Salaire trop faible ou coût de la vie trop élevé?

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29 mars 2021 à 21:02 - mise à jour 29 mars 2021 à 21:23Temps de lecture3 min
Par Hugues Angot

Des syndicats satisfaits du mouvement de grève, un patronat consterné.  Une grande variété de secteurs se sont mobilisés pour cette journée de grève nationale. Commerce, grande distribution, transport, industrie... La mobilisation syndicale a été orchestrée par la CSC et la FGTB pour protester contre la norme salariale qui empêche les salaires d’augmenter de plus de 0,4% (en plus de l’indexation automatique des salaires) pendant les deux prochaines années.  Pour faire le point sur le sujet, QR le débat a reçu Etienne de Callatay, économiste à l'UCLouvain et Philippe Donnay, commissaire au Plan.

Une grève au mauvais moment?

Ce n'est jamais le bon moment de faire grève, estime Etienne de callatay. "Une grève est toujours une forme d'échec, puisque c'est forme de communication"violente". Cette grève révèle en tout cas que la norme salariale fixée par la loi de compétitivité créée en 1996, établit la norme salariale de manière uniforme alors que avec ce que nous vivons, nous constatons combien les secteurs vivent cette crise de manière hétérogène".

Pour Phlippe Donnay, cette grève est prématurée, en effet, la négociation n'aurait pas encore réellement commencé. Par ailleurs, le commissaire au Plan estime que même si des secteurs s'en sortent mieux que d'autres, la situation économique et financière est aussi très disparate au sein d'un même secteur.

Salaires trop faibles?

La marge de négociation pour cette accord interprofessionnel est fixée à 0,4%. Bien trop faible, disent les syndicats au regard des dividendes distribués aux actionnaires. Philippe Donnay rappelle que le fameux 0,4% n'est pas l'unique système qui permet d'accroître son salaire:" En Belgique, il y a deux autres étages à la fusée. Vous avez aussi l'indexation automatique des salaires et les augmentations barémiques. Si ce chiffre de 0,4% est faible, c'est parce que la productivité chez nous n'évolue quasi plus, et donc la valeur ajoutée n'augmente plus et le gâteau est donc difficile à partager". Il n'empêche cette marge est considérée trop limitée, d'autant plus si le salaire de départ est lui aussi peu élevé. Alors, ne faudrait-il pas envisager une augmentation forfaitaire pour tous les travailleurs, peu importe leur salaire? Pour Etienne de Callatay, ce souhait d'un montant fixe plutôt qu'un pourcentage est légitime. Guy Quaden, l'ancien gouverneur de la Banque nationale s'était d'ailleurs prononcé en faveur de l'application d'une telle formule en ce qui concerne l'indexation salariale.

Une hausse des salaires pour relancer l'économie?

Si l'on compte sur une hausse des salaires pour booster notre économie, il y aurait lieu d'envisager de le faire au niveau mondial, estime Etienne de Callatay. "Décider d'une augmentation de salaires juste au niveau belge aurait un impact limité sur l'économie. Nous avons une petite économie très ouverte et nous achetons énormément de produits en France, en Allemagne, en Espagne ou en Italie... Autre élément, beaucoup de gens ont été en quelque sorte forcés d'économiser, et donc l'augmentation des salaires n'est pas vraiment nécessaire pour stimuler la consommation chez nous".

Toujours baisser les salaires au nom de la compétitivité

L'économie mondialisée met très clairement la pression sur un certain nombre de salaires admet Philippe Donnay. "Pour tous les produits standardisés avec un processus de production standard, la pression étrangère sur les salaires est bien réelle. C'est pour cette raison que la Belgique doit investir dans la recherche et le développement, et avoir du personnel plus qualifié".

Coût de la vie trop élevé?

Pour Etienne de Callatay, il y a très certainement de choses à faire pour diminuer ce coût de la vie. "L’État pourrait et devrait diminuer les cotisations sociales et revoir son système de taxation. En diminuant les cotisations sociales, le travail serait plus accessible et plus compétitif. Du côté des entreprises, elles devraient accepter plus de concurrence. En Belgique, nous souffrons d'un déficit de concurrence. Il y a trop d'ententes ou de collusions... Regardez ce que nous payons pour notre téléphone par exemple. Enfin, les consommateurs peuvent aussi agir, en faisant directement fonctionner la concurrence. Changer de fournisseur d'électricité, changer de grande surface..."

Trop de taxes?

Diminuer les taxes, ne serait-ce pas là la solution? Pour Etienne de Callatay, vu le contexte actuel, il faut se préparer à une certaine discipline budgétaire. "Nous avons creusé le déficit de manière sensible, on ne peut donc pas se permettre de diminuer les taxes, à moins de diminuer les dépenses". Philippe Donnay ajoute que la Belgique est l'un des pays les plus taxés, mais c'est aussi parce que nous avons beaucoup de dépenses publiques. Et les dépenses publiques sont surtout liées aux fonctionnaires qui sont nécessaires dans les hôpitaux et dans la sécurité sociale en générale.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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