Economie

Se déconnecter des réseaux de gaz et d'électricité, une fausse bonne idée ?

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10 oct. 2022 à 13:59 - mise à jour 11 oct. 2022 à 11:51Temps de lecture4 min
Par Michel Gassée avec Céline Biourge et Nicolas Buytaers

Avec l’envolée spectaculaire des prix de l’énergie et des factures stratosphériques pour le gaz et l’électricité, certains consommateurs se demandent s’il est possible mais aussi opportun de tout simplement se déconnecter des réseaux. Etat des lieux en trois questions.

1. Est-ce que c'est possible?

Techniquement, oui, il est parfaitement possible de se déconnecter totalement des réseaux de distribution de gaz et/ou d’électricité. "Tout ménage peut effectivement demander à faire fermer l'alimentation d'électricité ou l'alimentation de gaz, explique Pascal Misselyn, directeur de Brugel, l'Autorité bruxelloise de régulation dans les domaines de l'électricité, du gaz et du contrôle du prix de l'eau. C'est une simple démarche à aller faire chez le gestionnaire de réseau."

Démarche qui reste néanmoins extrêmement rare. Exemple concret : Ores. Le principal gestionnaire wallon de réseaux de distribution pour l’électricité et le gaz naturel indique que "de manière générale, nous n’observons pas de demandes de clients qui demandent à se déconnecter du réseau électrique et/ou gaz", tout en précisant qu’"il y a bien quelques cas isolés de clients qui se rétractent par rapport à une demande de raccordement gaz (lorsque le raccordement n’est pas encore réalisé), mais ce sont des cas isolés et peu nombreux".

La situation est similaire chez Sibelga, le gestionnaire des réseaux de distribution d'électricité et de gaz naturel pour les 19 communes de la Région de Bruxelles-Capitale.

2. Est-ce que c'est souhaitable?

Tout dépend évidemment du contexte qui pousserait tel ou tel ménage à se déconnecter des réseaux de fourniture de gaz et/ou d’électricité. S’il s’agit d’investir dans un système de chauffage central fonctionnant exclusivement au bois ou aux pellets, pourquoi pas ? Mais c’est un investissement lourd et, en plus, il faut avoir beaucoup de place pour stocker les bois de chauffage (ou les pellets si on choisit cette solution). Sans oublier que les prix du bois et des pellets s’est également envolé ces derniers mois. Autre solution pour "quitter" le gaz : installer une chaudière à mazout. Le prix du gasoil de chauffage a certes augmenté lui aussi, mais moins que le gaz. Cela dit, comme pour le bois, l'investissement dans une nouvelle chaudière est en soi loin d'être négligeable et en tout cas pas à la portée de tous les ménages. 

En revanche, s’il s’agit de couper l’arrivée du gaz pour le remplacer par des systèmes de chauffage d’appoint dans l’espoir de faire des économies sur les factures d’énergie, c’est une tout autre histoire… "Le risque, avertit Pascal Misselyn (Brugel), c'est de tomber dans une précarité encore plus forte. Comment est-ce qu'on va vivre décemment sans électricité, sans gaz? Ou alors ces ménages vont utiliser des solutions qui, moi, me font penser au 19e siècle, comme des poêles à mazout ou au pétrole. Ce sont des poêles qui sont dangereux, il faut faire très attention ! Il y a une très grosse différence entre, d’un côté, acheter un poêle pour avoir un appoint pendant les intersaisons, histoire de se réchauffer un peu quand il y a un gros coup de froid et, de l'autre côté, utiliser le poêle de façon structurelle et n'avoir que ça comme système de chauffage. Parce que là, on est quand même dans une situation de grande précarité ".

Nicolas Poncin, coordinateur du service Infor Gaz Elec au Collectif Solidarité Contre l'Exclusion, a bien vu passer quelques personnes qui ont décidé de se passer de gaz. Pour lui aussi, le recours à des poêles à pétrole ou à des petites chaufferettes au gaz est/serait une décision désastreuse : "Au niveau sanitaire et de la sécurité du logement, dit-il, c’est effectivement une catastrophe, il n’y a généralement pas de système d’évacuation des fumées et, en plus, ces chauffages d’appoint sont souvent utilisés dans des logements qui ne sont pas suffisamment aérés. Nous les déconseillons très fortement." En revanche, Nicolas Poncin conseille de maintenir le contrat de fourniture de gaz, de chauffer moins et, bien sûr, d’activer tous les leviers d’aide disponibles pour la prise en charge de la facture (tarif social, CPAS, etc.).

3. Et ceux qui produisent déjà leur propre électricité ?

D’un point de vue purement technologique, oui, il est possible de se déconnecter – ou de ne pas se connecter – au réseau de distribution d’électricité.

Encore faut-il disposer d’une installation suffisamment puissante pour couvrir toute la consommation du ménage pendant toute l’année, de jour comme de nuit. Bref, être totalement autonome, ce qui suppose notamment une capacité de stockage considérable de l’électricité. Autrement dit, avec une batterie classique, qui va tout de même coûter entre 4000 et 10.000 euros installation comprise, on ne va à peu près nulle part…

On aura encore besoin de prélever de l’électricité sur le réseau et d’y injecter l’électricité excédentaire produite par exemple en plein été. Avertissement de Test-Achats: "Surtout, ne pensez pas que vous allez pouvoir emmagasiner l’électricité excédentaire de l’été pour la consommer en hiver. Le contenu d’une batterie électrique ne vous aidera qu’un ou quelques jours tout au plus".

Ce qui amène Pascal Misselyn (Brugel) à cette conclusion : "Les investissements qui devront être faits [pour se déconnecter des réseaux] sont quand même très élevés et il faudra les amortir sur cinq, dix voire quinze ans. Donc le choix économique ne me semble pas si évident que cela, sauf si on est très pessimiste et qu'on se dit que les prix de l'énergie vont rester élevé pendant dix ans. Mais ça, je ne le pense pas."

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