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Belgique

Serge Kubla inculpé: Waterloo va-t-elle changer de bourgmestre ?

Les prochaines heures seront cruciales pour Serge Kubla et pour sa ville, Waterloo.
25 févr. 2015 à 07:36 - mise à jour 25 févr. 2015 à 11:06Temps de lecture5 min
Par Colette Jaspers

Celui qui a aussi été ministre wallon est soupçonné de faits de corruption, dans une affaire privée. Cela signifie que ces poursuites en justice n'ont pas de rapport avec les mandats politiques de Serge Kubla. C'est son activité dans la sphère privée qui intéresse la justice. Serge Kubla doit être à nouveau entendu ce mercredi dans le bureau du juge d'instruction bruxellois en charge de l'enquête. En attendant, son parti, le MR, le pousse à démissionner pour que Serge Kubla puisse assurer sereinement sa défense.

La balle est donc dans le camp de Serge Kubla et de son avocat qui pourrait annoncer une démission de son client. Mais pas de décision dans la précipitation, c’est ce que nous a confié, ce mercredi matin, l’avocat de Serge Kubla.

Si Serge Kubla démissionne, c'est la personne la plus populaire, après lui, sur la liste MR qui devrait prendre sa place. Autrement dit, Florence Reuter, la première échevine empêchée puisqu'elle siège actuellement au parlement wallon. Florence Reuter devrait se mettre en congé de son mandat de députée pour se consacrer à la fonction de bourgmestre. Nous avons pu la joindre ce mercredi matin par téléphone :

"La commune de Waterloo est une commune qui tourne et donc pour le moment elle continue à être gérée normalement et puis on verra. Il ne faut pas vouloir aller trop vite. Le président du MR, Olivier Chastel, ne parle pas de démission, il demande simplement que Serge Kubla remette ses mandats au parti, c'est quelque chose de normal pour faire en sorte que tout se déroule de façon très sereine".

Le collège communal de Waterloo attend une décision du juge avant de prendre attitude

Le collège communal de Waterloo n'a pris aucune décision ce mercredi matin quant à l'éventuel remplacement du bourgmestre Serge Kubla. Il confirme juste cette situation de fait, et attend de voir ce qui sera décidé par la justice au terme des auditions auxquelles le bourgmestre waterlootois sera soumis dans la journée. Mercredi soir, en fonction de l'évolution de la situation, le collège prendra attitude. Les échevins soulignent à ce stade que l'affaire ne concerne en rien les dossiers communaux.

Le collège communal waterlootois constate que personne, en ce moment, ne peut savoir quelle sera l'attitude de la justice à l'issue des auditions du bourgmestre Kubla, lesquelles doivent avoir lieu dans la journée. Une libération, par exemple, ne peut être exclue. Les échevins attendent donc la suite des événements pour décider de l'attitude à adopter en interne.

"Pour l'instant, la commune tourne. Le collège est solidaire, ému de ce qui se passe et ne connait rien du dossier. C'est une affaire qui ne concerne pas la commune de Waterloo. Nous aviserons en soirée", confirme l'échevin Yves Vander Cruysen (MR) au nom de ses collègues.

Les trois partis de l'opposition a Waterloo réclament qu'il fasse un pas de côté

Le chef de groupe cdH, Bernard Catala, voit mal un bourgmestre rester en fonction, tout étant en prison :

"Il doit très rapidement se mettre de côté de manière à ce que la commune puisse continuer à avoir une vie normale et surtout maintenant avec la préparation du bicentenaire, nous avons besoin de toutes les énergies positives pour continuer à animer cette commune phare de la Wallonie".

Du côté du Parti Socialiste, Daniel Conrath, unique conseiller communal, est inquiet pour l'image de la commune : "Ici, c’est même plus qu'une suspicion parce que l'on parle de chiffres, on parle de personnes aussi et puis il est écroué donc c'est que l'affaire ne se limite pas simplement à des présomptions. C'est très surprenant et évidemment une source de grande inquiétude pour la continuité de la commune, je ne dirais pas parce que l'on aura le premier échevin qui prendra les fonctions en attendant. On espère que monsieur Kubla fera un pas de côté, ce qui serait la moindre des choses. Nous sommes inquiets pour les manifestations de Waterloo 1815 dans 3 mois. Monsieur Kubla était quand même président de l'Asbl. Et donc ceci, je ne pense pas que ça améliorera l'image de Waterloo en général et certainement pas des événements".

Lise Jamar, conseillère communale Ecolo, souhaite également un pas de côté pour ramener la sérénité : "Nous sommes un peu sous le choc, nous avions conseil communal lundi et tout semblait normal. Nous sommes interpellés stupéfaits, choqués par les accusations qui sont portées contre monsieur Kubla. Nous attendons que la justice fasse son travail et toute la clarté sur ce dont il est accusé. Je pense aussi, que ce serait important qu'il fasse un pas de côté pour ramener la sérénité dans le travail au niveau de la commune. Je pense qu'il ne pourra pas avoir la disponibilité, ni l'esprit pour mener son travail de bourgmestre et d'échevin des travaux".

Les faits reprochés

Âgé aujourd'hui de 67 ans, Serge Kubla a été placé sous mandat d'arrêt "compte tenu des risques de collusion avec d'autres intervenants à ce stade de la procédure", précise le communiqué du parquet fédéral. Le bourgmestre de Waterloo a en conséquence été incarcéré à la prison de Saint-Gilles. Son inculpation et son arrestation ont été précédées de plusieurs perquisitions menées mardi matin par la police fédérale à la demande du magistrat instructeur.

Les faits litigieux concernent les activités en République démocratique du Congo du groupe industriel Duferco, ce dernier étant suspecté d'avoir, au travers de la corruption d'agents publics congolais, "favorisé l'évolution d'investissements importants dans le secteur du jeu et des loteries", selon le communiqué.

Ces fonds auraient été transmis au moins pour partie par l'intermédiaire de Serge Kubla, ancien ministre wallon de l’Économie. Celui-ci aurait remis 20 000 euros à l'épouse de l'ancien Premier ministre congolais, en exercice entre 2008 et 2012, Adolphe Muzito, à l'hôtel Président de Bruxelles à titre d'acompte sur une somme évaluée à 500 000 euros.

Les liens entre Serge Kubla et Duferco

Le groupe Duferco est d’origine italienne. Son quartier général est à Lugano en Suisse. C’est en 1997 que le groupe fait son apparition chez nous en se portant candidat à la reprise des forges de Clabecq.

Duferco, bien vite, élargira son périmètre d’activités vers La Louvière tout en diversifiant ses activités : logistique et transport, assainissement des sites pollués et activités immobilières.
La route du groupe Duferco croisera celle de Serge Kubla en 1999 lorsqu’il devient ministre wallon de l’Economie. C’est alors lui qui est à la manœuvre des principales étapes de la reconversion à Tubize et à la Louvière, entretenant régulièrement des contacts avec le staff du groupe Duferco.
En juin 2004, Serge Kubla quitte sa fonction ministérielle pour récupérer son mandat de bourgmestre.

Aujourd’hui la justice le suspecte donc d’avoir utilisé son carnet d’adresses pour favoriser les activités internationales de Duferco. Une affaire de pots de vin remis à un ancien premier ministre congolais lors d’un séjour à Bruxelles (voir ci-dessus).

L’enquête menée par le parquet fédéral se poursuit sous la direction du juge d’instruction financier Michel Claise.

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