Les deux Pussy Riot libérées ce lundi restent critiques envers V. Poutine

Russie: l'une des Pussy Riot remise en liberté

© © Tous droits réservés

23 déc. 2013 à 05:50 - mise à jour 23 déc. 2013 à 20:36Temps de lecture3 min
Par AFP

Leur remise en liberté intervient trois jours après celle de l'ex-magnat du pétrole et critique du Kremlin Mikhaïl Khodorkovski, gracié à la surprise générale par Vladimir Poutine, un geste interprété par certains comme une volonté d'améliorer l'image de la Russie à l'approche des jeux Olympiques qui doivent se tenir en février à Sotchi, sur les bords de la mer Noire.

Maria Alekhina, âgée de 25 ans, a été libérée en toute discrétion dans la matinée de son camp situé à Nijni-Novgorod (Volga), tandis que Nadejda Tolokonnikova, 24 ans, a quitté sous le feu des projecteurs l'hôpital pénitentiaire où elle se trouvait à Krasnoïarsk, en Sibérie orientale. Accueillie par une meute de journalistes, cette dernière, qui avait observé plusieurs grèves de la faim pour dénoncer ses conditions de détention, est apparue amaigrie.

Dès leur sortie, les deux jeunes femmes ont eu des mots très durs à l'égard du pouvoir russe.

"Les camps sont le visage" de la Russie

"La Russie est construite sur le modèle d'une colonie pénitentiaire et c'est la raison pour laquelle il est si important de changer les colonies pour changer la Russie de l'intérieur", a déclaré Mme Tolokonnikova, selon des images retransmises à la télévision. "Les camps sont le visage du pays", a-t-elle ajouté.

Elle a jugé que le temps qu'elle avait passé en détention n'avait pas été "du temps perdu", et estimé qu'elle avait "grandi" grâce à cette expérience. "J'ai vu cette petite machine totalitaire de l'intérieur", a-t-elle déclaré.

Sur l'amnistie qui a permis sa libération, approuvée mercredi dernier par le Parlement russe à l'occasion des 20 ans de la Constitution russe, elle a jugé que c'était un geste "ridicule". "Pourquoi ont-ils fait tout cela? C'est clair: pour que l'on ne boycotte pas complètement la Russie aux jeux Olympiques", a-t-elle dit à la radio Echo de Moscou.

Maria Alekhina, visiblement en bonne forme, a aussi fustigé cette loi qui prévoit entre autres de libérer les personnes condamnées pour "hooliganisme" et les mères d'enfants mineurs.

L'amnistie, une "opération de communication" du Kremlin

"Je ne pense pas qu'il s'agisse d'un geste d'humanisme, mais plutôt d'une opération de communication", a asséné Alekhina, dans un premier entretien par téléphone à la chaîne câblée Dojd. Elle a dénoncé une loi qui ne concerne "même pas 10%" des détenus et affirmé qu'elle aurait refusé cette amnistie si elle avait eu le choix.

"Je ne regrette rien", a-t-elle lancé, citée par l'agence Interfax, après son arrivée lundi soir dans la capitale russe, devant ses partisans venus la saluer avec des fleurs et des ballons à la gare Kourski de Moscou. La jeune femme doit ensuite repartir pour Krasnoïarsk afin de retrouver Nadejda Tolokonnikova, avec qui elle a l'intention d’œuvrer pour améliorer le système pénitentiaire russe.

L'ex-dissidente soviétique et militante des droits de l'Homme Lioudmila Alexeeva a souligné que les gens innocents condamnés décidaient souvent ensuite de militer en faveur des détenus.

Selon l'ONG Amnesty International, le "harcèlement de la société civile en Russie se poursuivra sans relâche même si des prisonniers d'opinion ont été libérés". Cette remise en liberté "ne doit pas être considérée comme un acte de grâce et d'humanité, mais plutôt comme une démarche politique qui intervient à l'approche des jeux Olympiques de Sotchi", a déclaré John Dalhuisen, directeur du programme Europe et Asie centrale d'Amnesty International, dans un communiqué.

Les deux jeunes femmes avaient été condamnées à deux ans de camp notamment pour "hooliganisme", après avoir chanté en février 2012 une "prière punk" contre le président Vladimir Poutine dans la cathédrale du Christ Sauveur à Moscou. Une troisième jeune femme, Ekaterina Samoutsevitch, avait aussi été condamnée mais libérée quelques mois plus tard, sa peine ayant été commuée en sursis. L'ensemble des recours des deux prisonnières avaient jusqu'à présent été rejetés par la justice russe. Leur condamnation avait suscité un tollé international et de nombreuses stars de renommée mondiale telles que Madonna ou Paul McCartney avaient appelé à leur libération.

 

Libération et revendications de 2 Pussy Riot

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

RTBF, avec agences

Deux Pussy Riot libérées

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Sur le même sujet

Russie: l'associé de Khodorkovski libéré à son tour après dix ans de prison

Monde

Russie: les Pussy Riot veulent que leur condamnation soit révisée

Monde

Articles recommandés pour vous