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Sheila, 60 ans de carrière : "A travers Sheila, je ne peux pas faillir et, quelque part, ça sauve Annie"

Sheila qui célèbre ses 60 ans de carrière

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Sheila, c’est 27 albums, dont le dernier 'Venue d’Ailleurs', sorti en 2021, 85 millions de disques vendus, du yéyé au disco, de la pop au rock, plusieurs incursions dans le Billboard américain et une tournée anniversaire qui commence pratiquement par Bruxelles. L’icône des années yéyé célèbre ses 60 ans de carrière, le 5 novembre, au Cirque Royal à Bruxelles.

Bruxelles, c’est tout ce qu’on connaît, c’est le Cirque royal, c’est les retrouvailles, c’est le public. Moi, j’attends ça !

"Un métier qui vous emmène !"

1962, pour Sheila, c’est l’année de la première audition, du premier single, c’est le moment où elle prend son fameux pseudonyme.

Aujourd’hui, avec le recul, Annie Chancel dirait à Sheila : "Crois en ta chance. Ne te pose pas de questions. Et après, je lui dirais juste qu’elle soit bien accompagnée, parce que c’est un métier qui vous emmène, qui vous fait voler, mais moi j’ai eu la chance d’avoir des parents qui m’ont fait garder les pieds sur terre. C’est pour l’équilibre. Et s’entourer de gens qui ne sont pas des faux amis. […] L’important, ce n’est pas d’avoir des gens qui vous flattent, mais des gens qui sont capables de vous dire la vérité, même si vous n’avez pas envie de l’entendre. Ceux-là, ce sont les vrais amis."

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L’invention des idoles

Son premier tube, c’est L’école est finie en 1963. Puis ce sera le moment des idoles. Avec Françoise Hardy, Johnny Hallyday et tous les autres, Sheila a inventé un métier, quelque chose qui n’existait pas précédemment.

"On était des pionniers quelque part. Parce qu’on est parti de rien. Avant, c’était nos parents, nos grands-parents, qui avaient des chanteurs à eux, et c’était bien réglé dans une maison de disques. Nous, on est arrivé avec juste notre enthousiasme, nos fausses notes et notre tempo qui bougeait un peu, quand on écoute les disques de l’époque. Mais je crois que c’est surtout la libération d’une jeunesse."

L’invention des idoles, pour Sheila, c’est la musique, l’arrivée du rock’n’roll, avec Elvis, Vince Taylor, etc. Des gens avec des blousons de cuir, des franges, des clous. "Et c’est vrai que les parents étaient hyper choqués. Il y a eu l’arrivée de la guitare qui sature, l’électricité. Tout ça, ça n’existait pas. On s’est fait critiquer parce qu’on faisait beaucoup de bruit."

A l’époque, les disques anglais ne passaient pas en radio. Des éditeurs amenaient des chansons anglaises et les artistes en faisaient des versions françaises.

Dans toutes ces chansons-là, quand tu écoutes les versions originales, ils font 'yeah-yeah', et nous, ça s’est terminé par 'yé-yé'. Et c’est comme ça qu’est née l’histoire.

Sheila et Johnny Hallyday à Saint-Raphaël en 1969
Sheila et Johnny Hallyday à Saint-Raphaël en 1969 © Getty Images – REPORTERS ASSOCIES/Gamma-Rapho

Un moment unique dans l’histoire

"Ce qui a été important et ce qui fait la force de ce moment – je crois que ça n’existera plus -, c’est que c’est toute une génération, dans la presse, dans la radio, dans la chanson, dans les ingés son, on avait tous le même âge, à 5 ans près. C’est une espèce de vague énorme de jeunes, qui sont arrivés avec leur sac à dos et leur envie, la fleur au fusil, et qui ont tout essayé et qui n’avaient peur de rien, qui avaient du bagout et qui avaient confiance en eux, même si on leur disait que ce n’était pas bien."

Rien ne nous arrêtait. Et je crois que c’est ça, la force des années 60 !

Mais ça n’arrivera plus, pense Sheila, non pas à cause de l’époque actuelle, mais à cause de l’histoire de la télévision. Ce qui beaucoup aidé les artistes à ce moment, c’est qu’il n’y avait qu’une chaîne. Donc, systématiquement, ils rentraient chez les gens, ils vivaient avec les gens, ils venaient dans leur salon et partageaient à la fois les chansons et l’histoire.

