Rouvrir les commerces pourrait être un mauvais message de la situation en Belgique : "On reste dans une situation très tendue"

"Je pense que le langage sera important", estime Catherine Linard

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27 nov. 2020 à 07:59 - mise à jour 27 nov. 2020 à 07:59Temps de lecture2 min
Par M.F. avec S.B.

Partout en Belgique, on se pose de nombreuses questions. Comment allons-nous passer les fêtes de fin d’année ? Que pourra-t-on faire ? Qui pourra-t-on voir ? Pour y répondre, un nouveau comité de concertation se réunit ce vendredi en fin de journée. Selon Catherine Linard, épidémiologiste et géographe de la santé à l’UNamur, la réouverture des commerces non-essentiels pourrait envoyer un mauvais signal à la population belge et donner lieu à un relâchement.

La courbe de l’épidémie de coronavirus en Belgique est en baisse. Pour autant, on ne peut pas dire que cette diminution de cas dans notre pays est rapide. Selon les projections actuelles, il faudrait attendre la mi-décembre ou revenir aux chiffres de mai 2020, à l’aube du premier déconfinement. "La différence est qu’on est parti de plus haut, le pic était plus élevé et on va donc forcément mettre un peu plus de temps à revenir à des niveaux raisonnables", tempère Catherine Linard.

Tout est relatif dans cette crise. Car comme le confirme l’infectiologue, le taux de croissance des admissions à l’hôpital est quant à lui négatif et similaire à ce que l’on a connu lors de la première vague. Pour autant, le taux d’occupation des lits d’hôpitaux est toujours très élevé et peine à se réduire. "Les hôpitaux doivent rattraper un certain retard accumulé lorsqu’ils étaient saturés, à un moment où on acceptait peut-être moins facilement les patients et où ils sortaient aussi plus vite", pointe l’infectiologue.


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Elle précise aussi que certaines pathologies sont encore mises de côté et laissées sans soin au profit des patients Covid qui occupent de nombreux lits.

Quid de la transmission ?

Comme le rappelait le ministre des indépendants David Clarinval le 25 novembre, le virus se transmet davantage dans les lieux clos où le port du masque est difficile que lorsqu’on va au magasin pour acheter des chaussures. "Le virus se transmet plus facilement par contact rapproché. Et quand on est autour d’une table, qu’on mange et qu’on boit, ce sont forcément des contacts rapprochés et le virus va se transmettre plus facilement", confirme la spécialiste. "Il est clair que le risque de transmission est moins élevé dans un commerce s’il y a des protocoles stricts en place et qu’ils sont bien respectés. Il faut quand même faire attention au nombre de personnes dans le magasin, faire attention aux distances, garder le masque, etc."

Et l’hiver favorise justement ces contacts rapprochés, contrairement aux conditions de la baisse de l’épidémie lors de la vague du printemps. "La transmission par aérosol prend un peu plus d’importance maintenant", confirme Catherine Linard.

Rouvrir les commerces, un mauvais signal ?

Pour l’infectiologue, la réouverture des commerces serait "une sorte de signal comme quoi les choses vont mieux et qu’on peut relâcher un peu". Un message qu’il vaudrait mieux éviter selon elle. "On reste dans une situation très tendue."


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"Je pense que le langage sera important et ça a d’ailleurs été la même chose en France, Emmanuel Macron n’a pas voulu prononcer le terme 'déconfinement'. Et en fait, on a vu la même chose quand on a commencé à confiner, on a attendu longtemps avant de prononcer le mot 'confinement'. C’est un peu la même chose dans l’autre sens, on va attendre longtemps avant de prononcer le mot 'déconfinement'", précise-t-elle.

Commerces : prêts à tout pour rouvrir (JT du 25/11/2020)

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