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Ses points au CEB mal encodés : "Mounir, Molenbeekois de 11 ans, aurait raté s’il n’y avait pas eu vérification"

Fouad El Abbouti, du Centre de Jeunes d’Anderlecht, raconte comme les parents de Mounir ont obtenu la correction de ses points au CEB.
04 juil. 2022 à 15:05 - mise à jour 05 juil. 2022 à 06:23Temps de lecture5 min
Par Karim Fadoul

43,6% en Français, 44,4% en Mathématiques, 48,3% en Sciences, 55% en Histoire et Géographie. La messe était dite pour Mounir (prénom d’emprunt) à la lecture des résultats de ses épreuves externes du CEB : échec et redoublement de sa sixième primaire. Mais après avoir introduit une réclamation auprès de son école et consulté les copies d’examens, ses parents se rendent compte que les notes reprises dans la feuille récapitulative des résultats ne sont pas celles figurant sur les copies des épreuves. L’encodage était erroné. Une bourde que tente aujourd’hui de comprendre Mounir, ses parents et son école, l’Institut Saint-Louis de Bruxelles, qui a adressé une demande d’explications auprès de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Mounir, Molenbeekois de 11 ans, est un élève moyen. Mais pour le CEB, il le sait, il va devoir mettre les bouchées doubles. Ses parents l’inscrivent au CDJ (Centre de Jeunes) d’Anderlecht, une association qui propose des ateliers de préparation, sous formes de modules, aux épreuves scolaires externes comme le CESS, le CE1D et… le CEB.

Mounir avait réussi ces épreuves de CEB lors des tests

"Nous organisons aussi des épreuves d’examens blancs pour permettre aux jeunes de se tester, de vérifier leurs maîtrises dans les différentes matières", raconte Fouad El Abbouti, bénévole du CDJ d’Anderlecht. "Tout est mis en place pour préparer les enfants au mieux. Et Mounir, lui, avait réussi ces épreuves d’examens blancs, haut la main. Il a montré de très bonnes capacités. C’est un enfant sensible, très à l’écoute, il a envie de réussir. Malgré le covid, malgré la crise sanitaire et les difficultés, il est présent le week-end, lors des modules. Et ses parents sont derrière. Avec les enseignants bénévoles qui encadrent Mounir, l’enfant est mis dans les conditions du CEB."

Et lorsque vient l’heure du vrai CEB, à Saint-Louis, Mounir continue sur sa lancée. Il sait, au fond de lui, qu’il a réussi. Mais au moment de la proclamation, c’est la douche froide… Il ne réussit pas son certificat. "L’enfant est en pleurs, il est catastrophé, il n’arrive même pas à parler", se souvient Fouad El Abbouti. "Il s’est donné. Et là arrivent ces échecs. L’école lui conseille alors, non pas d’aller en première différenciée, mais plutôt de recommencer sa sixième primaire."

Personne n’imaginait ce qui allait arriver

Tristesse pour Mounir, tristesse pour ses parents. "Notre asbl leur conseille cependant de faire un recours pour voir s’il n’y a pas eu d’erreurs. Et puis, on dit à la maman de tout de même demander à voir les épreuves pour noter ce qui n’a pas été, voir les erreurs de Mounir. La démarche, au départ, elle est celle-là. Personne n’imaginait ce qui allait arriver."

Reçue par l’école, la maman se voit d’abord refuser le droit de consulter les épreuves. "On lui dit qu’elle n’en a pas le droit. Or, la loi stipule qu’elle peut. Ce qui est logique si on veut contester un résultat. Finalement, l’école accepte de lui montrer les fascicules. Et là, stupéfaction totale ! Mounir a réussi partout: c'est indiqué sur les feuilles."

En réalité, Mounir n’a pas 43,6% en Français comme encodé dans le bilan final mais 60,8%. En Maths ? 72% au lieu de 44,4%. En sciences, il a obtenu 73,3% et non 48,3%. En histoire et en géo, l’écart entre la note erronée et la bonne est de plus de 10% : 66,6% au lieu de 55%. "C’est une grosse différence." Tout le monde se rend alors à l’évidence que Mounir a donc bien réussi son Certificat d’Etudes de Base. Il ne doit pas redoubler sa sixième mais il doit passer en première secondaire classique.

