoleillées. Bande-son idéale des vacances, l’affaire nous entraîne aux pieds de l’Acropole pour une interview de Σtella. Avec un énorme sigma et un super karma.

Il ne manque plus grand-chose à Stella Chronopoulou pour s’imposer sur les hauteurs de la pop moderne. Malgré les difficultés éprouvées face à l’alphabet grec pour retrouver Σtella sur les plateformes de streaming, son nouvel album marque les débuts d’une belle odyssée. Quelque part entre Khruangbin, Sade et The xx, la musique enregistrée sur le récent "Up and Away" impose le respect (des traditions) et l’amour (des chansons). Pourtant, l’oracle tient ici du miracle. Car, à l’origine, rien ne prédestinait l’artiste à signer un jour chez Sub Pop, l’une des plus prestigieuses enseignes de la musique alternative. "Mon père était pédiatre et ma mère sage-femme. À la maison, l’ambiance était plutôt médicale que musicale", s’amuse la chanteuse à l’heure des présentations avec JAM. "Néanmoins, mon père a toujours été ouvert aux pratiques artistiques. C’est d’ailleurs lui qui m’a acheté mon premier piano quand j’avais quatre ans. Depuis que cet instrument est entré dans ma vie, je suis amoureuse de la musique."

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Peintures et trompe-œil

En marge des notes et des partitions, Stella Chronopoulou développe également une passion pour le dessin et les arts plastiques. "Quand j’étais adolescente, je n’étais vraiment pas à l’aise avec l’idée de me produire face à un public. Chanter dans ma chambre, devant mon miroir, ça allait. En revanche, je me voyais mal monter sur scène derrière un micro." Paralysée par la perspective de jouer ses chansons devant une audience, l’artiste s’inscrit à l'école des beaux-arts d'Athènes. "Avant, j’étais d’une timidité maladive. Il me semblait plus facile de me planquer derrière une toile avec un pinceau que de me présenter face à un public attentif à mes moindres faits et gestes… La peinture était une option rassurante et confortable. Paradoxalement, je nourrissais une certaine frustration. Quand j’allais voir des concerts, par exemple, j’éprouvais de la jalousie : j’avais envie de monter sur scène, moi aussi. Mais en réalité, j’en étais incapable. Je n’avais pas la force de le faire…"

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Fuguer pour mieux revenir

Au lendemain de ses 23 ans, Stella rejoint une formation rock baptisée Expert Medicine. "C’était un groupe de potes. Ils m’ont proposé de chanter sur deux morceaux. Pendant longtemps, mon implication à leurs côtés s’est limitée au studio d’enregistrement et à la vie dans le local de répétition. Le problème, c’est qu’en concert, ils voulaient jouer les deux morceaux sur lesquels je chantais. Ils ont quasiment dû me forcer la main pour que je les accompagne sur scène. J’avais le trac.  C’était mon premier show. J’ai même failli fuguer juste avant le début… Finalement, je suis passée à l’action et j’ai survécu." Mieux encore, Stella Chronopoulou réalise qu’elle est en mesure de captiver l’attention du public du haut de sa voix d’ange. "À partir de 2012, j’ai commencé à écrire mes propres chansons avec l’ambition de les publier sur SoundCloud. Quelques jours plus tard, j’ai reçu un e-mail ultra enthousiaste d’un petit label grec qui souhaitait absolument sortir mes titres sur un vrai disque." L’album en question, prénommé "Σtella", voit le jour en 2015. Deux ans plus tard, elle remet le couvert avec "Works For You", puis signe un deal avec Abrutus Records en 2020 pour son troisième album. Établi à Montréal, le label canadien a le nez fin. Après Grimes, Tops ou Tonstartssbandht, la structure jette son dévolu sur les mélopées radieuses servies par Σtella.

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Rebétiko quartet

Aujourd’hui, Σtella publie son quatrième album sur les rangs du prestigieux label Sub Pop. Première signature grecque de la structure américaine – à qui l’on doit des disques majeurs de Nirvana, The Rapture ou Fleet Foxes –, la chanteuse met le cap sur des mélodies imaginées à la croisée des genres. Entre un héritage folklorique imbibé de rebétiko et dix morceaux à mettre en liaison avec les univers de Sade, The xx ou Khruangbin, la native d’Athènes s’impose comme une voix à suivre de près.

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Nom d’un bachi-bouzouki !

Les mélodies enregistrées sur "Up and Away" produisent de l’énergie solaire en recyclant des matériaux anciens. Des instruments traditionnels comme le kanoun ou le bouzouki s’invitent ainsi dans des chansons portées par une production ultra contemporaine. À la manière de groupes comme Altın Gün ou Kikagaku Moyo, Σtella s’appuie sur son héritage national pour réinventer la pop à sa façon. "C’est amusant parce que j’ai longuement hésité avant d’intégrer ces composantes traditionnelles dans l’album. J’ai grandi en écoutant ces sonorités. À titre personnel, je ne les voyais pas comme des moteurs d’originalité. Que du contraire… C’est mon producteur (Redinho, Ndlr) qui a insisté pour les enregistrer et, à l’arrivée, cela offre effectivement de nouvelles perspectives. Ce n’est pas pour autant que je me considère comme une ambassadrice de la culture de mon pays. Moi, j’adore des artistes comme Grigoris Bithikotsis ou Tzeni Vanou. Ce sont des figures populaires, très connues chez nous. Mais je ne revendique pas spécialement leur influence dans mes chansons. De toute façon, je les ai tellement écoutés que, d’une manière ou d’une autre, leur empreinte se faufile certainement en filigrane de mon univers. Pour moi, ce sont des présences indirectes." Pour s’immerger directement au cœur des traditions revues et corrigées par Σtella, une plongée dans "Up and Away" s’impose. Sensation de fraîcheur garantie.

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