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Belgique

Sortie ou pas du nucléaire : ce sera un parcours d’obstacles

Combien de réacteurs fermeront à Tihange ?
18 mars 2022 à 15:22 - mise à jour 18 mars 2022 à 20:08Temps de lecture4 min
Par Philippe Walkowiak

Le gouvernement fédéral vient de trouver un accord sur la stratégie énergétique de la Belgique.

Les principaux ministres du gouvernement se sont donc réunis pour mettre au point une stratégie énergétique nouvelle. Les sept partis de la coalition sont arrivés à un accord.

Mais il faudra négocier avec l’exploitant des centrales Engie. En contrepartie, l’accent sera mis sur les énergies renouvelables.

Mais de nombreux obstacles se dressent…

La décision politique

La loi du 31 janvier… 2003 prévoit de fermer tous les réacteurs nucléaires pour 2015. Cette loi a été votée par la coalition arc-en-ciel de Guy Verhofstadt, composée des libéraux, socialistes et écologistes.

En 2013 et en 2015, les gouvernements Di Rupo et Michel ont reporté la date de fermeture à 2025.

Selon la loi, les permis d’exploitation des réacteurs nucléaires doivent être arrêtés aux dates suivantes :

  • 1er octobre 2022 : Doel 3
  • 1er février 2023 : Tihange 2
  • 15 février 2025 : Doel 1
  • 1er juillet 2025 : Doel 4
  • 1er septembre 2025 : Tihange 3
  • 1er octobre 2025 : Tihange 1
  • 1er décembre 2025 : Doel 2

L’accord de l’actuel gouvernement confirme la sortie du nucléaire pour 2025 mais prévoit qu’en cas de problème d’approvisionnement le gouvernement prendra des mesures adéquates comme l’ajustement du calendrier légal pour une capacité pouvant aller jusqu’à 2 GW, soit la capacité de production de Doel 4 et Tihange 3, les deux réacteurs plus récents.

 

 

Une nouvelle loi

Donc, ce qui est coulé dans une loi ne peut l’être que par une autre loi ou la modification de la loi existante. Une décision politique doit intervenir. La prolongation des deux réacteurs les plus récents semble acquise, mais le MR voudrait aller plus loin et les écologistes souhaitent un engagement massif sur le développement de l’énergie renouvelable. Les sept partenaires de la coalition fédérale doivent donc se mettre d’accord sur un ensemble de points susceptibles d’assurer la stratégie énergétique de la Belgique, sachant que l’objectif fixé par l’Europe est d’atteindre 100% d’énergie renouvelable en 2050.

Convaincre Engie

L’ensemble du parc nucléaire belge est géré par Engie, multinationale française. Cette entreprise privée veille donc logiquement à sa stabilité financière. Comme l’a répété aux autorités belges, le patron de la filiale belge : une prolongation ne s’improvise pas.

Pour lui, il était trop tard pour revenir en arrière et prolonger deux réacteurs, d’autant qu’Engie a beaucoup misé sur le gaz. Mais la situation change. Depuis le début de la guerre en Ukraine, le titre a chuté en Bourse de 20%. Engie entretient des relations étroites avec la Russie pour assurer son approvisionnement en gaz.

De quoi revoir la décision ? Des discussions ont commencé avec le groupe français qui de toute façon, exigera des garanties et n’investira qu’avec certitude.

Trouver un financement

Depuis deux ans, le " quoiqu’il en coûte " constitue le mantra de nombreux gouvernements européens. La transition énergétique indispensable est-elle tout simplement payable ?

La ministre Groen Tinne Vander Straeten demande d’investir 8 milliards € dans l’accélération de cette transition dans les trois prochaines années.

Le démantèlement de la filière nucléaire a été estimé à 40 milliards € ; la prolongation éventuelle de deux réacteurs réduirait sans doute quelque peu l’addition mais qui réglera celle-ci ? L’opération est prévue jusqu’en 2045, au moins.

Organiser une enquête européenne

Un simple changement de loi ne suffit pas. Le gouvernement Michel et la ministre Marghem l’avaient appris à leurs dépens, après s’être vus rappelés à l’ordre par la Cour Constitutionnelle pour la prolongation de Doel 1&2 : il avait fallu consulter la population dans un rayon de 1000 km !

Cette procédure est assez longue à mettre en place et si le nucléaire connaît un regain d’intérêt, la prolongation de " vieille " centrale reste susceptible de susciter un phénomène " nimby ".

Un gaz incertain

La prolongation éventuelle du nucléaire ne règle pas tout. Tout d’abord, Engie a déjà fait savoir qu’en cas de prolongation des deux réacteurs, ceux-ci devraient être mis un à l’arrêt, pour maintenance. L’hiver 2025-26 poserait alors problème.

Mais le nucléaire ne représente aujourd’hui " que " 48% de notre électricité. Le gaz, 22%. Même si la Belgique importe peu de gaz russe, la guerre Ukraine fait flamber les prix et la décision semble prise d’essayer de s’en passer " autant que possible ". Mais cela reste beaucoup et surtout impossible à remplacer à court terme. La dépendance au gaz va se poursuivre. Combien de temps ? À quel prix ?

Des nouveaux réacteurs, nouvelle génération ?

Fin décembre, le gouvernement belge dégageait 100 millions pour le " nucléaire du futur ". Mais ce nucléaire reste quelque peu chimérique à ce jour. Le projet français d’EPR (nucléaire de 3ème génération, dit-on) à Flamanville peine : sa mise en route prévue pour 2012, n’a toujours pas eu lieu et le coût initial multiplié par quatre. Pas beaucoup mieux pour l’EPR fourni par AREVA à la Finlande.

Le président Macron parie également sur les petits réacteurs SMR/PRM, mais la filière industrielle reste à créer.

Une nouvelle génération du nucléaire pourrait faire partie de la solution, mais pas avant 2040, au mieux et avec un coût sans doute élevé et peu maîtrisable à ce jour.

 

                                                                                     ***

Faute de courage et de consensus politique, la Belgique a trop longtemps négligé son avenir énergétique. De 2003 à 2020, aucun gouvernement n’a remis en cause la sortie du nucléaire, alors que les écologistes ne siégeaient pas au fédéral. À présent, au gouvernement de lever en quelques mois, quelques jours, quelques heures tous les obstacles…

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