RTBFPasser au contenu
Rechercher

Culture & Musique

Roscoe : de retour après six ans d’absence avec le très introspectif « Folds », brillant troisième disque

20 mars 2022 à 09:58Temps de lecture6 min
Par Aline Glaudot

Il y a maintenant dix ans que les cinq liégeois de Roscoe sortaient "CRACKS", un premier album surprenant qui allait les mener pendant plus de deux ans sous les projecteurs de diverses salles de concerts et de festivals de Belgique, de France et d’ailleurs. En 2015, portés par cette belle énergie, ils donnaient naissance à leur second opus, "MONT ROYAL". Fort d’un silence de près de sept ans, nos cinq amis musiciens reviennent aujourd’hui avec "FOLDS", dix titres mûrement réfléchis, travaillés et subtilement produits.

PIAS

Un troisième disque inspiré par le temps qui passe et les sillons indélébiles laissés par son passage et qui lui confèrent toute sa mélodie et sa profondeur. Jam a discuté d’une seule voix avec trois de ces membres : Ben Bovy (batterie), Pierre Minet (guitare), et Pierre Dumoulin (guitare, écriture et chant).

Hello les garçons ! Vous revenez ce vendredi avec un nouveau disque "Folds": que nous vaut ce plaisir ? Qu’est-ce qui vous a donné envie de revenir sur scène ?

Ça devenait un peu long peut-être six ans (rires). On avait le désir de retravailler ensemble parce qu’on n’a pas arrêté d’écrire et faire des morceaux chacun de notre côté. On a continué à se voir de manière un peu éparse et puis à un moment on s’est dit qu’on avait de la matière pour faire quelque chose et qu’il était temps de s’y mettre. Pas de timing réfléchit en particulier.
Ce qui nous pousse toujours à refaire de la musique tous les cinq, c’est qu’on prend vraiment du plaisir dans cette collaboration. Ce n’est pas une personne qui drive le groupe, qui amène ses morceaux et où les autres jouent dessus, il y a véritablement une sorte de sixième membre qui se dégage du groupe quand on crée tous ensemble. Chacun a son mot à dire, on n’arrête jamais la compo d’un morceau tant que tout le monde n’est pas satisfait à 100%. C’est une émulation qui existe dans le groupe et dont on a besoin, même si on a d’autres projets sur le côté, on est toujours content de se retrouver à nous cinq. Ensemble, il y a quelque chose qui ressort et qui est plus que la somme des parties.

Qu’est ce qui s’est passé ces six dernières années ? Vous vous êtes séparés ? Dispersés chacun dans des projets solos ?

On a tous continué à faire de la musique, un petit peu différemment, chacun vacant à pas mal de trucs de son côté. Mais on a continué à se voir, à partager des projets, à partager des morceaux. Sur les six ans, il y a peut-être eu deux ans de battements où chacun était occupé et puis ça s’est fait progressivement. Il y a deux ans et on s’y est vraiment remis et on est rentré en studio juste avant le covid.

L’album aurait pu sortir en 2020, on avait la matière à ce moment-là. On a fait trois sessions de studio puis la première vague est arrivée et on a terminé l’album plus tard lors des secondes vagues.

Finalement l’attente a donné encore plus de matière à l’album et nous a donné un regard différent mais tout ça aurait pu durer moins longtemps.

Ça fait peur de revenir après sept ans ? Vous appréhendiez un peu le retour ?

Non, on fait de la musique depuis le départ pour les mêmes raisons, le plaisir. Rétrospectivement, ça fait dix ans maintenant que le premier album est sorti, on a déjà vécu beaucoup plus de choses avec notre musique que ce qu’on aurait cru vivre. On est super satisfait d’être encore là, d’être encore dans cette maison de disque qui nous soutient depuis le début, d’avoir encore des shows qui se programment. On est fier d’avoir déjà cette longévité. Il n’y a pas vraiment de stress, on est plus en mode "on a 25 ans, faut percer à l’international", non, on est super bien dans nos baskets, on est fier de défendre cet album qu’on pense être le meilleur.

Après, comme ça fait sept ans qu’on a plus tourné, faut qu’on passe le mot, qu’on dise qu’on est de retour, qu’on existe.

Pas d’appréhension donc mais on a conscience que ça fait sept ans qu’on n’a plus rien sorti, qu’en 2022, si tu sors plus rien pendant sept ans c’est comme si tu recommençais à zéro.

"Folds", littéralement ça signifie "plis"… à quoi est-ce que ça fait référence ?

