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Seriez-vous d’accord de vivre avec un cœur de cochon ?

Est-il possible de vivre avec un cœur de cochon ?

Patrice Goldberg sur Vivacité

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Ça a été une grande première dans le monde de la médecine : des chirurgiens de l’Université du Maryland, aux États-Unis, ont réussi à greffer un cœur de porc à un patient. Si celui-ci a survécu deux mois, l’opération constitue un progrès considérable et pourrait ouvrir la voie à un nouveau mode de transplantation : c’est ce que l’on appelle la xénogreffe. Une avancée de taille pour remédier à la pénurie d’organes, mais qui soulève aussi de nombreuses questions éthiques.

Pénurie et trafic d’organes

Mourir sur une liste, dans l’attente d’une greffe d’organe. C’est malheureusement la triste réalité que connaissent certains malades aux organes défaillants, à cause du manque de donneurs. Une situation de pénurie qui donne lieu à de nombreuses dérives, telles que le trafic et le marché noir des organes humains, le plus souvent organisés dans les pays pauvres : des personnes sont enlevées et séquestrées pour leur prélever des organes, qui sont ensuite revendus au prix fort.

Comment pallier cette pénurie et contrer les réseaux mafieux ? Depuis des décennies, les chercheurs s’efforcent de trouver des solutions de transplantation innovantes, notamment en ce qui concerne la greffe de cœur.

Un cœur de porc génétiquement modifié

Jusqu’à présent, deux voies principales ont été explorées par les chercheurs. La première, c’est celle du cœur artificiel. S’il y a eu quelques succès de ce côté-là, il s’agit cependant d’une entreprise coûteuse et longue qui n’a pas encore montré toute sa fiabilité.

L’autre solution, ce sont les xénogreffes, soit des greffes en provenance d'un animal, et plus particulièrement du porc. Pourquoi lui plutôt qu’un autre ? D’abord, parce que c’est tout simplement l'animal dont les organes ressemblent le plus aux organes humains. Ensuite, parce qu’il est relativement facile à élever : sa croissance est rapide et il donne des portées nombreuses.

Mais comment fonctionne exactement une telle opération ? Bien sûr, il ne s’agit pas de prélever un cœur de cochon et de le greffer directement chez le patient, car il serait considéré comme un intrus par le système immunitaire et rejeté immédiatement.

Pour que le corps accepte ce nouveau cœur, les chercheurs procèdent donc à de la manipulation génétique à l’aide d’outils : des sortes de ciseaux moléculaires. Ils vont permettre d’enlever un certain nombre de gènes porcins dans les cellules du cœur de cochon, pour les remplacer par des gènes humains. Combinée à la prise de médicaments antirejet, cette manipulation génétique a permis au premier patient transplanté de survivre deux mois avec son nouveau cœur.

Facile à élever, le cochon est l'animal dont les organes ressemblent le plus aux organes humains.
Facile à élever, le cochon est l'animal dont les organes ressemblent le plus aux organes humains. Manop Boonpeng, EyeEm - Getty Images

La question éthique

Si l’on imagine bien l’immense espoir que soulève une telle avancée, elle pose aussi des questions d’ordre éthique : d’abord parce que ces manipulations donnent lieu à des organismes génétiquement modifiés, des sortes de chimères au code génétique ni 100 % porcin ni réellement humain, qui n’existent évidemment pas dans la nature. On imagine bien les dérives qu’une telle expérience pourrait entrainer.

C’est aussi une question de droit animal : est-il acceptable d'instrumentaliser des animaux et de les élever dans le seul but de leur retirer leurs organes ? La fin justifie-t-elle les moyens ? Enfin, il faut aussi prendre en compte l’effet psychologique : certaines personnes restent réticentes à l’idée de se voir greffer un cœur d’animal.

Indéniablement, ces questions essentielles appellent à des réponses rapides. Car sur le plan purement médical, la révolution est en marche…  

Seriez-vous d’accord de vivre avec un cœur de cochon ?
Seriez-vous d’accord de vivre avec un cœur de cochon ? Owen Franken, Getty Images

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