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Robert Malley, ex-conseiller d'Obama: "Il est bon que l'Europe dise clairement à Trump ce qui n'est pas acceptable"

 Malgré le fait que Donald Trump "remette chaque jour en question la valeur de l’alliance avec l’Europe", l'ancien conseiller d'Obama l'Europe se dit "assez impressionné par la solidarité européenne vis-à-vis des Etats-Unis".
04 juil. 2018 à 07:20 - mise à jour 04 juil. 2018 à 07:20Temps de lecture2 min
Par Guillaume Guilbert

L'ex-conseiller de Barack Obama et président d'International Crisis Group Robert Malley était l'invité de Matin Première ce mercredi. Il a parlé de la présidence de Donald Trump, de l'Europe et du conflit israélo-palestinien. 

Selon Robert Malley, pour cerner la personnalité et la politique de Donald Trump, il faut prendre en compte trois axes. Le premier, c'est le fait de vouloir défaire tout ce que son prédécesseur a fait. "Que ce soit l’accord avec l’Iran, l’accord sur le climat, le plan de santé, tout ce qui attrait au libre-échange, l’accord avec Cuba,...", détaille l'ex-conseiller de Brarack Obama.

Le deuxième axe, c'est son profil vis-à-vis de son électorat dur avec lequel il doit être "en bonne entente". "Regardez ce sur quoi il a fait campagne, et vous allez pouvoir prédire ce qu’il va faire", glisse Robert Malley.

Le troisième axe tient plutôt du rejet de toute une série de valeurs : le cosmopolitisme, le libre-échange, la solidarité collective,... "Tout ça pour lui, ce sont des valeurs molles qui ne comptent pas, constate Robert Malley. Ce qui compte pour lui, c’est ce qu’on peut compter".

Quand il essaye de changer de cap, il présente les choses comme si c’était ce qu’il voulait faire dès le départ

Ce troisième axe a été particulièrement visible dans la gestion par le président américain du dossier des enfants séparés de leurs parents et enfermés à la frontière mexicaine. "Il a fait face à une réaction très très forte de la part de l’opinion publique, et même de ses soutiens, son épouse, sa fille, explique Robert Malley. La situation était devenue intenable. Il a essayé de s’en sortir à sa manière, c’est-à-dire en niant que ce qu’il a fait est ce qu’il a fait. Et quand il essaye de changer de cap, il présente les choses comme si c’était ce qu’il voulait faire dès le départ".

Face à ce genre de dérives, l'Europe a un rôle à jouer, estime Robert Malley. Malgré le fait que Donald Trump "remette chaque jour en question la valeur de l’alliance avec l’Europe", l'ancien conseiller d'Obama l'Europe se dit "assez impressionné par la solidarité européenne vis-à-vis des Etats-Unis". "C’est un contre-pouvoir qui est positif, il est bon que l’Europe dise clairement ce qui n’est pas acceptable, insiste Robert Malley. Sinon, c’est un président qui ira très loin. Tant qu’il n’y a pas de résistance, il continue à pousser". Pour lui, l'Europe a un rôle particulier à jouer dans le dossier iranien : "Elle a les capacités d’essayer de faire survivre l’accord ou une version de l’accord avec l’Iran".

Je fais la prédiction que Trump va sortir un plan de paix israélo--palestinien qu’il présentera comme historique

S'il reconnaît que les administrations de Bill Clinton et de Barack Obama pour lesquelles il a travaillé ont "une grande part de responsabilité" dans l'enlisement du conflit israélo-palestinien, Robert Malley estime que Donald Trump a écorné la capacité de l'administration américaine à jouer le rôle de médiateur.

"Il fait fi de toutes les traditions comme la question de l’ambassade ou la solution à deux états que le président Trump n’a toujours pas pu évoquer, dénonce-t-il. Maintenant voyons ce qu’il va mettre sur la table, je fais la prédiction qu’il va sortir un plan de paix qu’il présentera comme historique et comme le meilleur plan de paix qui n’ait jamais été fait. A mon sens, même s’il va plus loin que ce qu’on peut redouter, il n’ira pas aussi loin que ce sur quoi les Palestiniens insistent. Le vrai risque, c’est que les Palestiniens perdent tout espoir, et le risque de dérives violentes est grand". Là encore, Robert Malley insiste sur le rôle que l'Europe doit jouer dans ce dossier.