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Sommet Poutine – Erdogan – Raïssi : la Turquie veut concrétiser ses efforts de médiation en Ukraine

19 juil. 2022 à 05:30Temps de lecture3 min
Par Anne Andlauer, à Istanbul

La capitale iranienne Téhéran accueille ce mardi un sommet des présidents russe Vladimir Poutine, iranien Ebrahim Raïssi, et turc Recep Tayyip Erdogan. Les trois dirigeants, acteurs clés en Syrie, discuteront surtout de ce dossier lors de leurs échanges tripartites. Mais ils auront aussi des entretiens bilatéraux. Avec Vladimir Poutine, le président turc Erdogan compte négocier les derniers détails d’un accord permettant de débloquer des millions de tonnes de blé ukrainien en attente d’être exporté.

Depuis le début de la guerre en Ukraine, la Turquie déploie d’intenses efforts diplomatiques pour se poser en médiatrice, forte de ses bonnes relations avec les deux belligérants. Bientôt cinq mois après le début de l’invasion russe, Recep Tayyip Erdogan a besoin que ces efforts apportent enfin des résultats concrets. Le dossier difficile des exportations de céréales ukrainiennes pourrait lui donner rapidement satisfaction.

La semaine dernière, une rencontre à Istanbul entre experts militaires russes, ukrainiens et turcs en présence de représentants de l’ONU a permis des progrès notables. A tel point que les Turcs pensent pouvoir parrainer la signature d’un accord dès cette semaine à Istanbul, qui ouvrirait la voie à une reprise des livraisons de céréales depuis les ports ukrainiens de la mer Noire.

Dans un contexte de hausse mondiale des prix des denrées alimentaires, ce serait une avancée majeure et un soulagement, car ces céréales sont destinées à nourrir une partie de l’Afrique. L’Ukraine est l’un des principaux exportateurs de blé et d’autres céréales, mais depuis la guerre, ses exportations sont bloquées par des navires russes et des mines placées par Kiev.

Ankara en quête de soutiens pour une nouvelle offensive en Syrie

Vu de Turquie, l’enjeu du sommet de Téhéran ne se limite pas à la création de ces corridors céréaliers en mer Noire. Dans la capitale iranienne, Recep Tayyip Erdogan espère aussi obtenir l’appui de ses homologues russe et iranien pour lancer une nouvelle attaque contre les forces kurdes dans le nord de la Syrie.

Depuis deux mois, le chef de l’État turc annonce régulièrement une opération imminente contre les forces kurdes des Unités de protection du peuple – les YPG – entre les villes de Tel Rifaat et Manbij, dans le nord de la Syrie. Recep Tayyip Erdogan promet d’y établir " une zone de sécurité profonde de 30 km […] débarrassée des terroristes ", ainsi que la Turquie considère les YPG.

Le président turc assure n’avoir besoin de " l’autorisation de personne " pour donner l’assaut en Syrie. En réalité, cette opération militaire – comme les trois autres qui l’ont précédée depuis août 2016 – ne pourra se réaliser sans une forme ou une autre d’accord avec la Russie, premier allié du régime syrien et force militaire dominante dans la zone désignée par Tayyip Erdogan, située à l’ouest de l’Euphrate. La Turquie doit aussi s’assurer de l’accord tacite de l’Iran, en raison de la présence de milices pro-iraniennes autour de Tel Rifaat, une région au nord d’Alep.

Ni Moscou ni Téhéran n’ont jusqu’ici donné leur appui au plan de bataille du président turc. Lors d’une précédente rencontre entre diplomates des trois pays, mi-juin, l’envoyé spécial du Kremlin pour la Syrie, Alexander Lavrentiev, avait jugé une telle perspective " illogique et irrationnelle ", estimant qu’elle créait le risque d’une " escalade des tensions et d’une nouvelle confrontation militaire dans ces régions ". L’Iran, hostile à toute manœuvre qui pourrait mettre à mal son influence sur le terrain syrien, s’oppose fermement à l’offensive annoncée.

A Téhéran, Tayyip Erdogan espère néanmoins obtenir le feu vert de Vladimir Poutine et d’Ebrahim Raïssi pour une intervention – même d’ampleur limitée – au moment où il bat le rappel de sa base électorale. Le président turc affrontera les urnes l’an prochain sur fond de crise économique, et les opérations contre les forces kurdes (celle qui se prépare et celles qui pourraient suivre d’ici aux élections) lui apportent traditionnellement quelques points de popularité.

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