Solar impulse2: Un avion qui va faire le tour du monde sans kérosène

Solar impulse2: Un avion qui va faire le tour du monde sans kérosène

© Slolar Impulse2

28 févr. 2015 à 15:17Temps de lecture4 min
Par Pascale Bollekens

Bertrand Piccard avait déjà bouclé un tour du monde en ballon, il va cette fois le tenter, avec son Solar impulse. Pour le moment, toute l'équipe est sur le pont, à Abu Dhabi pour que le défi se transforme en succès. Nous avons été une des rares équipes de télévision à avoir pu filmer ces préparatifs. C'est donc dans cette ville au milieu du désert, dans un petit hangar aux abords d'un tarmac militaire, très surveillé que va se conclure une aventure qui a commencé il y a 13 ans.

L'intérieur du hangar a des allures de ruche

Chacun des 80 membres de l'équipe met la main aux tout derniers détails avant le défi final, certains vérifient le cablage, d'autres s'occupent du cockpit, pendant ce temps, le staff météo tient son briefing du jour. Pour l'équipe au sol, il s'agit de trouver le moyen le plus rapide de déployer des bâches de protection en cas de pépin. Niels Ryser, le responsable de l'équipe au sol explique que ce sont les mêmes couvertures de survie que les pompiers utilisent. Ces bâches  doivent protéger l'avion du soleil s'il est coincé au sol, car sinon, il risque de faire trop chaud pour les panneaux photovoltaïques. En vol, ceux-ci sont rafraîchis par l'air. 

Chaque détail a son importance, exemple, plusieurs cyclistes doivent suivre l'avion et le soutenir au moment où il touche le sol. Il est primordial d'éviter que l'engin aux ailes démesurées ne bascule à la fin de l'attérissage. La tâche est délicate comme nous le confirme, un de ces cyclistes, Guy Morex: "A 60 km/heure sur un vélo électrique, il faut savoir ce qu'on fait, on peut rater l'avion et ça peut être dangereux pour l'avion et pour les gens au sol."

L'épilogue d'une longue aventure

Un premier avion prototype avait réussi en 2009 à voler un jour et une nuit d'affilée, puis il a rallié plusieurs grandes villes d'Europe, des états-Unis du Maghreb au Maroc.

Le deuxième avion, construit en 2014 devra, lui, traverser des océans et naviguer jusqu'à 5 jours et 5 nuits d'affilée. Le tour du monde commencera à Abou Dhabi, il passera par l'Oman. L'avion fera ensuite étape en Inde, au Myanmar, en Chine puis traversera le pacifique jusqu'à Hawaï. Ensuite, il prendra la direction des états-Unis, et New-York pour la traversée de l'atlantique vers l'Europe du sud ou l'Afrique du Nord. Le retour au point de départ est programmé pour fin juillet.

Un tour du monde où la géopolitique a compliqué les choses, les autorisations de survol de certains pays ont parfois demandé de longues négociations. Mais pour Bertrand Piccard, l'initiateur du projet, il y a pire: "Ce qui me fait peur, ce ne sont pas les négociations mais c'est de réaliser que, depuis l'Atlantique jusqu'au moyen-orient, il y a quinze ans, quand j'étais avec le "Breitling orbiter3", le ballon avec lequel j'ai fait le tour du monde, je pouvais survoler tous les pays, maintenant, il n'y en a plus aucun que l'on peut survoler! La situation dans la région s'est affreusement dégradée."

Préparation de l'avion et préparation des deux pilotes

Les pilotes doivent absolument rester zen. André Borschberg, le co-pilote confirme: "Physiquement, je fais beaucoup de yoga, c'est une bonne manière de me détendre et je vais faire du yoga dans l'avion aussi. Car passer cinq jours et cinq nuits dans ce petit habitacle sans trop bouger, cela nécessite de trouver des solutions pour que le corps reste prêt à fonctionner."

Pour tenir le coup, les pilotes porteront d'ailleurs ce qu'on appelle des vêtements intelligents à base d'une nouvelle fibre un peu belge, Claude Michel, le responsable Solar Impulse chez Solvay explique: "Quand cette fibre de Nylon est au contact avec le corps, elle permet une meilleure régulation de la température, un contrôle de la transpiration et prévient la formation d'acide lactique."

Innovation et nouvelles technologies un peu belges

Le géant belge de la chimie a aussi mis au point des films de protection ultra-fins et résistants pour les panneaux photovoltaïques sur les ailes. Et ce n'est pas tout , il a aussi créé un tout nouveau polymère, une sorte de liant qu'on ajoute dans les batteries, crucial pour arriver au bout de ce tour de monde.

Pour mieux comprendre, nous nous rendons à Tavaux dans le Jura français. Ce n'est pas tous les jours que cette usine chimique accueille des journalistes. Nous avons pu visiter le laboratoire où est né le polymère en question. Le "solef 5130", c'est son nom, intégré dans une batterie au Lithium, permet d'augmenter son efficacité de plus 30%. Il permet surtout de diviser le poids de la batterie par deux. Or, c'est justement ce que les ingénieurs recherchaient, pouvoir emmagasiner un maximum d'énergie du soleil, le jour, dans des batteries toujours plus légères pour alimenter les moteurs, la nuit.

Cette recherche dédiée au départ à l'avion solaire a déjà abouti à une production industrielle, il est même devenu incontournable dans certaines applications. Richard Poirault est directeur de la production de ce polymère: "Nous développons notre produit dans d'autres champs d'application comme la téléphonie mobile et les véhicules électriques (..) Le portable que l'on utilise aujourd'hui,contient déjà dans ses batteries, le fameux produit."
Et c'est bien un des enjeux du défi du Solar Impulse2, montrer que s'il est possible de voler jour et nuit sans carburant dans un avion, on devrait pouvoir utiliser ces mêmes technologies dans notre vie de tous les jours.

Pascale Bollekens, envoyée spéciale à Abu Dhabi

Tour du monde de l'avion soleil "Solar Impulse"

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