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Rock & Roll Hall of Fame 2018

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16 avr. 2018 à 14:207 min
Par Antoine Vivier

À mi-chemin dans le discours d'Howard Stern qui a introduit Bon Jovi au Rock and Roll Hall of Fame, le Roi de tous les médias a fait une brève pause dans ses blagues pour faire une remarque sérieuse au sujet de la soirée. "Si je peux être émotionnel pendant une seconde, je voudrais dire que ce que font les musiciens de rock est vraiment important. J'adore la plupart des groupes qui sont intronisés ce soir. Moody Blues, Cars, Dire Straits. Ces gars m'ont réconforté lors de mes instants de solitude au lycée."

Le sentiment était contagieux tout au long de la soirée de 4h30 alors que le défilé des intronisés, des artistes et des invités spéciaux montait sur la scène de la salle de Cleveland, bien que bon nombre d'entre eux l'aient exprimé avec un seul mot: "Enfin!". Car même si la cérémonie de cette année était ouverte aux groupes qui ont commencé à faire de la musique en 1992, Bon Jovi (qui a lancé sa carrière environ dix ans plus tôt) était le visage le plus jeune de la soirée. Tous les autres attendaient cette soirée depuis bien longtemps.

Tout a commencé par des artistes inattendus, The Killers honorant le regretté Tom Petty avec une interprétation euphorique de "American Girl". Peu avant cela, Greg Harris, président et directeur du Rock and Roll Hall of Fame, a prononcé un discours de bienvenue rapide. Le tonnerre d'applaudissements qui a éclaté dans la salle lorsqu'il a simplement dit "Bon Jovi" a montré que le seul groupe présent ce soir-là qui remplit encore les stades de football avait les fans les plus acharnés de la soirée.

Ils gardent habituellement le groupe le plus populaire de la soirée pour le grand final (comme ce fut le cas avec Pearl Jam l'année dernière), mais dès que les Killers ont fini, Howard Stern est sorti pour annoncer Bon Jovi. Le discours s'est conclu avec Jon Bon Jovi arrivant sur scène aux côtés de l'ancien guitariste Richie Sambora, réunis pour la première fois depuis leur séparation soudaine en 2013. Toute tension qui pouvait subsister de cette rupture semblait avoir disparu, car ils se tenaient ensemble, souriaient et vivaient pleinement l'instant.

Le premier à parler était le bassiste Alec John Such, qui a quitté le groupe en 1994: "Nous avons eu tellement de bons moments ensemble, et nous ne serions pas ici si ce n'était pas pour eux", a-t-il dit. "Aimez-les jusqu'à la mort, pour toujours." Il a gracieusement passé le micro à son remplaçant Hugh McDonald, puis à Richie Sambora, qui n'avait pas préparé de texte et s’est exprimé avec son cœur.

"Le plus dur à faire, je crois, c'est de trouver quatre gars prêts à traverser n'importe quoi, qui vont travailler dur, qui vont devenir fous, quoi qu'il en coûte. Et nous l'avons fait durant très longtemps. Mais c'était amusant. Si j'écrivais un livre, ce serait le meilleur moment de ma vie."

Les discours du batteur Tico Torres et du claviériste David Bryan étaient également succincts, mais Jon Bon Jovi avait un plan différent. Il s’est transformé en encyclopédie humaine et a parcouru toute l'histoire du groupe depuis leur première rencontre jusqu'à leur plus récent album. Cela a pris plus de 18 minutes, mettant à l'épreuve la patience de ses fans les plus dévoués qui ne pouvaient pas attendre une seconde de plus pour les voir enfin rejouer avec Sambora.

