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Scandales alimentaires, la panique est-elle de mise ?

Tendances Première : Le Dossier

Scandales alimentaires, la panique est-elle de mise ?

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Pizza, chocolat, les deux derniers scandales alimentaires, abondamment traités dans la presse, peuvent laisser penser que le monde de l’agroalimentaire est devenu fou et que la sécurité alimentaire défaille. Or, les systèmes de contrôles sont plutôt bien en place chez nous. En attestent les communications régulières de l’AFSCA et la législation plutôt solide en la matière. C’est en tout cas l’avis de Katia Lentz, avocate spécialisée dans l’agroalimentaire.

On a connu ces derniers mois plusieurs problématiques liées à l’industrie agroalimentaire. Il faut pourtant savoir que l’Europe est bien placée en termes de sécurité alimentaire et de législation en la matière, et que de multiples contraintes pèsent sur cette industrie.

"De la fourche à la fourchette, de l’étable à la table"

"On dit généralement que l’on est les meilleurs élèves mondiaux en termes de sécurité alimentaire", se réjouit l’avocate Katia Lentz. Depuis plus de 20 ans, on a un corpus législatif appelé le droit alimentaire, dédié à ce risque zéro promis aux consommateurs à la fin des années 90.

Les entreprises tout au long de la chaîne alimentaire sont ainsi solidairement responsables - "de la fourche à la fourchette, de l’étable à la table" – pour garantir ce risque zéro lors du placement sur le marché. La traçabilité est aussi un élément important de la législation.

"C’était la réponse des institutions, aussi bien européennes que nationales, à la suite des crises, dont la crise de la vache folle est l’un des exemples les plus patents. Les crises, à mon sens, on ne peut pas les éviter, c’est un peu la faute à pas de chance, mais en tout cas, on en tire à chaque fois des leçons. On a toujours renforcé un dispositif, on a amélioré une transmission d’informations, on a créé un organisme supplémentaire, on a vérifié que tout fonctionnait bien dans les retraits, les rappels…. Chaque crise apporte ainsi son lot d’améliorations."

Beaucoup de ces mécanismes existent donc depuis les années 2000. Ce qui manquait, c’était l’immédiateté, la rapidité et la fluidité de la circulation d’informations, précise Katia Lentz. "On peut mettre en place des mécanismes, mais si les Etats membres ne pensent pas à les utiliser…". On aurait notamment pu mieux faire, en Belgique, lors de l’affaire des œufs contaminés au fipronil.

Autocontrôle, autoresponsabilisation

Les mécanismes mis en place visent à identifier les problèmes selon la démarche HACCP. C’est la méthode utilisée par la Nasa, qui consiste en un check-up basé sur 7 points de contrôle. L’idée est de s’autocontrôler, et, dans une démarche évolutive, de toujours évaluer les points à risque. On fait reposer sur chaque opérateur de la chaîne alimentaire la responsabilité d’identifier les risques et d’y apporter une action corrective.

Les entreprises ont d’ailleurs tout intérêt à faire leur maximum au niveau des contrôles, puisqu’elles sont, les premières, très fortement impactées par la moindre crise, souligne Katia Lentz.

"Aucune entreprise n’a envie d’être exposée dans la presse et d’avoir une aussi mauvaise publicité, parce qu’on ne peut jamais calculer sur le temps l’impact, en termes d’image, de la perte de crédibilité, de la perte de confiance du consommateur, confiance qui peut ne jamais revenir."

L’arbitrage est délicat pour l’entreprise : à partir de quand considère-t-on qu’il faut monter une cellule de crise ? Cette décision est laissée à son appréciation. Entre la gestion d’une production jusqu’à la perfection, avec ses petits soucis, ses doutes, ses retraits-rappels, et le démarrage de ce qu’on pourrait appeler une crise, c’est à l’entreprise de mettre son curseur. Et c’est là la difficulté.

Getty Images

Les retraits-rappels de produits

Lorsque l’entreprise prévient la grande distribution qu’un souci est manifestement apparu dans un lot de produits, on parle de retrait. L’administration est immédiatement informée.
La mesure qui va au-delà en termes de gravité, c’est le rappel des produits qui sont déjà dans le placard ou le réfrigérateur, via les annonces télé, radio qui invitent à ramener et à ne pas consommer les produits.
S’il y a rappel chez le consommateur, c’est qu’il y a déjà retrait des rayons.

De nombreux produits sont rappelés chaque semaine. Les fiches de l’AFSCA (Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire) précisent chaque fois pourquoi le produit est rappelé. Ce n’est pas toujours pour un soupçon de présence de bactérie, cela peut être un problème d’emballage, une erreur d’étiquetage,… C’est régulier et ce n’est pas toujours relayé dans la presse.

On ne parle de retraits-rappels que quand les produits sont sortis de l’usine, mais ce contrôle se fait tout au long du process de fabrication : une étiquette mal collée, un ingrédient douteux, une machine interrompue… C’est vraiment une démarche permanente d’identification du problème, de traçabilité de tout ce qui rentre et de tout ce qui sort, de mesures correctives au bon moment, explique Katia Lentz.

"Le fait qu’il existe ces retraits-rappels, le fait qu’ils soient publiés, qu’ils soient publics, accessibles, en temps réel, ça ne doit pas alarmer, ça doit rassurer !

Cela veut dire qu’on les retire du marché, en temps réel, que ce soit pour de toutes petites choses ou pour des raisons beaucoup plus graves. "Or, ce qui est un peu agaçant, c’est qu’on met tout ça sous le terme très générique de crise sanitaire. Souvenez-vous de la viande de cheval, c’était aussi une crise sanitaire… pour un problème d’étiquetage !"

Ferrero, Buitoni, deux choses différentes

"Ferrero, Buitoni, je dirais que ça n’a rien à voir, affirme Katia Lentz. C’est deux choses tout à fait différentes. C’est simplement la concomitance qui fait qu’on en parle et le fait que ce soit deux grandes marques."

Ferrero, c’est un problème décelé en temps réel dans l’entreprise, durant le process de fabrication. On retire les lots, on n’en retire pas suffisamment, certains ont déjà été expédiés en Angleterre, France, Australie… Mais le problème est identifié.

Buitoni, ça n’a rien à voir : des gens tombent malades. Ce sont les services sanitaires français qui se sont alertés de cette récurrence et de cette fréquence de cas un peu identiques. Les hôpitaux informent. On constate quelque chose et ensuite il faut investiguer, établir un lien entre ces différents cas et en trouver l’origine. Buitoni se voit reprocher de n’avoir rien décelé en interne au niveau d’un éventuel problème de fabrication.

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