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Economie

Sortie de crise: quels sont les scénarios possibles?

Sortie de crise: quels sont les scénarios possibles?
07 juin 2012 à 06:154 min
Par AFP

Le sort de la Grèce est suspendu aux résultats des élections législatives convoquées pour le 17 juin et une sortie de la Grèce de l'euro n'est plus un tabou: certains pays européens l'évoquent, d'autres le rejettent.

Si ces élections ne permettent pas de dégager une majorité claire, ce sera l'incertitude qui renforcerait les spéculations sur une sortie de la  Grèce. Mais une victoire de la Coalition de la gauche radicale (Syriza) préparerait sans doute aussi un raidissement et pourrait conduire à ce scénario de sortie même si Syriza s'en défend.

Aucun traité ne prévoit les modalités de sortie de l'union monétaire. Les autres membres de la zone euro ne peuvent exclure la Grèce, il faudra donc qu'elle décide elle-même de quitter zone. A noter que les Européens peuvent la pousser vers la sortie en interrompant le plan de sauvetage. Athènes pouvant alors arguer du non respect des engagements de ses partenaires pour décider unilatéralement de sortir de l'euro.

Les pertes liées à une sortie de l'euro pour la Grèce comme pour ses partenaires, chiffrées par l'ancien Premier ministre Lucas Papadémos entre 500 et 1000 milliards d'euros - entre 5% et 10% du PIB de la zone euro - poussent Athènes et ses partenaires à trouver une solution.

La sortie de la Grèce serait un choc et créerait un précédent: si un chaos économique, social ou politique s'ensuit, cela aurait un effet de repoussoir sur les autres pays en difficulté comme l'Espagne et le Portugal. Si au contraire cela se passe bien, et si la Grèce retrouve un équilibre, cela montrerait qu'il existe une voie de sortie raisonnable.

A noter encore que les traités prévoient les modalités de retrait de l'Union européenne d'un Etat membre, qui peut ensuite demander à adhérer à nouveau.

Maintien dans l'euro moyennant un assouplissement?

Les élections du 17 juin pourraient faire émerger un gouvernement de coalition qui renégocierait le plan de sauvetage assoupli. Et donc à côté du scénario de la sortie pure et simple, on aurait le maintien de la Grèce dans la zone, mais en arrêtant de payer sa dette (un défaut sur ses engagement) ou en reportant les échéances.

Une renégociation par la Grèce de sa dette lui permettrait de retrouver des marges de manoeuvre pour soutenir la croissance et consolider ses banques.

Les partenaires de la Grèce accepteraient-ils cela, compte tenu du fait que la Grèce n'a guère fait ses preuves quant à sa capacité à tenir les objectifs sur lesquels elles s'était engagée et la question de la soutenabilité de la dette risque de rester posée même après un éventuel assouplissement du plan? La question est posée.

Sortie par le haut: union politique et eurobonds

Répondre à la crise par la mutualisation des dettes et par plus d'Europe: voilà d'autres options en lice.

La France prône la mutualisation du financement des Etats au travers d'euro-obligations, ce qui ne tente guère l'Allemagne.

La chancelière Angela Merkel plaide elle pour un chantier européen de longue haleine en vue de construire une Europe politique renforcée.

Dans un entretien télévisé jeudi matin, la chancelière a exposé ses remèdes: "Nous avons besoin de plus d'Europe d'une union budgétaire (...) et nous avons besoin avant tout d'une union politique. Nous devons, pas à pas, abandonner des compétences a l'Europe", a-t-elle déclaré. Mais "nous ne devons pas rester immobiles parce que l'un ou l'autre (pays) ne veut pas encore suivre", a-t-elle ajouté, ouvrant la porte à une Europe à deux vitesses.

Evoquant le sommet de l'Union européenne les 28 et 29 juin à Bruxelles, elle a toutefois tempéré les attentes, comme à son habitude, soulignant que le salut de l'Europe viendrait de mesures structurelles de longue haleine. Il n'y aura pas "un seul sommet capable de tout régler d'un coup", a-t-elle averti.

Pressions américaines et britanniques

Le président américain Barack Obama et le premier ministre britannique David Cameron, attendu à Berlin jeudi, ont demandé "un plan immédiat pour résoudre la crise" de la zone euro, laquelle a aussi fait l'objet d'un entretien mercredi entre M. Obama et le vice-premier ministre chinois chargé de l'économie, Wang Qishan.

La chancelière est également sous pression de la France qui réclame des mesures rapides en faveur de la croissance, dont la création d'euro-obligations qui permettraient de mutualiser la dette des différents pays et ainsi d'alléger le fardeau des plus fragiles.

L'Espagne et son secteur bancaire aux abois concentrait toujours l'essentiel des inquiétudes, avec une émission obligataire très scrutée jeudi matin, dont les taux sont ressortis en nette hausse, supérieurs à 6% (6,044%) sur l'échéance-phare à 10 ans, pour un montant de 2,074 milliards d'euros, plus que prévu.

Le président de la BCE Mario Draghi avait appelé de ses voeux mercredi la "clarification de la vision de l'euro" à cinq ou dix ans lors du prochain sommet, estimant que celle-ci serait à même de ramener la confiance sur les marchés.

L'Allemagne veut donc soumettre à ses partenaires à cette occasion une proposition pour un programme de travail menant à terme à une union politique, qui pourrait ne concerner qu'un noyau dur de pays si certains Etats sont opposés au processus.

La dirigeante de la première économie européenne, qui tient les cordons de la bourse en Europe, se place une fois de plus sur le terrain du long-terme, là où beaucoup de ses partenaires attendent des actions concrètes et immédiates, en faveur tout d'abord des banques espagnoles.

Celles-ci auraient un besoin de financement compris entre 40 et 80 milliards d'euros, selon le journal espagnol ABC jeudi, qui anticipe la publication lundi d'une estimation très attendue du Fonds monétaire international (FMI).

Madrid s'est donné encore deux semaines pour décider d'une requête d'aide à ses partenaires européens. Le pays est opposé à une aide formelle du FESF, qui serait flanquée de conditions sévères et signifierait un abandon partiel de souveraineté.

Avec AFP et Reuter

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