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inondations 2021

Six mois après les inondations, la crue de la Vesdre n'en a pas fini avec la vallée et ses habitants

Léa et Rosario Loduca, des victimes des inondations, ont trouvé à se reloger à Cointe
13 janv. 2022 à 05:00 - mise à jour 13 janv. 2022 à 19:075 min
Par Africa Gordillo
Lorenz, 4 ans, dans le nouvel appartement de ses grands-parents.

Six mois après les inondations qui ont défiguré une partie de la Wallonie, Lorenz, 4 ans, joue chez sa grand-mère : Léa Loduca habite désormais dans un appartement lumineux de Cointe avec son mari Rosario. Elle a laissé derrière elle, du moins provisoirement, sa maison trempée et son quartier bousculé.

La rue Saint Jacques où elle habitait à Angleur partage désormais sa fantasmagorie avec la rue Denis Lecoq un peu plus loin. Et les rues se succèdent et se ressemblent à Angleur, Chênée, Vaux-sous-Chèvremont, Chaudfontaine, Frayon, Trooz, Fraipont, Olne, Pepinster, Ensival ou Verviers. Six mois après les inondations, la vallée de la Vesdre ne semble pas encore avoir trouvé le chemin de la résilience.

Relogés à Cointe

Léa et Rosario Loduca ont, eux, retrouvé un certain confort perdu juste après les inondations. De leur maison de la rue Saint-Jacques, il ne reste que les murs au rez-de-chaussée. A l’étage, pourtant épargné par les eaux, les matelas ont moisi. A la cave, les murs pleurent encore. Mais ce couple de pensionnés vit désormais dans un appartement joliment meublé de Cointe.


►►► À lire : À la rencontre des sinistrés des inondations à Angleur. "Je vois des gens qui attendent dans leur maison vide, ne sachant que faire"


Ce confort retrouvé résiste mal à nos questions : "Jusqu’ici, nous avons reçu 12.500 euros de notre compagnie d’assurances. Avec cet argent et ce que nous recevons de pension chaque mois, nous avons fait installer une nouvelle chaudière et le chauffage central. L’électricité est prévue. Nous devons aussi payer la facture d’électricité pour les déshumidificateurs… et le chauffage pour que la maison sèche… Il faut compter 1200 euros pour les charges. Plus tous les frais que nous avons… Une chance que notre maison est payée…", calcule Léa Loduca en exprimant sa colère vis-à-vis de sa compagnie d'assurances

"On ne parle pas beaucoup… pour ne pas se faire de la peine"

Léa Loduca et son petiti fils Lorenz, à Cointe

Six mois après les inondations, le principal problème de la maison rue Saint-Jacques demeure l’humidité. "Nous faisons bien de laisser sécher les murs au maximum. Encore aujourd’hui, je récupère chaque jour entre 6 et 7 litres d’eau grâce au déshumidificateur", précise Rosario Loduca qui se rend quotidiennement rue Saint-Jacques. "Certains sinistrés ont fait plafonner leurs murs trop tôt et des taches de moisissure sont apparues", poursuit-il.

Malgré les sourires qui apparaissent spontanément sur son visage, Léa Loduca confie par ailleurs qu’elle a des hauts et des bas : "On ne parle pas beaucoup des inondations et de notre situation, mon mari et moi, pour ne pas se faire de la peine. On garde pour nous. Et puis on craque… Il y a quelques semaines, je ne voulais pas que l’on me demande : ça va ?' Sinon je craquais et je me mettais à pleurer".

Interview de Léa Loduca (11/01/22)

spéciale inondations

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Le dilemme de Léa

De nombreuses maisons situées le long de la Vesdre sont désormais à vendre.

S’ils sont critiques vis-à-vis des pouvoirs publics, les Loduca s’enthousiasment toutefois quand ils évoquent les amis ou les bénévoles flamands venus les aider. "Nous avons eu beaucoup d’amis qui se sont portés volontaires pour nous aider", raconte la vieille dame. "Tout ça fait plaisir évidemment. Mais en même temps, nous leur sommes redevables. Mon mari me dit…'arrête de dire merci'… C’est vrai que c’est plutôt nous qui aidons en général… Sincèrement… Je trouve que c’est plus facile de donner que de recevoir".

Six mois, jour pour jour, après les inondations, les Loduca sont face à un dilemme, celui de vendre leur maison d’Angleur ou de la rénover pour y vivre à nouveau. Un dilemme parce que les quatre murs et le toit de la rue Saint Jacques renferment leurs souvenirs, ceux que l’eau n’a pas réussi à détruire. Dans le même temps, Léa Loduca redoute que des intempéries les plongent une nouvelle fois dans le désarroi.