Deux récapitulatifs de résultats : à gauche l’échec, à droite les points attestant la réussite de Mounir.
Deux récapitulatifs de résultats : à gauche l’échec, à droite les points attestant la réussite de Mounir. FACEBOOK

"L’école constate les faits. Personne ne comprend ce qui se passe. La direction contacte immédiatement la Fédération Wallonie-Bruxelles et lui explique le décalage entre les notes", ajoute Fouad El Abbouti. "On confirme que Mounir a bien réussi. Lui et ses parents sont soulagés même si cela semble irréel. Ils sont fâchés parce qu’ils se disent que d’autres enfants sont peut-être dans le même cas. Quant à l’école, elle est également très fâchée."

Une double correction

Selon nos informations, l’Institut Saint-Louis a adressé un courrier officiel à la Fédération Wallonie-Bruxelles et espère une explication. Que s’est-il passé, se demande l’établissement ? D’où provient l’erreur d’encodage ? Y a-t-il eu inversion d'encodage ayant cette fois permis à un autre élève, en échec par exemple, de réussir son CEB avec les vrais points de Mounir ? Si ce cas de figure est avéré, la proclamation officielle ayant déjà eu lieu, impossible de revenir en arrière quant à cette réussite fictive.

Bon à savoir : les épreuves du CEB ne sont pas corrigées au sein de l’école. Les copies scellées sont envoyées dans un centre de correction. Là, les enveloppes sont ouvertes et corrigées par des enseignants. La règle est qu’un enseignant ne peut corriger des épreuves de sa classe ni même de son école. La cotation se fait sur base de critères et de grilles : aucune interprétation n'est possible de la part du correcteur.

Après correction, le correcteur compte alors les points et les indique sur la page de garde. Un recomptage et une validation par un autre correcteur s’opèrent ensuite. Place enfin à l’encodage. Dernière étape: les enveloppes sont refermées et renvoyées à l’école.

Beaucoup de parents n’ont pas les codes pour pouvoir réclamer

"Malgré tout, malgré le fait que la Fédération Wallonie-Bruxelles dit qu’il ne peut y avoir d’erreurs d’encodage, le cas vécu par Mounir nous montre que si. Nous tirons la sonnette d’alarme", enchaîne Fouad El Abbouti.

"Les enfants en échec peuvent et doivent demander à revoir leurs copies. L’erreur d’encodage est humaine. Ces corrections durent des heures, les correcteurs sont fatigués après de longues journées. Mais il faut se mettre à la place des enfants et des parents. C’est un destin qu’on brise après l'annonce d'un échec. Il faut récupérer psychologiquement ces enfants-là. Pour Mounir, l’ascenseur émotionnel a été terrible en l’espace de 24 heures. Et ce qu’il faut retenir, c’est que si la démarche n’avait pas été faite, Mounir aurait dû recommencer sa sixième primaire alors qu’il l’a réussie."

Le CDJ d’Anderlecht rappelle également "beaucoup de parents, qui n’ont pas les codes scolaires. Ils ne savent ni lire ni écrire. Ils ne parlent pas bien le français, ils ignorent qu’ils peuvent introduire un recours. Quand l’école leur dit que leur enfant a raté, ils prennent cette annonce pour argent comptant. Il faut avoir de l’empathie pour eux aussi. Si la maman ne s’était pas tournée vers notre centre, il n’y aurait pas eu de vérifications pour Mounir."

Excuses et enquête

Contactée, la direction du Service de l'inspection scolaire de la Fédération Wallonie-Bruxelles annonce l'ouverture d'une enquête interne concernant le cas de Mounir pour déterminer où la défaillance a eu lieu afin d'en tirer les enseignements pour l'avenir. Il ajoute qu'il s'agirait, à ce stade, d'une erreur humaine, malgré la double vérification des notes attribuées aux élèves, le double encodage des résultats ainsi que la vérification du jury CEB.

Excuses sont présentées à Mounir et à sa famille pour le préjudice. Le service se réjouit par ailleurs que la situation scolaire de l'élève a été modifiée en sa faveur. Il rappelle que plus de 52.000 élèves en Wallonie et à Bruxelles ont passé leur CEB cette année.

 

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