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Russie vs. Occident, l’opposition insoluble

Les militaires américains arrivent en Roumanie dans le cadre des tensions entre la Russie et l’Occident.
11 févr. 2022 à 16:04Temps de lecture3 min
Par Pascal Bustamante

L’escalade de la tension entre la Russie et l’Occident se poursuit avec, chaque jour, son épisode. L’envoi de troupes américaines dans un pays à proximité de l’Ukraine, le rassemblement toujours de plus en plus important de troupes russes à deux pas de la frontière, les tournées de pourparlers entre les diverses capitales des pays impliqués, etc. : malgré tous ces éléments, la controverse ne trouve toujours pas d’issue.

Un pas de plus dans la dramatisation

Le président des Etats-Unis appelle ses concitoyens à quitter l’Ukraine
Le président des Etats-Unis appelle ses concitoyens à quitter l’Ukraine NBC

Joe Biden a été on ne peut plus clair. Les citoyens américains doivent quitter l’Ukraine au plus vite car la situation pourrait "devenir folle" à court terme. Pour le professeur en sciences politiques de l’UNamur, Thierry Braspenning-Balzacq, il s’agit de l’ouverture d’une nouvelle phase.

"C’est un signal vis-à-vis des Américains eux-mêmes, mais aussi vis-à-vis de la communauté internationale. Peut-être des Européens qui ne sont pas très loin du conflit et de la communauté internationale pour dire 'attention, nous atteignons un point qui risque d’être un point de bascule'."

Une certaine forme de dramaturgie de la confrontation. Mais cette dernière fait partie du processus.

"Elle vise aussi à prendre à témoin ceux qui ne sont peut-être pas directement impliqués dans la discussion, à essayer de convaincre l’opinion internationale ou les autres États qu’en fait, c’est sa partie qui est dans son droit. Tenter d’amener l’autre par le discours, non par la force physique, à entrer en discussion. C’est aussi pour rappeler à l’opinion publique sa propre position, contraindre l’autre de revenir dans la discussion par un discours qui est un discours à la fois de justification, de positionnement et aussi d’appels".

La demande russe

La Russie demande que la communauté internationale s’engage à ce qu’aucun de ses pays satellites, la Biélorussie ou l’Ukraine par exemple, n’intègre le camp occidental par une adhésion ou un rapprochement avec l’Union européenne ou l’OTAN. Pour Thierry Braspenning-Balzacq, il faut lire cette exigence en ayant la psychologie des dirigeants russes à l’esprit :

"C’est une élite qui n’a jamais accepté ce qu’elle a considéré comme un déclassement historique et une humiliation. Ce sont des moteurs particulièrement puissants. Elles auraient été dépossédées de quelque chose. C’est pour ça que l’on peut dire que l’Ukraine a tout à fait le droit de demander à entrer dans l’Union européenne ou dans l’OTAN, un jour, d’y accéder. Mais pour Poutine, ce n’est pas concevable parce qu’il continue de considérer que la situation dans laquelle la Russie s’est retrouvée est le produit à la fois d’un mensonge, c’est-à-dire du non-respect de promesses qui aurait été faites à l’Union soviétique avant son démantèlement que l’OTAN n’avancerait pas. Et donc, ce qu’il fait est une façon de dire au monde occidental : 'Pas un pas de plus !' Les Russes qui soutiennent Poutine considèrent que ce que Poutine fait, c’est la restauration de la place et de la voix de la Russie dans le monde, ça, c’est quelque chose de très important."

La position occidentale

Les demandes de la Russie ont toujours été rejetées par les Occidentaux. Une position très forte selon Thierry Braspenning-Balzacq puisqu’elle prend racine dans l’un des principes du système international, à savoir le respect de la notion de souveraineté :

"La souveraineté, c’est la capacité d’un État à être maître chez soi. Et la souveraineté, c’est aussi de s’interdire d’aller dire à l’autre ce qu’il doit faire chez lui et de son avenir. Ça, c’est la souveraineté, donc l’Union européenne ou les nations qui appartiennent à l’Alliance atlantique sont toutes animées par ce principe fondamental du droit international. Imaginons que l’Ukraine respecte toutes les conditions pour entrer dans l’Union européenne, elle ne pourrait pas l’accueillir ? L’Union européenne se mettrait alors dans une situation de vassalité par rapport à la Russie. Autrement dit, elle reconnaîtrait à la Russie le droit de décider qui peut ou pas entrer dans l’Union européenne. C’est une demande inadmissible pour l’Union européenne et pour l’alliance."

La Russie a aussi beaucoup à perdre

Et si la confrontation entre l’Ukraine et la Russie devait finalement avoir lieu, l’issue en serait, comme pour toute guerre, incertaine. Pour Thierry Braspenning-Balzacq, c’est l’option aventuriste :

"Une guerre, ce n’est jamais gagné sur le papier, même si en termes d’écarts capacitaires, il n’y a pas photo. Mais la Russie sait qu’elle va perdre énormément. Dans ce cas, elle va certainement perdre des hommes. Peut-être qu’elle gagnera la guerre mais elle peut aussi durablement se marginaliser sur la scène internationale. Peut-être que ça ne fait pas peur à Poutine... Mais il y a aussi la pression du système financier international auquel est greffée la Russie. […] Ça serait quand même un mini-suicide économique."

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