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Royaume-Uni : focus sur l’ère Liz Truss, qui n’aura même pas duré un trimestre

Le focus

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21 oct. 2022 à 10:15Temps de lecture3 min
Par Alain Lechien, sur base du Focus sur La Première

La Première ministre britannique, Liz Truss, a démissionné jeudi après 45 jours de mandat, c’est une brièveté inédite, confirme la correspondante de la RTBF à Londres.

Deux jours après son arrivée à Downing Street, Liz Truss a dû faire face au décès d’Elizabeth II, qui a mis toute politique en suspend pendant deux semaines. La future ex-Première ministre avait promis un mandat-choc, et effectivement, c’est parce qu’elle est allée, selon ses propres mots, trop vite et trop loin qu’elle doit aujourd’hui quitter son poste. Elle a été élue par la droite du Parti conservateur sur un programme de baisses d’impôts massives, de dérégulation et de baisse de l’immigration. Elle a fait des erreurs, notamment avec sa politique fiscale qui a affolé les marchés et fait dégringoler la livre en septembre, et en refusant d’écouter les économistes. C’est vraiment depuis une semaine que la liste des appels à la démission s’allonge et le départ forcé de son ministre des Finances vendredi, qu’elle-même qualifiait d’âme sœur politique : c’est un enchaînement de revirements toute la semaine, et mercredi soir, cette lettre incendiaire de sa ministre de l’Intérieur qui, de manière plus ou moins subtile, lui intimait l’idée de démissionner, le tout surmonté d’une piètre éloquence. On se souvient de son prédécesseur, Boris Johnson, qui avait réussi à se sortir d’épineuses situations juste par sa gouaille. L’ère Liz Truss, qui n’aura donc même pas duré un trimestre, aura eu des conséquences sur l’économie et sur le parti, sur sa crédibilité. Les sondages estiment que les conservateurs pourraient non seulement perdre la majorité, mais surtout toute représentation au Parlement si des législatives se tenaient demain.

Un remaniement interne peut-il se faire sans passer par les urnes ?

C’est en tout cas l’espoir des députés conservateurs. Avec de telles prédictions, on comprend bien qu’ils n’aient aucune envie de convoquer des législatives anticipées. Or, une seule personne peut dissoudre le Parlement, le roi, sur suggestion du Premier ministre. Et le successeur de Truss ne le fera pas, pas maintenant en tout cas. Il y aura quand même une élection au sein du parti pour désigner le nouveau chef. Certains espèrent même qu’il n’y aura pas de scrutin et que les députés conservateurs vont se rassembler et désigner un candidat d’unions partisanes. Alors, comment tout cela va-t-il être perçu par l’opinion britannique ? D’un côté, il y a l’usage. Le Royaume-Uni est une démocratie parlementaire. Le Premier ministre, c’est avant tout le chef d’un parti, il n’est pas élu par le peuple. Mais de l’autre, il va s’agir du troisième locataire de Downing Street en 10 semaines. Le mandat Truss a été un désastre alors que moins de 100.000 personnes l’avaient plébiscitée pour diriger le pays. La situation est inédite. Selon un sondage express réalisé jeudi par YouGov, trois Britanniques sur cinq veulent des législatives, surtout des sympathisants de l’opposition, évidemment, parce qu’un scrutin serait en leur faveur.

Comment expliquer l’instabilité qui semble régner au Royaume-Uni pour l’instant ?

C’est le reflet avant tout d’un pays qui est profondément divisé entre Londres et les régions, entre les différentes classes socio-économiques, des divisions qui se retrouvent forcément au Parlement et même au sein des partis. Pour vous donner une idée, les conservateurs à Westminster sont aujourd’hui un parti de près de 400 membres, dont une partie a été élue en 2019 pour la première fois dans les circonscriptions traditionnellement travaillistes du Nord et qui a donc une tout autre vision de son mandat que les vieux briscards du sud de l’Angleterre. Il y a aussi le Brexit, qui a fait beaucoup de mal à la politique britannique. Beaucoup de mensonges ont été proférés pendant la campagne en 2016 et le discours est devenu complètement polarisé depuis. Entre ça, le Partygate et aujourd’hui le chaos de l’ère Truss, c’est une forte déchéance ici vis-à-vis de la classe politique. Jeudi, tous les gens avec qui j’ai pu discuter m’ont dit : "J’en ai marre ! Les politiques, ce sont tous les mêmes". Certains remettent carrément en cause le système électoral et préféreraient une représentation plus proportionnelle au Parlement britannique.

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