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Cinéma - Séries TV

Série "It's a sin": l'euphorie londonienne des années 80 tuée par le sida

Série "It's a sin": l'euphorie londonienne des années 80 tuée par le sida

Londres 1981: ils sont jeunes, beaux, homosexuels, prêts à croquer leur nouvelle liberté, mais le sida vient d'apparaître. La série britannique "It's a sin", immense succès critique et public dans son pays natal, raconte une décennie et une génération fauchée par une maladie alors considérée comme honteuse.  

Après l'épatante et angoissante série dystopique "Years and years", le réalisateur Russell T. Davies ("Queer as folk", "Doctor Who") joue à nouveau avec le temps, mais cette fois pour revenir sur l'histoire, pas si lointaine, des débuts de l'explosion de l'épidémie du sida en Grande-Bretagne.

L'auteur multi-primé s'est inspiré de sa vie pour écrire cette série qui a créé un électrochoc Outre-Manche. Visionnée début mars par près de 19 millions de téléspectateurs sur la plateforme de la chaîne Channel 4, "It's a sin" a entraîné une envolée du nombre de demandes de tests VIH début février lors de la semaine dédiée au dépistage de la maladie en Grande-Bretagne.

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"Le désir de faire quelque chose de nouveau n'(était) pas la chose la plus importante. Parce que ce sont des histoires comme celles-ci qui doivent être répétées encore et encore. (...) Les jeunes générations grandissent sans rien savoir de cette période", explique Russell T. Davies dans une interview.

En cinq épisodes, le réalisateur couvre dix années entre 1981 et 1991 de la vie de Ritchie, Jill, Roscoe, Colin et Ash, âgés d'environ 18 ans et joyeux colocataires d'un vaste appartement londonien décati baptisé le "Pink Palace".

"Double calamité"

Sur une bande-son déchaînée des années 1980 --OMD, Soft Cell, Erasure, Kim Wilde etc.--, les jeunes homosexuels, libérés du carcan de leurs familles et régions respectives, plongent dans l'euphorie des soirées londoniennes du milieu artistique dont ils font désormais partie.

"Ces jeunes grandissent, révèlent leur homosexualité, se font des amis, tombent amoureux, trouvent du travail, découvrent qui ils sont, tandis que le virus se rapproche de plus en plus, touchant les personnes de leur entourage et se dirigeant vers l'appartement lui-même", résume le scénariste gallois.

Au fil des personnes contaminées, le série rappelle le poids des préjugés et la honte éprouvée par les homosexuels et malades du sida durant les années 80: questionnaires médicaux humiliants, répression de l'homosexualité, patients traités comme des détenus, familles cachant la cause du décès...



Les gens disaient que nous étions l'amour qui n'ose pas dire son nom. Et puis est arrivée une maladie qui n'os(ait) pas dire son nom. Double calamité

se remémore Russell T. Davies.

Faisant écho à la période actuelle, la série, écrite en 2015, dépeint également les mécanismes de la peur et de la désinformation entourant un virus dont les scientifiques s'efforcent de connaître le fonctionnement. Mais aussi le fait de s'habituer à vivre avec un virus mortel.

"Vous avez des enfants qui grandissent à l'époque du coronavirus et pour eux, il est normal de porter des masques et de respecter la distanciation sociale. Ça ne les fait pas ciller. Et c'est la même chose avec le sida d'une certaine manière. J'ai juste grandi avec et ça m'a pris du temps pour voir l'énormité de la situation", relate le réalisateur, qui vient de se voir décerné l'Excellence Award par le festival international de séries Canneseries.

la critique d'Hugues Dayez

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