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Tendances Première

Série : comment passer les fêtes quand on est célibataire ?

Série : comment passer les fêtes quand on est célibataire ?
16 déc. 2021 à 07:175 min
Par Julien Gilles
Cette semaine, en mode fêtes de fin d'année, je voudrais parler de la série norvégienne Home for Christmas (Hjem til jul ), ou comment affronter les fêtes quand on est célibataire!  dispo sur Netflix – 2 saisons de 12 épisodes
Voilà une petite série de circonstances, qui sent bon la neige fraîche, la cannelle et l’épicéa, ou plutôt le Nordman.

Une série qui nous emmène au sein d’une culture qui ne fait pas les choses à moitié lorsqu’il s’agit des fêtes de fin d’année et de célébrer Noël, la Norvège.  Bien avant que Coca nous dise à quoi ressemble le Père Noël, la Norvège (où le Nisse – sorte de lutin – apporte les cadeaux) nourrissait déjà une tradition multiséculaire de célébration familiale autour cette date.

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Le pitch

On suit Johanne, en plein préparatifs. Johanne adore Noël, visiblement comme tous les norvégiens. Elle est infirmière, dévouée à ses patients, elle a 30 ans , elle est autonome et pleine de vie. Mais Johanne cache un lourd secret …, non en fait, plutôt elle en a marre des incessants commentaires sur son statut de célibataire.

Chaque année c’est la même rengaine, les mêmes questions : " tu viendras accompagnée au réveillon ? ". Et cette année Johanne en a eu marre et a répondu par l’affirmative, histoire de leur clouer le bec, à tous.

Reste donc à trouver quelqu’un à présenter à la famille, même pas la perle rare. Juste un gars correct. Le tout en trois semaines, ou plutôt 24 jours pour être précis.

Au-delà du personnage de Johanne très attachante, on croise sa colocataire "pas toute juste" mais tellement précieuse pour lui remonter le morale, son voisin, père célibataire et taiseux, ses parents, sa boss, ses collègues, etc…

Et puis , on découvre la tradition norvégienne qui entoure les célébrations de Noël, comme par exemple, le fait de se retrouver en famille tous les soirs à compter du 01 décembre (du moins c’est la tradition dans la famille de Johanne) et jusqu’au soir du réveillon.

 

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Un décorum, des marchés de Noël luxuriants, la tradition de la coupe du sapin (pour les plus téméraires), ou plus simplement du choix de ce symbole par excellence de Noël et qui dans le Nord revêt une importance encore plus importante. Ainsi on découvre que ce choix relève d’une quasi science (densité de l’aiguille, portance des branches les plus hautes, brillance, odeur, rien n’est laissé au hasard); et puis aussi les bricolages de Noël, cadeaux incontournables (pour Johanne c'est le tricot)et de bon aloi dans un pays aux coûts de la vie bien supérieure à la moyenne.

Johanne se trouve lassée par cette injonction, explicite, pour une jeune femme de trouver l’amour, ou à minima, construire un couple, et pour en fin de compte perpétuer l’espèce. Alors, cette année, Johanne a envie de faire un pied de nez à son entourage.

Mais ce faisant, elle se piège, elle se met elle-même dans la situation de se trouver quelqu’un, et se soumettre à la norme de la société.  Du coup, obligée de remettre son mode de vie, ses choix et priorités en balance. Pour finalement faire un bilan en quelque sorte. Fait-elle vraiment ce choix de célibat, ou le subit-elle comme le laisse entendre l’entourage ? S’est-elle laissée entraîner dans cet état de fait, prise notamment par son activité professionnelle. Cherche-t-elle à fuir quelque chose ? Si oui, quoi, et pourquoi ? Est-elle trop gentille d’accepter de " sacrifier ", comme ils disent, sa vie personnelle au profit de sa vie professionnelle. Elle se pose face à elle-même pour se confronter à ses attentes, ses envies.

Elle se confronte à son modèle également, le modèle familiale héritée de son éducation. Ses parents naturellement, et puis sa sœur et ses bienveillantes réflexions " quand est-ce que tu vas faire de moi une tata ?", " tu ne rajeunis pas, est-ce que tu connais les chiffres sur la fécondité passée 30 ans ? " mais aussi les " fais-moi rêver, alors comment va la vie de célib’ ? ", comme si la vie de célibataire regorgeait d’opportunités loin des contraintes familiales. Non, être célibataire, c’est pas forcément se lever à midi le samedi, trainer en pyjama tout le weekend, et bouffer à emporter devant un marathon de séries, ça peut, mais pas toujours,  et pas pour Johanne, corps et âmes dévouée à ses patients.

Notre analyse 

Et quand ces modèles explosent alors ? A l’image de ses parents, qui leur annoncent qu’ils vont se séparer, comme ça à table, en toute bienveillance. Le père qui regarde ses chaussures, la maman qui explique que c’est une décision mûrement réfléchie … Malaise

D’abord choquée? Pourquoi maintenant ? Et ensuite confortée. Finalement la recette n’est pas universelle.

Pourquoi cède-t-on aux injonctions morales de l’entourage, et du monde ? Pourquoi est-ce si difficile de résister ? Dans un monde qui prétend laisser la place à l’individu, à l’individualité, célébrer la différence, il semble que nous n’ayons jamais été autant soumis à la norme. Gare à celui qui s’en écarte, à ses risques et périls. La marge semble si proche, qu’on peut vite s’y trouver, malgré soi. Les outils, les technologies qui nous entourent, nous (en)casent. On nous met dans des groupes. On nous sommes d’appartenir à un groupe, plutôt qu’un autre.  Comme ces technologies qui nous suggèrent ces groupes (" vous devriez aimer ") auxquels on doit appartenir, mais veut-on ? Facebook me connaît-il mieux que moi-même ? " Laisse-toi faire " dirait Kaa.

Et puis la série m’a renvoyé aux questions légitimes qu’on entend émerger ces dernières années sur la thématique d’une vie sans enfants. D’un modèle différent. Faire le choix de ne pas fonder une famille. Cela ne signifie pas être seule, juste qu’aujourd’hui pour certains, les conditions et leurs attentes ne s’accordent plus sur ce qui apparaît aux yeux du plus grand nombre comme une évidence : faire des enfants ! Au sein d’une génération anxieuse, la parole devient libre d’affirmer je ne veux pas ! Là où, sans doute à d’autres moments, il aurait été plus difficile de faire entendre cette position.

Oui, mais alors, qui va payer nos pensions, s’inquiète la société bienveillante mais attentive à ce que chacun contribue ?

Johanne n’est pas dans cette réflexion à proprement parler. Non, elle, c’est juste qu’elle prend son temps. Et elle s’attend, de la part de son entourage, qui l’aime et le lui répète à l’envie, qu’on lui laisse prendre ce temps. Sans que cela n’apparaisse comme forcément suspect, ou étrange. Et puis pourquoi cette injustice de genre, un homme de 30 ans qui n’est pas casé, on le trouve séduisant, intéressant sûrement, mystérieux par moment, exigeant sans doute, alors qu’une femme dans les mêmes conditions, est indécise, difficile, inconstante, trop exigeante, ou alors peut-être gay - ça c’est le point de vue de mamie.

Finalement, est-ce que ce ne sont pas les autres qui se précipitent ? Vivre et laisser vivre, sans juger, juste accepter sa fille, sa sœur, son amie, comme elle vient. " Tout vient à point … "

Tendances Première : Les Tendanceurs

« Home for Christmas », une série norvégienne pour célibataires ! avec Julien Gilles

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