Il y a toute une réflexion derrière ! Le titre est arrivé après la pochette : au départ c’est un visage créé à partir de nos cinq visages, un espèce de sixième membre sur lequel on a superposé (Ben travaille dans la recherche géophysique) une espèce de système d’érosion de vallée où les plis du visage sont devenus un peu des fonds de vallées, des montagnes. La thématique de ces dix morceaux est un résumé de ces cinq années qu’on vient de vivre avec des hauts et des bas. Cinq années qui ont creusés notre expérience, une expérience bien souvent marquée sur le visage. Or, c’est là que les émotions arrivent, que les larmes coulent, que les rides se forment, comme si toute la vie se concentrait sur une partie du corps et qu’on pouvait voir ce que la personne avait traversé en regardant son visage. L’idée c’était vraiment de superposer ce visage et le système d’érosion et expliquer qu’en cinq ans ça a fait des montagnes, ça a fait des vallées, la somme de qui on est aujourd’hui.

"Folds", ce sont donc les plis, un terme utilisé également en géologie et qui est apparu comme une évidence. L’expérience de cette vie en relief, des rides qui apparaissent et qui creusent la personnalité.

Loading...

Vous dites : L’écriture a été vraiment fastidieuse au début. Mais finalement, il y a eu ce déclic. On a tous les cinq eu ce moment où on a mis nos tripes sur la table, ce qui donne un album très riche musicalement. Quel a été ce déclic ?

C’est assez général, on parle ici tout aussi bien de la musique que des paroles. Pendant plusieurs années on a tous fait des trucs sur le côté tout en continuant à composer chacun du nôtre, à s’envoyer des morceaux et tenter de mettre en commun des choses. A un moment, après avoir écouté les maquettes de chacun, on s’est dit qu’on avait de la matière pour approfondir et faire un album.

C’est comme ça que ça a redémarré, ça a été un peu fastidieux parce que tout le monde n’était pas forcément près à redémarrer à tout moment l’écriture… On a donné le temps à tout le monde de se reconnecter au projet.

Le projet nous a beaucoup porté de 2012 à 2017, c’était assez dense, ça nous a pris pas mal de temps et après la deuxième tournée on s’est tous posé en se disant que ça a avait été intense et s’est alors posé la question de savoir si on reprenait ou pas. Il y en a qui étaient très connectés au fait qu’il fallait faire quelque chose très vite et d’autres plus "let back" à se dire qu’ils n’étaient pas prêts à repartir de suite.

Loading...

Que raconte l’album concrètement ?

Pierre Dumoulin : De manière très personnel, j’ai vécu pas mal de choses durant ces cinq dernières années, des choses ultra positives et d’autres beaucoup plus dures. Pour moi cet album est certainement le plus introspectif au niveau des thématiques. C’est l’album qui a le plus de sens et qui m’a justement aidé à traverser ces cinq années à la fois faciles et compliquées. Retirer certaines thématiques principales ? C’est difficile parce que très personnel encore une fois. Je parle d’une relation assez classique mais dans laquelle tu as des moments ultra durs et puissants. C’est un résumé de ces montagnes russes que chacun peut vivre et c’est pour cette raison je pense que beaucoup de gens peuvent s’identifier à ce que j’écris, ce sont des choses que tout le monde traverse avec plus ou moins d’intensité.

Vous dites de votre album qu’il est certainement le plus réussi, musicalement, techniquement… ça tient à quoi finalement ? Du recul ? De la maturité ?

Déjà c’est le troisième album, ça arrive souvent dans l’histoire d’un groupe : le premier est un peu l’entrée dans un nouveau monde, c’est plus naïf et fait maison. Le deuxième est plus grandiloquent, on choisit de bosser avec un plus grand producteur et on acquière énormément d’expérience. Le troisième album on revient avec plus d’assurance et on combine les deux expériences précédentes pour construire quelque chose de plus solide. C’est une écriture plus assumée.

Ce qui a été assez clé dans la réalisation de cet album c’est la rencontre avec le producteur avec qui on a bossé. Pour la première fois on a travaillé avec un mec qui a réussi à nous aider à retranscrire exactement ce qu’on avait en tête. Depuis le départ on avait une idée assez précise du produit final mais aucun de nous n’est vraiment producteur donc on remet toujours ça dans les mains de quelqu’un d’autre. Ici pour la première fois, les démos qu’on avait étaient produites à 80 %, il nous fallait juste quelqu’un qui allait nous aider à mettre les 20% supplémentaires.

On a enfin réussi à retranscrire presque parfaitement ce qu’on avait en tête et c’est ce qui en fait notre disque le plus abouti.

 

Roscoe sera en concert ce jeudi 24 mars au Botanique.

Articles recommandés pour vous