Si les courbes suivent la tendance actuelle, quand pourrions-nous assouplir les mesures ? Jamais, en fait

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07 déc. 2020 à 12:26Temps de lecture1 min
Par X.L.

Les chiffres de Sciensano ce lundi 7/12

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Toute la presse s’en fait l’écho ce lundi : alors que le Premier ministre Alexander De Croo (Open Vld) et le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke (sp.a) ont été très clairs, il n’est pas question d’un assouplissement, que les chiffres ne permettent pas. Mais le MR continue à faire le forcing pour que ce point soit débattu au prochain comité de concertation, le 18 décembre prochain.

Alors de quoi parle-t-on, au fond ?

Pas d’un assouplissement général des mesures : pour celui-là, un seuil a été fixé, et on en est très loin (voir ci-dessous). Du côté du PS, on espère que le comité de concertation pourra permettre une discussion sur les métiers de contact, sans pour autant revenir sur les mesures sanitaires à l’occasion des fêtes. Un cran plus loin, le MR réclame un assouplissement concernant la bulle sociale (actuellement limité à une personne), et la levée de l’interdiction des salons de coiffure.

C’est donc une dérogation aux mesures fixées, et adoptées par les différents gouvernements lors du comité de concertation en novembre dernier. Et des dérogations qui ne concernent que ces domaines. Pour une levée plus complète, en ce qui concerne les cinémas, l’Horeca, les métiers de contact par exemple, le principe reste d’attendre qu’un double seuil soit atteint :

  • un taux moyen, calculé sur une période de 14 jours, de contaminations qui reste à moins de 800 cas détectés par jour pendant 3 semaines au moins.
  • un taux moyen, calculé sur une semaine, d’admissions à l’hôpital par jour, qui reste sous les 75 pendant au moins une semaine.
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Et là, on en est clairement très loin. La semaine dernière, nous avions tenté d’évaluer, avec la tendance qui était celle d’alors, combien de temps il faudrait attendre pour envisager cet assouplissement.

Nous avons pointé la fin janvier, mais en évoquant d’emblée un double biais possible :

  • Le mouvement de ralentissement pourrait encore s’accélérer, notamment à cause des contaminations des jeunes, ou des fêtes de Noël, et le délai pourrait être plus long que prévu
  • Le mouvement de ralentissement pourrait être momentané, et surtout lié à la reprise du test des asymptomatiques, qui sont proportionnellement plus nombreux, comme le montrent les données récentes de Sciensano.

Depuis lors, malheureusement, c’est le premier biais qui se confirme. Le mouvement de ralentissement n’était pas uniquement dû à l’évolution de la stratégie de testing, puisque désormais, le nombre d’admissions à l’hôpital tend à stagner, et que ça ne peut pas, par définition, être lié au test d’asymptomatiques.

 

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Et donc, alors qu’on n’est pas encore aux fêtes, une tendance se confirme, qui était sans doute liée à un effet progressif de la réouverture des écoles, mais qui risque de se renforcer avec la réouverture des commerces non essentiels.

Plus globalement, cette tendance à la baisse qui s’inverse doit être vue comme un effet de la reprise de la mobilité des Belges, qui est objectivement constatée par toutes les données disponibles. Il y a donc un mix des déplacements pour l’école, les achats, et même le télétravail qui diminue un peu. Le même phénomène s’observe d’ailleurs en France, où là aussi, on a relâché un peu la pression, et où là aussi, la tendance à la baisse est en train de s’inverser.

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Nous sommes à un "palier" : quels scénarios possibles ?

Quand donc envisager dès lors une levée des mesures actuelles ? Si l’on en croit les graphiques… jamais.

L’épidémiologiste Marius Gilbert pointait que c’est ce qui est compliqué avec ces virus, c’est qu’il ne suffit pas de prendre une mesure pour inverser une tendance du jour au lendemain. Or, après plusieurs semaines d’une baisse soutenue, tous les indicateurs montrent qu’on s’oriente vers un "palier", une période où l’épidémie se développe de façon plus ou moins stable. Et ce palier serait au-dessus du seuil fixé par le Comité de Concertation.

Quelles sont donc les options sur la table ?

  • On oublie ou on corrige le seuil. On estime que l’épidémie est revenue à un niveau suffisamment bas, et on lève les mesures quand même. Mais au niveau actuel, ce serait aller contre toutes les recommandations du personnel médical
  • On attend. Comme il y a peu de chances que l’épidémie régresse toute seule, surtout en hiver, il va falloir des mois, et compter avec l’arrivée du vaccin pour inverser la tendance actuelle, atteindre le seuil, et lever les mesures.
  • On adapte. Malgré toutes les précautions prises, l’école semble toujours un moteur important des transmissions, de même que les autres activités qui ont repris, que ce soit en terme commercial, ou de travail. Si on veut que les chiffres soient plus bas avant d’envisager un réel déconfinement, il faudra sans doute agir sur certains de ces leviers. Une question de choix politique.

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