Immobilier

Se loger à New York après la pandémie : mission quasi impossible pour les locataires

Se loger à New York après la pandémie : mission quasi impossible pour les locataires.

© Alexander Spatari

11 août 2022 à 08:30Temps de lecture3 min
Par RTBF avec AFP

Louer un logement à New York a toujours été un sport de combat. Mais depuis la sortie de la pandémie, c'est mission quasiment impossible pour de nombreux locataires face à une flambée des prix sans précédent.

La propriété inaccessible aux classes moyennes

Au printemps, où se renégocient les baux, Paula Sevilla, une jeune femme espagnole, et ses colocataires se sont vu imposer une augmentation de 800 dollars par mois pour rester dans leur appartement partagé de Brooklyn, le plus grand et le plus à la mode des cinq arrondissements de New York.

Elles se mettent alors en quête effrénée d'un nouveau chez-soi : après deux mois de visites (souvent des logements sans fenêtre, à la limite de l'insalubrité), de longues files d'attente et des dossiers de candidature toujours plus exigeants, elle sont sélectionnées pour un trois-pièces pour 3000 dollars par mois. "Il nous est arrivé de 'perdre' un appartement pour avoir candidaté... quatre minutes trop tard", raconte l'Espagnole de 26 ans, New-Yorkaise d'adoption.

Pour les classes moyennes, exclues du marché de l'achat, trouver la perle rare à louer a toujours été une gageure dans cette ville mythique aux criantes inégalités socio-économiques

La demande fait flamber les prix

Après une petite accalmie en 2021, à la sortie de la pandémie de Covid-19 qui avait mis la mégapole à genoux et fait fuir des dizaines de milliers de familles, les prix à la location ont bondi sur un an de 20,4% au deuxième trimestre cette année, selon le site immobilier StreetEasy.

Les propriétaires (parfois des fonds d'investissements dissimulés derrière des agents immobiliers et autres "brokers") exigent un salaire annuel représentant 40 fois le loyer mensuel, aucune dette, des relevés bancaires et feuilles d'impôts presque parfaits.

Paula Sevilla gagne 75.000 dollars par an, légèrement au-dessus du salaire médian à New York. Mais pas assez pour louer seule.

Les locataires doivent aussi parfois s'acquitter de commissions aux agents représentant un mois de loyer, voire 15% du coût annuel.

Il faut ajouter un contexte économique inflationniste, la piètre qualité de construction des immeubles en termes d'isolations thermique et phonique, notamment à Brooklyn et dans le Queens, et une pénurie chronique de nouveaux logements dans une mégapole de 8,5 millions d'âmes. Il en manquait 340.000 en 2019 pour toute l'agglomération new-yorkaise selon le centre de recherche de Washington Up For Growth. Il y a "trop de clients et pas assez d'appartements", résume tout simplement Miguel Urbina, un agent immobilier.

Des loyers "stabilisés" ?

La municipalité de New York (ville qui penche à gauche) a imposé des loyers "stabilisés" pour un million de logements et deux millions de locataires. Mais les prix, qui dépendent d'un vote du conseil municipal à majorité démocrate, ne sont pas pour autant bloqués.

Sous le, très à gauche, maire Bill de Blasio (2014-2021), les loyers "stabilisés" n'ont augmenté que de 1,5% sur un an. Sous son successeur de l'aile droite du parti démocrate, l'ancien policier afro-américain Eric Adams, les prix sont en train de grimper comme jamais depuis au moins dix ans : de +3,5% à +5% en juin sur un an.

"Une charge financière faramineuse"

A Manhattan, une famille consacre 55% de ses revenus pour se loger. Le taux atteint 60% à Brooklyn et 43% dans le populaire Queens, selon des données de StreetEasy, qui dénonce "une charge financière faramineuse".

Manhattan offre de petits appartements pour 5000 dollars par mois en moyenne, explique Gea Elika, agent immobilier.

On y trouve aussi des duplex géants avec terrasses autour de Central Park sur la célébrissime 5e avenue proposés à... 140.000 dollars par mois.

De quoi pousser les classes moyennes et les jeunes générations vers des quartiers plus défavorisés où vivent les communautés afro-américaines, hispaniques et asiatiques, alimentant la gentrification

Et les perspectives sont sombres : la "skyline" de Manhattan, qui change presque à vue d’œil, concentre la construction de gratte-ciel de bureaux et d'appartements de luxe. Et malgré des chantiers à Brooklyn, dans le Queens et le New Jersey de l'autre côté du fleuve Hudson, personne n'envisage un ralentissement des prix.

Sur le même sujet

Bien-être animal : menace sur les calèches de New York

Environnement

Les véhicules devront payer 23 dollars pour circuler dans New York

Voyages

Articles recommandés pour vous