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Sabra et Chatila : 40 ans plus tard, toujours aucune condamnation pour le massacre de réfugiés palestiniens

Sabra et Chatila : 40 ans plus tard, toujours aucune condamnation pour le massacre de réfugiés palestiniens. Image d’archive.
17 sept. 2022 à 11:46Temps de lecture4 min
Par Mathieu Van Winckel

Le massacre va durer trois jours. Du 16 au 18 septembre 1982. Des centaines, voire des milliers de morts civils dans le camp de réfugiés palestiniens Chatila et le quartier de Sabra à Beyrouth. Le tout, sous les yeux de l’armée israélienne qui ne lèvera pas le petit doigt pour faire cesser les atrocités. Les premiers photographes et journalistes qui parviennent à s’infiltrer dans les ruelles ne savent plus comment décrire l’horreur. Les journaux télévisés préviennent leurs téléspectateurs. "Les images sont très dures, voici le récit d’un massacre la nuit dernière", lance Patrick Poivre D’Arvor dans le journal de TF1, le soir du 18 septembre.

Le monde est horrifié par ces corps qui s’entassent. Des hommes, des femmes, des enfants. Les témoignages effrayants s’accumulent. Des hommes armés ont tué, violé, amputé sans ménagement pendant trois longues journées. Ces hommes, étaient des Phalangistes chrétiens, un groupe armé allié d’Israël. Les victimes sont pour la plupart palestiniennes. Ce massacre va devenir un symbole de la résistance palestinienne et un jour noir dans l’histoire libanaise. Quarante ans plus tard, les plaies de Sabra et Chatila ne sont toujours pas refermées.

Guerre civile libanaise et intervention israélienne

En 1982, le Liban est en guerre civile depuis déjà plusieurs années. Les tensions, la haine entre chrétiens et musulmans est à son paroxysme. Plusieurs massacres ont déjà eu lieu depuis le milieu des années septante. L’histoire ne l’a pas retenu avec autant d’attention que Sabra et Chatila mais en 1976 déjà, des factions chrétiennes rentrent dans le camp de Tel al-Zaatar. Un massacre là aussi. 2000 personnes perdent la vie. Quelques mois plus tôt, ce sont les Palestiniens qui avaient massacré tous les habitants chrétiens de la ville de Damour.

En 1982, tout est en place pour une nouvelle explosion de haine. Le 6 juin, Israël lance l’opération "Paix en Galilée". L’Etat hébreu se donne comme mission "d’en finir avec les terroristes palestiniens et l’Organisation de Libération de la Palestine, l’OLP". En face, On parle plutôt de résistance face à Israël.

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Les forces israéliennes vont bombarder Beyrouth avec du phosphore et du napalm. Le total des victimes de cette guerre s’élève à 10.000 morts. Alors sous la direction des États-Unis, les combattants palestiniens de l’OLP vont accepter de quitter Beyrouth. Les images montrent des bateaux remplis de combattants qui prennent le large vers les côtes africaines. Les civils devaient être protégés par une force internationale. Mais Israël ne respectera pas l’accord et avancera ses troupes jusqu’aux portes des quartiers ouest où se trouvent les Palestiniens qui n’ont plus l’OLP pour les défendre.

Le 14 septembre 1982, le président libanais, Bachir Gemayel, à la tête des forces chrétiennes est assassiné. C’est l’étincelle dans un baril de poudre. Les Phalangistes chrétiens vont monter une expédition punitive dans les quartiers et camps palestiniens. L’armée israélienne les laissera passer et l’horreur s’affichera en Une de tous les journaux.

Sabra et Chatila : 40 ans plus tard, toujours aucune condamnation pour le massacre de réfugiés palestiniens. Photo d’archive.
Sabra et Chatila : 40 ans plus tard, toujours aucune condamnation pour le massacre de réfugiés palestiniens. Photo d’archive. AFP

Qui sont les responsables ?

Les auteurs du massacre sont connus. Elie Hobeika en tant que chef des milices chrétiennes d’abord. Mais plus haut ? Qui a ordonné ou laissé faire ce massacre ? La veille, un haut responsable de l’État-major israélien se rend au siège des phalangistes pour ordonner l’attaque sur les quartiers palestiniens qui "regorgent encore de combattants de l’OLP qui ont refusé de partir", selon Israël.

Nos chefs ont-ils bien reçu le message ?

Des rapports préviennent. Les phalangistes risquent de commettre des exécutions de civils. Des voix s’élèvent déjà pour conseiller plutôt une intervention de l’armée libanaise. Et alors que les informations qui confirment un massacre en cours remontent dans l’Etat-major israélien, personne ne réagit. Des soldats israéliens sur place sont témoins d’exécutions. Ils veulent prévenir. Il y a ce soldat qui demande "si nos chefs ont bien reçu le message" mais la réponse est sans équivoque. Ordre est donné de ne pas interférer.

Sous pression américaine, les Phalangistes vont quitter les lieux emportant avec eux des centaines de cadavres dans des camions. Ce qui va rendre le décompte des morts hasardeux. Le bilan varie entre 500 et 5000 morts. Dix jours après le massacre, une manifestation monstre qui rassemble 400.000 personnes à Tel-Aviv fait pression sur le ministre de la défense israélien, Ariel Sharon. Les Israéliens opposés à la guerre réclament des comptes et obtiennent la mise en place de la commission Kahane. Cette commission conclura qu’Israël ne peut être tenu pour responsable. Et que les responsables doivent être recherchés au Liban où aucune commission d’enquête ne sera organisée.

Personne ne sera condamné pour le massacre. Elie Hobeika, à la tête des phalangistes en 1982 mourra vingt ans plus tard dans un attentat. Depuis, des documents déclassifiés israéliens viennent apporter un peu plus d’eau au moulin de ceux qui pointent la responsabilité d’Israël. Les documents montrent que des responsables hébreux connaissaient le risque de massacre et ont menti aux Américains qui tentaient de négocier une trêve. Mais cette partie effrayante de l’Histoire ne livrera probablement jamais ses responsables devant la justice.

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