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Sound of Korea (2/3) : Seoul Community Radio, stimulateur d’underground

Sound of Korea (2/3) : Seoul Community Radio, stimulateur d’underground
23 déc. 2021 à 14:134 min
Par Guillaume Scheunders

En septembre dernier, 박혜진 Park Hye Jin dévoilait son premier album, Before I Die, plaçant la Coréenne parmi le trio de tête d’un genre que l’occident a désormais nommé K-House, aux côtés de Peggy Gou et Yaeji. Trois artistes qui partagent une similarité étonnante : elles ont acquis leur notoriété musicale en dehors de leur pays d’origine. Berlin pour Peggy Gou, New York pour Yaeji et Londres, puis Los Angeles pour la dernière. Il n’en fallait pas plus pour nous poser cette question : pourquoi cette house coréenne reçoit plus de succès à l’étranger que dans son pays d’origine ? On a mené l’enquête aux côtés de trois ressortissants du pays des matins calmes. Après Julian Quintart, on donne la parole à Richard Price, fondateur de Seoul Community Radio, l’équivalent coréen de notre Kiosk Radio national.

Richard Price a fondé Seoul Community Radio il y a maintenant cinq ans. Arrivé tout droit du Royaume-Uni pour son boulot, il s’est pris de passion pour le pays et a décidé d’y rester afin de voir où ça pourrait le mener : "Je me suis vraiment bien plu en Corée et j’ai découvert une scène musicale underground vraiment minuscule. Ça ressemblait à ce qui se passait à Londres ou en Europe 10 ou 15 ans auparavant. Tout était petit, brut et pas trop commercial, tout le monde se connaissait. Il y avait un bon mélange entre les étrangers et les Coréens. C’est vraiment un chouette endroit pour créer des choses car ici le milieu n’est pas saturé". Avec quelques associés, il s’est inspiré de concepts comme Red Light Radio, NTS ou Berlin Community Radio pour lancer ce projet ayant pour but de stimuler la sphère underground Coréenne. Aujourd’hui, SCR fait rayonner ce milieu à travers le monde et a notamment servi de modèle à Kiosk Radio, né peu après son équivalent coréen. "La raison majeure pour laquelle on existe, c’est de faire grandir la communauté underground de Séoul et de Corée. Mais on a aussi un rayonnement international, ce qui fait que beaucoup de monde découvre de nouveaux artistes via SCR, certains demandent comment ils peuvent entrer en contact avec des artistes, d’autres ont besoin de voix pour des morceaux… Il y a beaucoup de hype autour des artistes Coréens".

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Une scène qui regorge d’intérêt

Ce n’est pas un secret, la Corée explose aux yeux du monde ces dernières années, en partie pour des raisons déjà évoquées dans le premier article de cette série. Squid Game, l’Oscar de Parasite, la temple food ou encore Peggy Gou et Yaeji pour parler de K-House. "Mais une grande partie est due évidemment à la qualité, les gens ne mangeraient pas la nourriture coréenne si elle n’était pas bonne, tout comme ils n’écouteraient pas la musique coréenne si ce n’était pas bon", ajoute l’anglais.

La Corée s’ouvre au monde et le monde s’ouvre à la Corée de plus en plus.

La Corée s’éduque de plus en plus aux cultures extérieures et tout le monde en bénéficie. Les Coréens voyagent de plus en plus, que ce soit en Europe ou ailleurs. Ils sortent également parfois de leur pays pour leurs études et s’inscrivent dans des universités à l’étranger, ce qui leur apporte des nouveaux points de vue. Globalement, c’est tout un écosystème qui évolue. "Ça se voit notamment dans les restaurants, qui se diversifient, mais pas que", explique Richard, "SCR fait aussi partie des institutions un peu différentes, basé sur le concept des radios pirates anglaises. Il y a maintenant des clubs où l’on passe du reggaeton, ce qu’on avait jamais vu il y a cinq ou six ans. La Corée s’ouvre au monde et le monde s’ouvre à la Corée de plus en plus. Ces interactions font les meilleures collaborations artistiques pour le moment".

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Une évolution exponentielle

Pour Richard Price, le mouvement underground coréen ne date pas forcément de l’essor de Peggy Gou ou Yaeji et a toujours existé, ce pourquoi il ne trouve pas que la K-House soit un mouvement en tant que tel. Le terme n’est d’ailleurs pas répandu en Corée. "Mettre la lettre K devant les choses, c’est quelque chose qui a été inventé par le gouvernement." Une façon d’exporter la musique Coréenne à l’étranger, à la manière de la K-Pop.

La majeure raison pour laquelle il est compliqué de voir cette "K-House" comme un mouvement à part entière est que le son de la musique électronique coréenne évolue très rapidement. L’underground est en constante mutation, les producteurs de qualité se multiplient (et encore plus depuis la crise sanitaire, révélatrice de passions). "C’est pour cela que l’on voit beaucoup de très bons artistes comme Yaeji, Peggy Gou, mais aussi DJ Bowlcut, Y2K92, Salamanda… Ce sont des producteurs locaux tout aussi bons. On a une scène électronique vraiment puissante aujourd’hui. Ce que les gens voient de l’étranger dans un contexte plus mainstream n’est que la partie visible de l’iceberg. Si tu grattes à la surface, tu tombes sur des artistes vraiment bons."

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Une culture freinée

Vue de Belgique, la Corée semble accoucher d’une scène underground électronique florissante et fascinante. Mais sur place, le genre est encore trop méconnu et hors des habitudes du grand public pour devenir populaire. "Ils ne comprennent pas trop la scène musicale underground. D’une part parce que c’est très de niche. Et ils y associent aussi le mauvais côté des clubs, la culture des drogues, de la nuit… Il y a toujours un long chemin à faire au niveau de l’éducation à cette culture, la situation est un peu comme en Europe il y a 10-15 ans, où ils traitaient le monde de la nuit comme quelque chose à éviter. Alors que maintenant ils ont réalisé que des gens venaient visiter des villes comme Berlin pour les clubs." Autrement dit : les talents se bousculent en attendant le support et la reconnaissance du gouvernement coréen.

Dans ce contexte, Seoul Community Radio est un vecteur d’éducation à la musique underground. Ils mettent en place des projets pour inclure les communautés locales, établissent des partenariats avec des radios européennes, avec des marques renommées comme Vans ou Obey et ont même créé en début d’année un "club" en réalité virtuelle où tout un tas de personnes pouvaient déambuler entre expositions et discothèques. Cinq ans après sa création, la petite entreprise trouve toujours des moyens de perdurer et de mettre en avant un son qui sort de l’ordinaire dans ce pays où la scène underground commence à se créer une petite place.

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Le troisième et dernier épisode de cette série s’intéressera à Didi Han, artiste coréenne étiquetée "K-House", désormais basée à Paris et signée chez Roche Musique.

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