Le groupe s’est ensuite lancé dans une interprétation de "You Give Love a Bad Name". Le guitariste actuel Phil X et le percussionniste de tournée Everett Bradley se sont joints aux membres intronisés, créant ainsi un ensemble unique de Bon Jovi passé et présent. Le groupe a également interprété "It's My Life" et leur chanson de 2016 "When We Were Us", l'une des rares fois dans l'histoire du Hall of Fame qu'un groupe a joué une nouvelle chanson. Ils ont terminés par l’inévitable "Livin' on a Prayer" avec Such mettant de côté sa guitare pour reprendre la basse de Hugh McDonald. Quel que soit l'avenir du groupe, c'est presque certainement la dernière fois que cet ensemble de musiciens jouera ensemble.

Dire Straits était le groupe suivant, mais, étant donné le refus de Mark Knopfler de venir, il y avait simplement un montage vidéo et aucun discours de présentation. Le bassiste fondateur John Illsley a fait de son mieux pour remédier à la situation : "Je sais qu'il y a eu beaucoup de spéculations sur les raisons pour lesquelles Mark n'est pas là, mais je vous assure que c'est une histoire personnelle. Il a ses raisons. Restons-en là."

Amenant la soirée dans une autre direction, Brittany Howard a ensuite accueilli Sister Rosetta Tharpe dans le Hall of Fame en tant que " Early Influence ". Au lieu d'un traditionnel discours, la chanteuse d'Alabama Shakes a narré une vidéo sur l'importance de Tharpe dans l'histoire du rock, avec des témoignages de Johnny Cash et Robbie Robertson, avant de saisir une guitare pour jouer le classique "That's All" de Tharpe , sorti en 1938. Le groupe de musiciens qui l’accompagnait était composé de Questlove à la batterie et Paul Shaffer au piano. Felicia Collins, guitariste de longue date de Shaffer, a ensuite pris le micro pour clôturer le set avec "Strange Things Are Happening Every Day".

Brandon Flowers des Killers attendait sur le podium lorsqu'ils ont fini pour introniser The Cars. Il a parlé avec passion de la façon dont le fait de les entendre durant son adolescence a complètement transformé sa vie. "Les Cars ont été le premier groupe dont je suis tombé amoureux et vous n'oublierez jamais votre premier... Ils ont atteint la grandeur et ont laissé une marque derrière eux, écrivant et enregistrant des chansons qui se sont mués en classiques. "

The Cars était peut-être un groupe de Boston, mais le noyau dur du groupe s'est réuni à Cleveland à la fin des années 1960, lorsque la star locale Benjamin Orr a rencontré Ric Ocasek. Ils se sont liés par leur amour commun de la musique et ont commencé à jouer ensemble. Orr est mort d'un cancer du pancréas en 2000 et ses camarades de groupe ont parlé de lui avec une affection incroyable. "Sa voix incroyable, son jeu de basse solide et sa bonne humeur ont grandement contribué au succès du groupe ", a déclaré le guitariste Elliott Easton. "Cleveland était la ville natale de Ben, et je sais qu’il serait fier que nous soyons ici."

En dehors d'une très brève tournée de retrouvailles en 2011, les Cars n'ont pas joué ensemble depuis leur séparation en 1987. Durant cette réunion de 2011, ils ont joué à quatre et ont reproduit les parties d'Orr au clavier et à la guitare. Cette fois, Scott Shriner de Weezer s’est occupé de la basse. Alors qu'ils réalisaient leur dernier salut, il devait être difficile de pas penser que c'était probablement la dernière fois qu'ils se produisaient ensemble.

L'ambiance est ensuite devenue plus sombre lorsque la réunion triomphale des Cars a cédé la place au montage commémorant les décès, et cette année a été particulièrement dévastatrice en raison de la perte de Malcolm Young, Tom Petty, Glen Campbell, Gregg Allman, Fats Domino, Chris Cornell et Chester Bennington, parmi tant d'autres. Chacun des artistes aurait pu réaliser une performance hommage, mais il a été décidé de réaliser une reprise épurée de "Black Hole Sun" avec Ann Wilson de Heart et Jerry Cantrell d'Alice In Chains à la guitare.

