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Sécheresse : où en sont nos réserves d’eau ? Quatre questions à un hydrogéologue

Pascal Goderniaux, hydrogéologue à l'UMons

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25 août 2022 à 14:43Temps de lecture2 min
Par Denis Vanderbrugge sur base d'une interview d'Emmanuel Duvivier

En cette journée spéciale sécheresse sur la RTBF, l’hydrogéologue de l’UMons Pascal Goderniaux était l’invité de l’émission Hainaut Matin sur Vivacité. Le spécialiste des eaux souterraines a fait le point sur nos réserves d’eau. Interview.

Tout d’abord, d’où vient l’eau que nous consommons au robinet ?

Pascal Goderniaux : 80% de l’eau vient du sous-sol, des nappes phréatiques, les 20% restants viennent des cours d’eau, des grands barrages… C’est une chance de pouvoir compter sur l’eau en sous-sol parce que cette ressource est moins sensible aux sécheresses estivales.

Qu’est ce qui alimente ces nappes ? Et y a-t-il un risque qu’on manque d’eau ?

P.G : On ne peut pas faire n’importe quoi avec ces ressources-là, elles ne sont pas inépuisables. Chaque année, elles se renouvellent. Pas en été, car à cette période de l’année, les précipitations ruissellent, s’évaporent ou sont utilisées par la végétation qui est en pleine activité. Par contre en hiver la végétation a besoin de moins d’eau, elle est en latence, il y a donc une partie des précipitations qui va s’infiltrer dans le sous-sol et venir réalimenter les nappes d’eau souterraines. Raison pour laquelle c’est vraiment important qu’il pleuve en hiver. Un mois de novembre qui est gris et pluvieux, ce n’est pas fun mais c’est important pour renouveler le stock.

Ces stocks sont-ils importants avec les pluies et les inondations de 2021 ?

P.G : L’année passée était un peu particulière. Normalement, les précipitations de l’été ne renouvellent pas les stocks d’eau souterraine. 2021 a fait exception parce qu’il a beaucoup plu, mais c’est la première fois que je voyais ça de ma carrière. Ensuite, nous avons eu un hiver qui a été très pluvieux. Les nappes se sont donc bien réalimentées. Et ça, c’est une chance, parce qu’on a entamé la saison estivale avec des ressources en eau souterraine qui étaient à des niveaux corrects voire bons. Et donc ça permet d’atténuer le choc.

C’est d’autant plus important avec la sécheresse qui frappe cet été ?

Pour l’alimentation en eau potable on peut effectivement compter sur ces réserves-là. Restons quand même vigilants parce que la situation est très tendue. Il y a toute une série de captages sur lesquels on ne peut plus compter.

Mais à côté de ça, le manque de pluie reste néanmoins catastrophique pour l’agriculture. Pour l’instant, en Belgique, on pratique assez peu l’irrigation au niveau des cultures, comme c’est le cas en France où on voit ces champs qui sont arrosés. Peut-être que dans le futur on la pratiquera plus. Et si c’est le cas, il va falloir bien gérer ça. Si on pratique l’irrigation, il faudra plus d’eau. Si on s’appuie plus sur les eaux souterraines, ça va augmenter la pression. Il faudra alors veiller à ce qu’il y en ait pour tout le monde.

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