RTBFPasser au contenu
Rechercher

Politique

Sophie Wilmès à Jeudi en Prime : à propos des sanctions contre la Russie, "le prix de la liberté, ça coûtera aussi à l’Europe"

Jeudi en Prime

Sophie Wilmès - Ministre des Affaires étrangères

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Sophie Wilmès (MR), la ministre des Affaires étrangères, était l’invitée de l’émission Jeudi en Prime, sur la Une, après le Journal Télévisé. Deux semaines après le début de l’attaque de l’Ukraine par la Russie, la ministre est revenue sur la situation des Belges encore présents en Ukraine, sur ce qu’il faut attendre du Sommet européen de Versailles et sur les conséquences pour l’Europe de ce conflit.

130 Belges encore présents en Ukraine

Deux semaines après le début de l’offensive russe en Ukraine, des Belges sont encore présents sur le territoire ukrainien. Les Affaires étrangères ont déjà comptabilisé 160 personnes qui ont pu quitter l’Ukraine. Dans ce pays, il reste 130 Belges avec lesquels les Affaires étrangères sont en contact. "80 Belges souhaitent partir tôt ou tard. Une trentaine de Belges ne souhaitent en aucun cas partir, c’est ce qu’ils disent aujourd’hui. Et on a une vingtaine de Belges qui ne se sont pas encore décidés", résume la ministre des Affaires étrangères. "On est en contact avec eux tous les jours, quotidiennement. On leur relaie de l’information. On leur demande s’ils vont bien et on continue à leur demander de se mettre à l’abri et de quitter le pays le plus rapidement possible", ajoute Sophie Wilmès.

Qu’attendre du sommet européen de Versailles ?

Ce jeudi et ce vendredi, les dirigeants européens sont réunis à Versailles, en France, pour un sommet européen consacré à la crise ukrainienne et aux conséquences pour l’Europe. Un sommet "fondamental" pour la ministre belge des Affaires étrangère, car, dit-elle, il faut se rendre compte "que le monde a changé aux portes de l’Europe".

Pour la ministre, cela doit être un signal de réveil pour l’Europe, un "wake-up call". La crise du Covid avait déjà mis en évidence des dépendances stratégiques de l’Europe à d’autres pays. La guerre en Ukraine accentue cette mise en évidence. "Il faut pouvoir y réagir au niveau économique, au niveau énergétique", estime la ministre Wilmès. "Il y a aussi les dépenses en Défense qui vont être abordées", souligne la ministre.

Par rapport aux attentes vis-à-vis de ce sommet, pour la ministre des Affaires étrangères, ce serait "une erreur de se dire qu’après deux jours de réunion de très haut niveau on aurait immédiatement la réponse à toutes les questions". Par contre, ce sommet devrait servir à "créer le chemin, à créer la dynamique politique et à donner le mandat à la Commission (européenne) pour qu’elle vienne avec des propositions concrètes sur ces différents chantiers", estime la ministre.

Sur la question de l’approvisionnement énergétique de l’Europe, dont 40% du gaz, par exemple, vient de Russie, "c’est à nous de voir comment se décrocher de manière significative assez rapidement de notre dépendance au gaz et au pétrole russe, sans nous mettre nous, Europe, hors service", résume la ministre des Affaires étrangères.

Pas d’intervention armée de l’Otan en Ukraine

Les récents développements en Ukraine, notamment le bombardement d’un hôpital abritant une maternité à Marioupol, devraient-ils amener les Européens et l’Otan à remettre en question leur décision de ne pas intervenir militairement en Ukraine ?

"Les limites à l’inhumanité, c’est Vladimir Poutine qui les a franchies", déclare Sophie Wilmès. L’OTAN devrait-elle intervenir ? "La meilleure façon de sortir d’une guerre, c’est la diplomatie", estime la ministre des Affaires étrangères. Si la Belgique et les alliés de l’OTAN n’interviennent pas de manière directe dans le conflit, "c’est pour éviter que le conflit se généralise de manière beaucoup plus grave et beaucoup plus importante", explique la ministre. "Il faut trouver ce juste milieu entre comment faire pour aider l’Ukraine de manière forte, condamner et punir la Russie pour ce qu’elle fait, tout en évitant de créer un conflit généralisé que tout le monde veut éviter", précise la ministre.

Le Président ukrainien Zelensky a interpellé les Occidentaux pour qu’ils interviennent militairement en Ukraine, leur reprochant de ne pas agir face à ce qu’il estime être un génocide. De ce côté de la frontière de l’OTAN, "ça résonne douloureusement", répond Sophie Wilmès. "On est parfaitement avec les Ukrainiens. On n’a pas besoin de ces mots pour comprendre à quel point ils sont dans une situation de détresse impossible et inextricable. On les aide et je comprends que quand on est bombardé, attaqué de la manière que l’on peut voir, toute aide qui peut être apportée n’est pas suffisante parce que le conflit ne s’arrête pas", poursuit Sophie Wilmès.

Les sanctions contre la Russie coûteront aussi à l’Europe

La ministre des Affaires étrangères a aussi abordé la question des sanctions économiques prises par l’Europe à l’égard de la Russie. "On a toujours parlé de sanctions progressives, au fur et à mesure de l’évolution de la guerre", rappelle la ministre. "On a encore pris un train de sanctions au début de la semaine et on va continuer à le faire", poursuit la ministre Wilmès.

La ministre reconnaît que ces sanctions auront un effet boomerang sur l’économie belge. "Bien sûr, il faut bien le comprendre. Le prix de la liberté, ça coûtera aussi à l’Europe", explique-t-elle. "Quand vous prenez des sanctions économiques aussi importantes avec un acteur mondial aussi important, par définition vous êtes impacté", ajoute Sophie Wilmès. "La guerre, pas seulement les sanctions, apporte son lot de difficultés économiques. On le voit dans le prix de l’énergie, par exemple", illustre la ministre. "Il y aura des effets induits à ces sanctions directement, des effets induits de la guerre et des effets induits des contre-sanctions que prendra Vladimir Poutine", avertit la ministre belge des Affaires étrangères.

Et l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne ?

D’abord, serait-ce une provocation vis-à-vis de la Russie d’envisager une adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne ? "la Russie n’a pas eu besoin d’être provoquée pour faire ce qu’elle fait aujourd’hui. Si la Russie a envie de se sentir provoquée, elle se sent provoquée, même si ce n’est objectivement pas le cas", répond Sophie Wilmès.

Concernant l’adhésion à l’Union européenne que l’Ukraine souhaite, la ministre des Affaires étrangères avance prudemment. Pour elle, il est "très important de donner une perspective européenne à un pays comme l’Ukraine parce qu’elle est victime de son aspiration européenne aujourd’hui".

Par contre, pour Sophie Wilmès, cette adhésion devrait passer par la procédure classique, "un processus lent", estime la ministre. Pas de procédure accélérée, donc. En effet, pour la ministre belge, adhérer à l’Union européenne implique des droits et des devoirs. "L’adhésion doit rester complète, pleine et entière", précise la ministre.

La ministre avance aussi la nécessité d’accords de coopération et d’échange renforcés dans la perspective de la reconstruction de l’Ukraine, après la guerre.

 

 

Sur le même sujet

Hadja Lahbib, ministre des Affaires étrangères : "À cette proposition audacieuse, j’ai répondu par une audace"

Politique

Hadja Lahbib devient ministre des Affaires étrangères : "Elle était mon premier et unique choix" précise Bouchez

Politique

Articles recommandés pour vous