Personne ne savait ce que Steve Van Zandt s'apprêtait à faire lorsqu'il est monté sur scène par la suite, mais il s'est avéré qu'il annonçait que le Hall of Fame commencerait à introniser des chansons uniques de l'histoire du rock. "Nous savons tous que l'histoire du rock peut être changée avec une seule chanson, un seul disque. Cette année, nous introduisons une nouvelle catégorie au Rock Hall. On l'appelle The Rock and Roll Singles. C'est une reconnaissance des singles qui ont façonné le rock, une sorte de jukebox Rock Hall par des artistes qui ne sont pas dans le Rock Hall, ce qui ne veut pas dire que ces artistes ne le seront jamais."

La nouvelle catégorie est entrée en vigueur immédiatement et Van Zandt a lu une liste des six premiers singles: "Rocket 88" de Ike Turner des King's of Rhythm, "Rumble" de Link Wray, "The Twist" de Chubby Checker, "Louie Louie Louie" des Kingsmen, "A Whiter Shade of Pale" de Procol Harum et "Born To Be Wild" de Steppenwolf.

Ensuite, Mary J. Blige a intronisé Nina Simone. Elle a averti la foule qu'elle était sur le point de prononcer un long discours, mais a fini par en prononcer un qui était aussi concis qu'émouvant : "Nina était audacieuse, forte, fougueuse et sans peur, et si vulnérable et transparente en même temps. Sa voix était si distinctive, chaleureuse et puissante ; je n'ai jamais rien entendu de tel. Elle savait qui elle était et elle avait confiance en ce qu'elle faisait et pourquoi elle l'avait fait. Mais c'était souvent le manque de confiance en elle-même auquel les gens pouvaient s'identifier. Nina chantait pour toute sa douleur, sa joie, sa confusion, son bonheur, sa maladie, son combat. Elle s'est battue contre tous les stéréotypes. Elle s'est battue pour son identité. Elle s'est battue pour sa vie."

La chanteuse Andra Day a ensuite entamé son hommage musical à Simone avec de puissantes interprétation de "I Wish I Knew How It Would Knew How It Feel To Be Free" et "I Put A Spell on You", cette dernière étant ponctuée par un solo de guitare de Captain Kirk.

Lauryn Hill a ensuite pris la scène pour "Ne Me Quitte Pas", "Black Is the Color of My True Love's Hair" et "Feeling Good". Peut-être qu'à un moment donné dans le futur, elle y sera de retour, acceptant une statuette du Hall of Fame avec le reste des Fugees.

La soirée s'est terminée avec les Moody Blues. "En 1967, les Moody Blues ont enregistré un disque qui a changé le visage de la musique populaire et influencé toute une génération de musiciens progressistes, dont Yes, Genesis, ELO et bien d'autres", a annoncé Ann Wilson. "Pour la première fois, le mellotron a été initié au rock and roll mainstream et l'orchestre classique marié au rock".

Peut-être qu'en réalisant que le timing était dépassé, le groupe a prononcé de très courts discours d'intronisation. "C'est la maison de mes héros", a déclaré le chanteur Justin Hayward.

Leur set a commencé avec le tube de 1972 "I'm Just a Singer (In a Rock and Roll Band)". Ce n'est pas une chanson que l'on entend souvent de nos jours, mais elle était appropriée pour l'occasion. Ensuite, plus familier au public, ils ont interprété leur succès de 1986, "Your Wildest Dreams", qui les a fait connaître à toute une nouvelle génération lorsqu'il est sorti. On aurait pu penser que "Nights In White Satin" allait clôturer la soirée, mais "Ride My See-Saw" de 1968 reste leur rappel de longue date.

Alors que les Moody Blues sortaient de scène après leur concert, un groupe de fans a déroulé une énorme bannière faite maison avec un mot qui aurait pu servir de thème à de nombreuses personnes intronisées ce soir: "Finally".

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