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« Saint Omer », un film signé Alice Diop sur un procès pour infanticide d’une sensibilité et d’une intelligence rares, basé sur un fait divers tragique

© Copyright SRAB FILMS ARTE FRANCE CINÉMA 2022

29 nov. 2022 à 05:00Temps de lecture2 min
Par L'Agenda Ciné

Le premier long-métrage de fiction d’Alice Diop, réalisatrice de documentaires de nombreuses fois primés, nous fait vivre ici, quasi en temps réel, l’authentique procès qui a inspiré son film. Des comédiennes impressionnantes de justesse pour un film qui a été choisi pour représenter la France aux prochains Oscar.

Le mal de mère

Jeune romancière d’origine africaine, Rama est enceinte. Elle assiste au procès de Laurence Coly, une étudiante sénégalaise jugée pour avoir tué son très jeune enfant. Laurence souffrait apparemment d’une grave dépression mais son geste, horrible, reste difficilement compréhensible.

Contre toute attente, les certitudes de Rama vont être constamment bousculées durant le procès. La parole de l’accusée et l’écoute des témoignages viennent en effet faire vaciller ses vérités intimes et redessinent son jugement, notamment sur son rapport à la maternité

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Une histoire universelle

Réalisatrice française d’origine sénégalaise venue du documentaire, Alice Diop signe avec Saint Omer son premier long métrage de fiction. Brillamment coécrit en compagnie de la romancière Marie NDiaye, qui avait remporté le Prix Goncourt en 2009 pour son livre Trois Femmes puissantes, le film s’inspire d’un fait divers tragique qui s’est déroulé sur une plage du Pas-de-Calais en 2013. Fabienne Kabou y avait en effet abandonné sa fille de 15 mois à la marée montante. Elle a été condamnée en 2017 pour infanticide.

À travers l’appropriation fictionnelle de cette terrible tragédie du réel, la cinéaste entend raconter l’histoire universelle de toutes les femmes, noires et mères : leurs difficultés liées à leur couleur de peau, la charge mentale liée à leur parentalité, le difficile héritage de leur histoire familiale…

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Le pouvoir des mots

Saint Omer arrive sur nos écrans déjà couvert de récompenses et de louanges. Prix Jean Vigo, Prix du Jury au Festival de Valenciennes, Grand Prix du meilleur film à Gand, Lion du Futur du Meilleur Premier Film et Grand Prix du Jury lors de la dernière Mostra de Venise… Le film a en outre été choisi cette année pour représenter la France aux Oscars.

Ces nombreuses distinctions sont cent fois méritées. En filmant les visages des personnes présentes au procès et en captant leurs émotions les plus subtiles, Alice Diop cherche constamment à sublimer le réel pour tenter de découvrir la vérité profonde qui se dissimule sous le masque des apparences. Elle se met d’évidence elle-même en scène dans la peau de Rama, la romancière qui assiste aux débats et tente désespérément de comprendre qui est la femme qui se cache derrière ce sordide infanticide.

Cette volonté absolue de compréhension humaine, au-delà de toute forme de jugement personnel, est la grande qualité de Saint Omer. Elle se traduit à l’écran par une mise en scène limpide de la parole et de l’écoute. Le pouvoir et la force des mots résonnent ainsi dans chaque plan du film. Tout comme l’importance des regards et des non-dits.

Saint Omer est assurément un magnifique film à ne rater sous aucun prétexte !

Saint Omer

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