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Sessa ou rien

Sessa respire les parfums de la bossa nova et du tropicalisme.

© Mexican Summer

23 août 2022 à 07:55Temps de lecture3 min
Par Nicolas Alsteen

Nouvelle figure du tropicalisme, Sessa lustre l’héritage de Gilberto Gil et Caetano Veloso sous le soleil de São Paulo. Bande-son idéale d’un été beaucoup trop chaud, la bossa nova imaginée par le Brésilien esquisse des plages de mélancolie et se baigne à poil dans des vagues à l’âme d’une beauté abyssale. Entre exutoire et exotisme, Sessa chante ses peines de cœur. Pour notre plus grand bonheur.

Contrairement à l’amour, les vacances durent toujours. Voilà le sentiment qui domine après avoir usé le deuxième album de Sessa durant tout l’été. Aussi Romantique que poétique, "Estrela Acesa" (en)chante des instants de rupture avec du soleil dans la voix et des fleurs dans le cœur. Idéales pour se prélasser au bord de l’eau en vue de noyer sa nostalgie sans recourir à l’alcool frelaté, les chansons du Brésilien apaisent l’esprit et dissipent la douleur. Si le malheur des uns fait réellement le bonheur des autres, alors, c’est une certitude : les déboires sentimentaux de Sessa risquent de ravir pas mal de monde.

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New York, unités spéciales

L’itinéraire de Sessa est facile à suivre. Depuis toujours, c’est une route à sens unique, entièrement consacrée à la musique. Né dans une communauté juive de São Paulo, l’artiste a commencé son éducation musicale très tôt, à la synagogue. Ado, il déplace ses croyances dans les morceaux psychédéliques du groupe Garotas Suecas (traduisez Filles Suédoises). Puis, obligé de quitter le pays de la Samba pour suivre les pas d’un papa businessman, Sergio Sayeg - de son vrai nom - atterri à New York. C’est là, en 2015, qu’il croise la route de Yonatan Gat, lui aussi exilé, mais pour d’autres raisons… Pionnier du revival rock garage, ce dernier est le membre fondateur des incroyables Monotonix. Furieux et contestataires, ces musiciens empilent des concerts légendaires et claquent des gros mots qui déplaisent à la nation. Obligé de quitter Israël et de trouver refuge sous des cieux plus cléments, Gat se lance alors en solo aux États-Unis. À peine arrivé à New York, le musicien israélien rencontre Sessa et lui propose un job de bassiste. Les deux unités déracinées s’entendent à merveille, enregistrent un disque aux côtés du producteur Steve Albini (Nirvana) et partent en tournée en compagnie de Thee Oh Sees et Sun Ra Arkestra.

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Disquaire Day

En marge de sa vie de musicien, Sessa est aussi disquaire. Depuis son arrivée à New York, il vend des vinyles chez Tropicália in Furs, enseigne mythique (désormais disparue) de l’East Village. Comme son nom l’indique, le magasin est spécialisé dans les saveurs tropicales : bossa nova acidulée, samba déjantée, fado ou baião bercent ainsi les journées et l’imaginaire de Sessa. À force de vendre des albums d'Arthur Verocai, Caetano Veloso ou Antônio Carlos Jobim, le Brésilien se laisse porter par les parfums de son pays natal et bricole un premier album inspiré et séduisant, bordé de mélopées mélancoliques et de chœurs féminins angéliques. Croisement improbable entre du Gilberto Gil et du Léonard Cohen dans le monde moderne, l’album "Grandeza" sort en 2019. Un début en solo qui marque aussi son retour au pays.

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Touché dans le cœur

Enregistré sur l'île d'Ilhabela, au large de São Paulo, le récent "Estrela Acesa" laisse entrevoir une évolution dans le parcours de Sessa. Source d’apaisement permanent, ce deuxième album enferme douze chansons douces et soyeuses, tissées à l’aide de cordes en nylon, ourlées de percussions et de somptueuses orchestrations. Si les influences sont moins évidentes que sur le précédent "Grandeza", la musique navigue toujours aux abords d’une ligne de flottaison délimitée par les classiques d'Arthur Verocai et Gilberto Gil. Sous le soleil et le calme apparent des mélodies, c’est pourtant la grosse tempête dans le petit cœur de Sessa. Bien que lumineuses et pacifiques, les chansons cachent en effet des zones d’ombre, des non-dits et un paquet d’histoires d’amour foudroyées en plein câlin.

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Musicothérapie

La musique de Sessa fait du bien en appuyant, exactement, là où ça fait mal. Des morceaux comme "Que Lado Você Dorme ?" ("De quel côté dors-tu ?") ou "Dor Fodida" ("Putain de douleur"), par exemple, se roucoulent avec un sourire béat, mais contemplent des souvenirs périmés : des bouts de romance partagés et consommés à l’excès, jusqu’à la rupture. Pour soigner ses blessures sentimentales, Sessa chante de tout son cœur et s’abandonne pleinement dans la musique. Bien meilleurs que n’importe quel antidépresseur, les couplets de "Canção da Cura" ("Chanson de la guérison") ou "Você É a Música" ("Vous êtes la musique") oublient ainsi les histoires de couple pour vanter les mérites de la musique. Le remède personnel de Sessa a désormais toutes les chances de devenir une potion magique. D’utilité publique.

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