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Servier engage une bataille procédurale pour reporter le procès Mediator

Jacques Servier et l'une des responsables des laboratoires Servier, Lucy Vincent, à l'ouverture du procès le 14 mai 2012 à Nanterre.
12 mai 2012 à 08:11 - mise à jour 14 mai 2012 à 13:12Temps de lecture2 min
Par AFP

Le tribunal statuera le 21 mai à 14H30 sur ces demandes qualifiées de "dilatoires" par les adversaires de Servier, entraînant la suspension du procès jusqu'à cette date.

En costume trois pièces sombre, les bras croisés, Jacques Servier, 90 ans, "combatif et responsable", selon son avocat Hervé Témime, a pris place sur le banc des prévenus aux côtés de quatre anciens cadres de Servier et de sa filiale Biopharma.

"C'est important que Jacques Servier soit là. Je voulais le voir en face et voir sa réaction", a expliqué Michel Due, opéré récemment après avoir pris du Mediator. Les parties civiles ont découvert un homme âgé qui se déplace avec difficulté et répondant d'une voix éraillée à la barre.

Une attitude qui tranche avec la fougue de son avocat, Me Témime, qui a contesté par divers arguments juridiques techniques la légitimité de ces citations directes "avec un leitmotiv simple: on ne peut pas être jugé pour des faits pour lesquels on a été mis en examen" au pôle santé de Paris.

Plus de 600 personnes - seule une poignée a fait le déplacement - demandent réparation à Nanterre sans attendre la fin de l'instruction menée au pôle santé du tribunal de grande instance de Paris.

Les parties civiles ont misé sur une procédure rapide, une citation directe pour "tromperie aggravée" dans laquelle leur revient la lourde tâche d'apporter les preuves, sans avoir accès aux investigations parisiennes.

"Nous ne cherchons pas à ne pas être jugés mais à être mieux jugés", a résumé Me Christian Saint-Palais, l'avocat d'un des prévenus.

En septembre, Jacques Servier et six sociétés du groupe avaient été mis en examen notamment pour tromperie par les juges d'instruction de Paris.

"Les Laboratoires Servier sont conscients de leur responsabilité face aux consommateurs" mais après "la lapidation médiatique sans précédent", "nous sommes heureux de nous adresser à des juges", a affirmé Me Témime, s'en prenant aux avocats des parties civiles "boursouflés par la pression médiatique".

Outre deux questions prioritaires de constitutionnalité (QPC) susceptibles d'entraîner un renvoi et une exception d'incompétence, Servier réclame une expertise judiciaire et un supplément d'information.

"Si ça, ce n'est pas pour gagner du temps et botter en touche pour éviter de s'exprimer sur le fond!", regrette Me Martine Verdier, avocate de l'association de consommateurs CLCV. Le procureur Philippe Bourion s'est prononcé pour le rejet de ces QPC.

"Les victimes veulent une condamnation exemplaire et attendent de la compassion", a rétorqué l'un de leurs avocats, Me Charles-Joseph Oudin.

Les plaignants reprochent à Servier de les avoir "délibérément" trompés sur la composition du Mediator en ne les informant pas de "la nature anorexigène" de son principe actif, le Benfluorex, alors que ce dernier diffuserait dans l'organisme une substance toxique, la norfenfluramine, une molécule très proche de l'amphétamine.

Le Mediator, largement détourné comme coupe-faim durant sa commercialisation de 1976 à 2009, est soupçonné d'avoir causé au moins 500 morts en 30 ans voire 1.320 à 2.000 selon d'autres estimations.


AFP

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