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Russie, Poutine et le Coronavirus : 200.000 cas et "seulement" 1827 morts, que cachent les chiffres ?

Russie, Poutine et le Coronavirus : 200.000 cas et "seulement" 1827 morts, que cachent les chiffres ?
09 mai 2020 à 13:27 - mise à jour 09 mai 2020 à 13:303 min
Par Quentin Warlop

7 jours. 7 jours consécutifs que la Russie enregistre plus de 10.000 cas supplémentaires de nouveau coronavirus portant le total à près de 200.000Le plus grand pays du monde dénombre désormais 198.676 cas détectés, dont 10.817 recensés en 24 heures, selon les autorités.

Parmi les cas positifs, il y en a un qui fait les grands titres des journaux, en Russie. Celui du Premier ministre russe Mikhaïl Michoustine, qui a été hospitalisé après avoir annoncé le 30 avril être positif au coronavirus. Il est apparu pour la première fois à la télévision depuis cette annonce.

Un faible taux de mortalité interroge

La Russie est désormais le cinquième pays le plus touché en termes de contaminations, derrière les Etats-Unis, l’Espagne, l’Italie et le Royaume-Uni. Pourtant, pendant des semaines, la Russie n’a quasiment pas communiqué sur le covid-19. Mais ces derniers jours, du fait de l’augmentation inquiétante de cas positifs, l’attention se porte sur la nation de Vladimir Poutine.

De l’attention et une question : comment un pays si grand avec tant de contaminés ne compte "que" 1.827 morts, dont plus de la moitié à Moscou qui a prolongé son confinement jusqu’au 31 mai ? Cela correspond à un taux de mortalité de 0,9%. "Incroyable", "Peu fiable", répondent certains spécialistes. A titre de comparaison, l’Allemagne, au système de santé souvent loué pour sa réponse efficace à la crise, présente un taux de mortalité de 4,2%.

Des tests gratuits à domicile

Le ministère de la Santé et l’agence sanitaire Rospotrebnadzor ont justifié coup sur coup cette semaine ces résultats, mettant en avant la rapidité de la réaction russe face à l’épidémie. Dans un communiqué, Rospotrebnadzor notait notamment que "la Russie est à la 2e place mondiale en nombre de tests : plus de 4,46 millions". – 5,2 millions selon le comptage de samedi -. Pour l’agence, ils "ont permis de détecter et d’isoler en temps opportun les patients atteints de formes bénignes ainsi que les porteurs asymptomatiques, ce qui réduit considérablement la circulation du virus parmi la population et certains groupes à risque".

Si des doutes ont été émis sur leur fiabilité, les tests sont accessibles à tous, via les laboratoires privés. Depuis fin avril, le géant des nouvelles technologies Yandex offre même d’en réaliser gratuitement à domicile. Or, réaliser plus de tests permet de comptabiliser plus de malades et fait automatiquement baisser les statistiques de mortalité.

Outre sa politique de dépistage, la Russie explique la faible mortalité par des mesures sanitaires prises très tôt, comme la fermeture des frontières et le confinement des populations jugées les plus à risque.

Des décès Covid-19 non comptabilisés ?

Le cas d’Anastasia Petrova, une journaliste de 36 ans décédée le 31 mars à Perm (Oural) ne serait pas isolé. Il y a un peu plus de cinq semaines, sa mort est qualifiée de "double pneumonie". Mais un proche, au courant de la contamination d’Anastasia au coronavirus, force les autorités à revoir la cause du décès. Dans la presse russe ces derniers jours, ces témoignages se multiplient. La Russie cacherait-elle ses morts du coronavirus ? L’opacité des moyens de comptages inquiète même si le pays fait tout pour garder la face, malgré les critiques.

"Un taux de mortalité trois fois plus faible qu’en Europe"

Michael Ryan, le directeur exécutif chargé des questions d’urgence sanitaire à l’Organisation mondiale de la santé, estime que "la Russie vit probablement une épidémie à retardement". Moscou, principal foyer de l’épidémie en Russie avec 104.189 cas et 1.010 morts, a prolongé le confinement de la population jusqu’au 31 mai. "La Russie a fait de son mieux pour que l’épidémie s’y déclenche plus tard : nous avons fermé les frontières et commencé à suivre les personnes infectées immédiatement", estime le docteur Evguéni Timakov, spécialiste des maladies infectieuses et conseiller du ministère de la Santé. Selon lui, le taux de mortalité à la fin de l’épidémie sera d’environ 3%, "trois fois moins qu’en Europe".

Le véritable indicateur, ce sera la publication des statistiques démographiques. Elles permettront d’objectiver – ou non – une surmortalité importante. "Ce n’est que fin mai, quand arriveront les statistiques d’avril, que nous verrons les vrais chiffres de la mortalité du Covid-19 en Russie", prédit Sergueï Timonine, vice-directeur du Laboratoire international de recherche sur la population et la santé. A cette date, la polémique sur la fiabilité des chiffres avancés par le gouvernement pourra prendre fin.

 

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