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"Si l’éternel", plongée au cœur du Nisi dominus de Vivaldi

"Si l’éternel", plongée au cœur du Nisi dominus de Vivaldi
11 janv. 2022 à 15:052 min
Par Céline Scheen

Dans sa chronique La passion selon, la soprano Céline Scheen nous parle d’une œuvre incontournable de la riche période de la musique baroque, le Nisi dominus de Vivaldi et plus particulièrement d’un de ses mouvements, le Cum dederit.

Ecouter Vivaldi, toucher le paradis

Lorsqu’on l’écoute, la musique de Vivaldi emprunte une route directe vers notre cœur. Et cette passion, Céline Scheen nous l’explique en remontant l’histoire de la cantate sacrée de Vivaldi, son Nisi dominus.

Ce Nisi dominus fait partie des partitions les plus envoûtantes, les plus particulières, et les plus abouties d’Antonio Vivaldi. Et son mouvement intitulé Cum dederit est une fenêtre ouverte vers l’extase.

Antonio Vivaldi était communément surnommé le "prêtre roux". En effet, bien qu’il fut dispensé de dire la messe, Antonio Vivaldi un homme d’Église.

Jeune homme fragile, fils de barbier, qui grandit à Venise à la fin du XVIIe siècle, Antonio Vivaldi entre dans les ordres à 25 ans, mais constate presque immédiatement qu’il est incapable de dire la messe. Trop de toux, trop de va-et-vient vers la sacristie durant les offices pour cracher et tousser. Il est vite mis à l’écart.

C’est ce qui lui permettra de développer au maximum son don pour la musique. Avec ce Nisi Dominus, l’une de ses œuvres majeures, il nous offre une écriture pleine de gravité, dense, profonde…

Le texte est issu du psaume 127 (126 dans la numérotation des bibles grecques et latines), très utilisé dans la liturgie hébraïque et lors des vêpres dans la liturgie chrétienne. Ce psaume 127 fait partie de psaumes dits "des montées". Ceux-ci proposent une sorte d’itinéraire de montée vers Dieu. Au nombre quinze, ces cantiques sont aussi appelés cantiques des degrés. Ils étaient chantés lors de la montée des 15 marches menant au temple de Jérusalem au moment des fêtes de pèlerinage.

Le Nisi Dominus constitue le cantique central. L’unique cantique écrit par Salomon, entouré de cantiques écrits par David.

Ce psaume est une ode à la confiance en Dieu. Il médite sur sa puissance, et l’efficacité extraordinaire qu’a son action pour rendre fécond le moindre de nos actes.

Antonio Vivaldi, il furioso

De nombreuses rumeurs entachent l’aura d’Antonio Vivaldi. Une image trop brillante a toujours sa contrepartie, et les avis négatifs sur sa gloire de l’Italie ne se comptent plus…

Celui qui donnera sa forme définitive au concerto, aime la compagnie féminine, ce qui est assez mal vu pour un prêtre.

Certains ébruitent qu’il aurait composé 500 fois le même concerto. D’autres le trouvent médiocre compositeur. Certes bon violoniste, mais ses effets au violon ne seraient-ils pas trop artificiels ? Certains ne voient dans son œuvre que ficelles, facilité, routine et superficialité.

Avec l’émergence de la musique napolitaine, il se voit vite oublié, ignoré et mourra seul, enterré sans célébration à Vienne, où il s’est exilé.

Encore aujourd’hui, Vivaldi reste controversé. Certains le trouvent mièvre, fade, creux. Mais lorsqu’on a ressenti toute cette beauté des paysages vénitiens, on comprend que la musique de Vivaldi est remplie de toutes ces odeurs, ces couleurs, du rythme saccadé, chantant et doux du clapotis qui porte la barque, du souffle du vent, du cliquetis de l’eau dans les canaux.

La Passion selon Céline

Cum dederit, issu du Nisi dominus de Vivaldi

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