Le public, une histoire d’amour

Depuis 60 ans, Sheila vit une histoire d’amour avec le public. C’est même au-delà de l’amour, dit-elle, ce sont des connexions, des échanges d’énergie qu’elle ne trouve nulle part ailleurs.

"Le public, c’est comme si tu marchais au-dessus du sol. Le fait d’avoir fait une carrière aussi longue, on se connaît par coeur, parce qu’on a grandi, on a eu ensemble des bonheurs, des malheurs, une vie qu’on a partagée. […] Et je crois qu’en plus, quand tu fais ça pendant longtemps, les gens te connaissent bien, ils te sentent, et on se sent.

La force du spectacle, et c’est pour ça que je dis que c’est un peu comme une drogue que tu ne trouves nulle part ailleurs, c’est de se trouver à un moment où il y a une connexion entre la salle et la scène qui se fait et qui est un truc absolument incroyable."

Quand tu arrives à avoir que ce soit les gens qui te servent de prompteur, c’est quand même formidable !

Le rapport à l’âge

"Ai-je été si jeune si longtemps que je ne me suis pas vue vieillir ?", chante Sheila dans Baby Doll, sur l’album Venue d’Ailleurs.

"Je fête mes 60 ans de carrière et j’ai l’impression de n’avoir que 40 ans d’âge. […] Moi, je m’en fous de l’âge que j’ai. L’important, c’est ce que j’ai dans la tête et comment j’avance dans la vie. Et je pense qu’il n’y a pas d’âge pour apprendre. […] A n’importe quel âge, tu peux faire ce que tu veux, tu es libre. La plus grande des richesses, c’est la liberté. Et plus tu avances dans le temps, plus tu es libre, donc tu peux choisir tout ce que tu veux faire !"

"De toute façon, aujourd’hui, sincèrement, tant d’années après, après tout ce que j’ai traversé, tout ce que j’ai vécu, ma vie de femme, ce que ça a été, etc. si je ne m’amuse pas… Moi, je suis quelqu’un d’entier. J’ai toujours été entière, j’ai toujours dit ce que je pensais. Moi, du jour où je ne m’amuse plus, j’arrête."

Aujourd’hui, elle n’envisage pas d’arrêter de travailler, mais d’arrêter de chanter, peut-être un jour. Mais elle cherchera toujours le contact avec les gens, en faisant des conférences, par exemple.

"J’ai un contact avec les gens qui est au-delà de la chanteuse. […] On a une vie, et une vie, ce n’est pas juste une chanson. On se la partage, on se raconte. […] Et en dédicaces, je découvre l’autre côté. C’est des gens qui viennent te poser des questions, qui te demandent, comment, pourquoi, qu’est-ce que je dois faire. Et là, c’est un rapport humain qui n’est pas le même, qui ne passe pas à travers les chansons et qui me passionne."

Sheila, 1978
Sheila, 1978 © Belga/AFP

Une femme double

Il y a Sheila. Sheila, elle chante, elle gagne.

Et puis, il y a la vie d’Annie. La vie d’Annie, ce n’est pas rose tous les jours, c’est compliqué, c’est du stress, c’est la vie d’une femme, des amours, des déceptions, des deuils"La vie, quoi !"

Une artiste est-elle forcément un peu schizophrène ? Quand on fait un métier comme ça, on l’est obligatoirement un peu, pense-t-elle. On est obligé.

"Moi, je suis sûre que Johnny, il était schizo complètement aussi. Tu es obligé, parce que tu ne peux pas vivre tout le temps dans la lumière, suspendu. Parce qu’à un moment, la lumière, elle s’éteint. Et quand elle s’éteint, et que tu te retrouves avec plus personne et tout seul, tu n’es pas le même. Et tu es obligé d’affronter les deux."

Mais moi j’avoue que j’ai réussi avec le temps - et ce n’est pas vieux, je pense que c’est par rapport à mon expérience de vie - à ce qu’Annie, qui prend les coups et qui souffre, utilise Sheila comme vitamine C. A travers Sheila, je me dois de. Je ne peux pas faillir, je dois être souriante, je dois bien faire mon job, et quelque part, ça sauve Annie.

Ecoutez 'Venue d’ailleurs', extrait du dernier album de Sheila, un album qui se lit comme une autobiographie en musique

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