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"Souriez J’adore", Ariane Bergrichter croque des scènes de vie dans les bistrots, au Musée Art et Marges

Ariane Bergrichter, dessin

Le Musée Art et Marges présente une exposition monographique sous le titre un peu amène : Souriez j’adore. Ariane Bergrichter (1937-1996) a réalisé d’innombrables dessins à Bruxelles à la fin des années 80 et au début des années 90. Elle documente la ville et les lieux de sociabilité spontanée, car elle croque des scènes de vie dans les bistrots. Les dessins exécutés à la pointe Bic sont esquissés nerveusement sur des supports de " fortune ", des sous-bocks et des toutes-boîtes. La profusion des croquis révèle l’attention à l’autre, au peuple des invisibles : les serveuses, les ouvriers, les jeunes et les vieux. Elle dessine comme si elle prenait des notes pour ne rien oublier de la noblesse du Populaire.

Les dessins qui sont autant d’instantanés sont ensuite assemblés à l’aide de bouts de papier collant. L’ensemble constitue un kaléidoscope grouillant de vie. Chaque vignette fourmille de détails amusants. Les mots glissés dans l’image ne sont pas absents. L’œil entend une bribe de chanson d’Hervé Vilard captée dans un café, "Faut-il mourir ou vivre ?" Une formule plaisante lue sur un pont de la rue Gray suggère le titre de l’exposition, "Souriez J’adore".

Les mots apparaissent également dans les carnets qu’elle remplit la nuit quand une voix la persécute. Les mots deviennent maux dans une vie psychique chahutée. Le dessin dénote la capacité de résilience d’une femme solaire qui  sombre dans l’angoisse.

Le sens de la vie

Ariane Bergrichter est née à Dresde en Allemagne de l’Est. Son père meurt quand elle a un an. Elle échappe au bombardement de sa ville natale en 45. Elle passe à l’ouest. Elle rencontre son mari. Le couple s’installe à Bruxelles. Elle donne naissance à deux enfants. Le couple se sépare après dix ans. Pendant cette décennie, elle exerce la profession de top-model. Tout lui sourit. Le divorce la prive de la garde des enfants. Elle continue à créer, à dessiner, à photographier. Elle connaît des crises d’asthme et des crises psychotiques. Elle est diagnostiquée paranoïaque. Elle entend des voix qui la harcèle, l’injurie. Elle meurt d’une septicémie à l’âge de cinquante-neuf ans, après dix ans d’angoisse

Ariane Bergrichter, portrait de la top-model
Ariane Bergrichter, portrait
Ariane Bergrichter, valise
Ariane Bergrichter, souriez j'adore
Ariane Bergrichter, écrit

La vie dans une valise

A la mort de sa mère, Manuela Servais, rassemble les dessins dans une valise qui restera bouclée pendant vingt ans. Elle l’emmène avec elle en 2016 lors de l’installation de la famille à Ottawa, au Canada. Elle décide alors de découvrir le contenu de la valise. La force et la fragilité de l’œuvre d’Ariane Bergrichter se dévoile enfin. En 2018, la fille de l’artiste rencontre la curatrice Valérie Rousseau, une spécialiste de l’art brut, qui prépare une exposition à l’American Folk Art Museum de New York et propose de présenter les dessins aux côtés des grands noms de l’art brut.

Tatiana Veress, la directrice du Musée Art et Marges à Bruxelles, assure le commissariat de l’exposition Souriez J’adore ouverte jusqu’au 13 novembre.

Manuela Servais au micro de Pascal Goffaux.

Souriez J’adore, Ariane Bergrichter, au Musée Art et Marges.

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