Ce dilemme explique probablement pourquoi tant de maisons sont désormais à vendre dans la région. A Angleur, Chênée ou tout au long de la Vesdre, les panneaux "à vendre" se succèdent comme autant de renoncements. C’est probablement l’une des raisons qui rend l’itinéraire jusqu’à Verviers empreint d’une certaine tristesse pour qui ne s’y promène pas souvent ou ne s’y est pas habitué.

Des maisons inhabitées, à vendre ou en travaux

Une boulangère du Fournil Saint-Michel à Chênée nous fait part de sa tristesse : "Vers 17 heures lorsqu’il fait nuit, les rues ne sont plus éclairées par les lumières des maisons. Beaucoup sont encore inhabitées. La rue est plus sombre", précise-t-elle…


►►► À lire : Rues fantômes, ruines...les inondations ont défiguré les bords de Vesdre sur des dizaines de kilomètres


En partant de Chênée et en circulant de village en village le long du cours d’eau, de nombreuses maisons sont en effet restées vides depuis la mi-juillet et les monticules de débris succèdent aux panneaux "à vendre". Et l’on s’interroge sur le prix que les propriétaires en tireront… Le chemin est aussi jalonné de camionnettes d’ouvriers de la construction, attestant qu’une reconstruction est bien en cours.

Une partie de l’équipe des permanents de la Croix Rouge à Trooz.
Une partie de l’équipe des permanents de la Croix Rouge à Trooz. Africa Gordillo – RTBF

Vivre à l’étage

Chantal Hubart, volontaire bénévole de la Croix Rouge.

Quelques kilomètres plus loin, à Trooz, la Croix Rouge est toujours active. Elle compte 5 points d'accueil sur le territoire de la commune. "300 sandwiches sont encore distribués chaque midi et 400 repas chauds le soir. Nous avons créé un partenariat avec un restaurant traiteur de Trooz, El Rincon, et c’est lui qui nous livre les sandwiches. C’est aussi une manière d’aider les gens ici", précise le coordinateur de la Croix-Rouge pour la zone de Trooz, Lucas Erkenne. Le jeune homme poursuit : "Beaucoup de gens vivent encore à l’étage de leur maison parce que le rez-de-chaussée est toujours inhabitable. On perçoit une amélioration depuis que le gaz a été raccordé et que les habitants peuvent cuisiner chez eux".

Lucas Erkenne est entouré de six collègues de la Croix-Rouge pour coordonner l’aide à Trooz, une aide allant de la distribution des repas à l’organisation de soirées jeux de société en passant par une écoute des sinistrés et de leurs besoins. Les permanents de la Croix-Rouge sont aidés par de nombreux bénévoles, comme Chantal Hubart. Cette habitante de Vottem est mobilisée depuis novembre auprès des personnes touchées par les inondations.


►►► À lire : Six mois après les inondations en Belgique, l’heure de la reconstruction...une journée spéciale ce jeudi 13 janvier sur les antennes de la RTBF


"Egoïstement, au début, je voulais me sentir utile. Ensuite, en venant sur place, je me suis vraiment rendu compte de l’importance des dégâts. Il y a eu une prise de conscience. C’est très important. Il y a beaucoup de colère ici à Trooz mais Trooz est fort touchée par ces inondations et leurs conséquences. Ce que je fais, c’est une goutte d’eau mais je trouve ça important", explique cette dame aujourd’hui pensionnée.

Des commerçants se sont installés dans des préfabriqués pour poursuivre leur activité à Pepinster.
Des commerçants se sont installés dans des préfabriqués pour poursuivre leur activité à Pepinster. Africa Gordillo – RTBF

Des préfabriqués dans la ville

La cité de la Fenderie désormais inhabitée.

Juste après Trooz, nouvelle surprise : la Fenderie, une cité située sur une presqu’île, est désertée par ses habitants. Ils ont tous été relogés après les inondations. Les portes et les fenêtres des maisons sont grandes ouvertes pour laisser passer l’air frais. L’eau a laissé des marques sur les murs extérieurs des habitations. Ce quartier dépeuplé n’est accessible que par un pont, lui-même endommagé. 

La route se poursuit jusqu’à Pepinster, la meurtrie. Plusieurs maisons ont été détruites et le pont consolidé. Une ville s’est construite dans la ville. Une ville de préfabriqués où l’opticien côtoie désormais le pharmacien et d’autres petits commerces soucieux de faire tourner leur affaire. C’est la ville la plus animée de la vallée de la Vesdre ce mardi 10 janvier.

Cinq petits kilomètres séparent Pepinster de Verviers, la capitale de l’eau. Là, quelque part sur les hauteurs, le coucher de soleil est exceptionnel ce mardi. Sa beauté cache bien les meurtrissures de la vallée de la Vesdre.

Le soleil se couche sur la vallée de la Vesdre, ce mardi 12 janvier 2021.
Le soleil se couche sur la vallée de la Vesdre, ce mardi 12 janvier 2021. Africa Gordillo – RTBF

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