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Saint-Valentin 2022 : à l’heure où amour rime avec révolution, la jeune génération s’interroge sur ses relations

Hétéro, homo, en couple libre, polyamour… faut-il ranger nos relations dans des cases ? C’est le genre de questions que se pose la jeune génération en 2022.
14 févr. 2022 à 05:30 - mise à jour 14 févr. 2022 à 05:54Temps de lecture4 min
Par Marie-Laure Mathot

La Saint-Valentin, la fête de l’amour. Oui mais lequel ? Les ouvrages interrogeant nos relations affectives se succèdent ces derniers mois. Et les questions fleurissent à mesure que les tabous se décomposent. Y compris dans la jeune génération.

"Toutes les relations sont différentes parce que – spoiler alert – nous sommes tous et toutes différentes." Lola fait partie des jeunes qui se sont lancés dans l’aventure "Moules Frites" de l’asbl O’Yes (Organization for Youth Education & Sexuality). Elle y fait le point sur les "cases" dans lesquelles on range nos relations affectives.

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Voilà le genre de questions auxquelles a voulu répondre O’Yes depuis le lancement de cette chaîne digitale de vidéos et de podcasts il y a un an. Si l’asbl a pour mission de sensibiliser à la santé sexuelle chez les jeunes, elle a élargi son prisme à toutes les questions que se posent les ados et jeunes adultes sur leurs relations affectives.

L’occasion d’avoir des débats sur ce que représente l’amour

"Nous voulons proposer des alternatives, explique Lola Dubrunfaut de l’asbl O’yes. Tout comme la Saint-Valentin n’est pas juste une fête commerciale où aimer égale acheter un cadeau, cette fête peut être l’occasion d’avoir des débats sur ce que représente l’amour et plus globalement nos relations affectives. L’occasion de se demander : qu’est-ce que j’aime ? Qu’est-ce que tu aimes ? C’est quoi le consentement ? Qui a la charge mentale dans notre couple ? Quel choix fait-on par rapport à ce constat ?"

Des questions que se pose la jeune génération après la vague de libération de la parole #MeToo qui a été suivie par d’autres mouvements comme #BalanceTonBar plus récemment.

Un lieu "safe" pour en parler

"Ces questions, les jeunes se les posent depuis très longtemps, analyse Lola Dubrunfaut. Aujourd’hui, des espaces commencent à exister pour parler de ces thématiques. C’est notamment pour cela qu’il existe plein de comptes sur Instagram dont Moules Frites en Belgique pour donner cet espace aux jeunes. On nous demande souvent si on a du mal à trouver des jeunes pour parler de ces thématiques mais absolument pas car il s’agit d’un lieu sécurisé, bienveillant et avec des professionnels autour pour encadrer."

On est donc loin des émissions de radio destinées aux jeunes programmées tard le soir dans les années 90 et 2000 et qui étaient souvent moqueuses. Ici, l’idée est d’y répondre pour que chacun se sente respecté. La question du consentement dans les rapports sexuels est d’ailleurs souvent abordée. Une manière de responsabiliser les agresseurs suite aux dérives dénoncées par des mouvements comme #balancetonbar.

"Cette question est devenue centrale, confirme Lola Dubrunfaut. Tout le monde sait grosso modo ce que veut dire 'le consentement' mais en pratique, l’appliquer n’est pas toujours si évident que cela. Il faut parfois déconstruire des modèles relationnels et c’est quelque chose de très présent dans les questionnements chez les jeunes."

Un mouvement plus large, une "révolution"

Le stéréotype du bad boy ultra-viril est remis en question. La princesse n’attend plus d’avoir beaucoup d’enfants car elle sait la charge mentale et la lessive que toute cette marmaille va provoquer.

Ces déconstructions font partie d’un mouvement féministe plus global avec des ouvrages qui cartonnent comme le Cœur sur la table de la journaliste française Victoire Tuaillon.

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Elle y propose de "révolutionner l’amour". Dans le premier épisode par exemple, elle parle de ces stéréotypes sur l’Amour avec un grand A. "On a tou·tes grandi avec l’idée que la relation de couple était l’ultime idéal amoureux, quel·le·s que soient notre genre ou notre sexualité. Ce modèle comporte des étapes censées nous mener au mariage, à la parentalité, à la propriété – ce qu’on appelle 'l’escalator relationnel'. L’amour ne peut-il être vécu que dans ce schéma ?"

L’amour devient ainsi un véritable "champ de bataille politique" comme le titrait le journal Le Monde en octobre dernier. L’idée est de dénoncer les inégalités de genre dans les relations hétérosexuelles tout comme le fait l’autrice française Mona Chollet dans Réinventer l’amour, autre carton depuis un an.

Mona Chollet : "Réinventer l'amour. Comment le patriarcat sabote les relations hétérosexuelles"

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On pourrait également citer les bandes dessinées de la Suédoise Liv Strömquist, nommée docteure honoris causa à l’UCLouvain l’an dernier. La rose la plus rouge s’épanouit parle par exemple de l’engagement et de l’investissement personnel et émotionnel dans la construction d’une relation de couple. Et bien d’autres encore.

L’importance de l’EVRAS

Un mouvement au départ féministe mais qui fait tache d’huile, notamment donc chez les jeunes et via l’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle. Des cours qui sont censés être obligatoires dans les écoles de la fédération Wallonie Bruxelles depuis 10 ans. Des cours qui font également partie des missions de l’asbl O’Yes.

Il n’y a que 15% des jeunes qui ont entendu parler de l’Evras

"Mais aujourd’hui, le constat est qu’il n’y a que 15% des jeunes en Wallonie et à Bruxelles qui ont entendu parler de l’Evras à l’école, explique Lola Dubrunfaut. Ce n’est pas grand-chose or il faut que tous les jeunes aient accès à ces informations. Et même ceux qui y ont eu droit, les sessions restent limitées en termes d’heures. Or, ce qu’on a remarqué, c’est que les jeunes veulent du pratico-pratique, des réponses à leurs questions au quotidien."

Est-ce normal que mon/ma partenaire regarde mes messages dans mon téléphone ? Suis-je obligée de m’épiler les parties intimes pour lui faire plaisir ? Est-ce mal d’envoyer un 'nude' ? Suis-je obligé de n’aimer qu’un seul genre ? Les thématiques sont larges : de la représentation des corps à l’égalité dans une relation en passant par les infections sexuellement transmissibles.

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À regarder les vidéos et écouter les podcasts de Moules Frites de plus près, les jeunes semblent avoir trouvé leurs réponses à leurs questions. De quoi créer une génération plus éclairée que les précédentes ? "Certainement, selon Lola Dubrunfaut. En prenant la parole, en posant toutes ces questions et en ayant les réponses en retour, ça permet de prendre le temps de se découvrir chacun, d’identifier ses besoins, ses plaisirs, de voir les différents schémas qui peuvent exister et de choisir celui qui lui correspond le mieux."

"Selon nous, s’il y avait beaucoup plus d’Evras à l’école, continue Lola Dubrunfaut, et s’il y avait plus d’espaces tels que Moules Frites, ça permettrait d’éviter plein de dérives et que chacun puisse devenir plus responsable de ses actes et se rende compte de l’impact que cela peut avoir sur l’autre." Une réflexion qui pourrait bien inspirer aussi les moins jeunes.

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